Interview : Nick Magnus

Rock progressif

(Traduction de l’anglais par Ivan Jacquin)

 

nanook-webzine-rock-progressif-interview-nick-magnus

 

Interview

Bonjour Nick, merci de garder un peu de ton temps pour Nanook-world. Ton dernier album Catharsis est maintenant sorti et cela semble être une grande histoire d’amour avec la belle région de l’Ariège. Peux-tu nous dire pourquoi ?

Bien que j’aime voyager dans beaucoup de lieux nouveaux, il est aussi sympa de découvrir un endroit spécial où retourner à chaque fois que je le désire – dans ce cas, ce sont les Pyrénées, et particulièrement l’Ariège où je viens depuis 12 ans maintenant. Les paysages sont très beaux, et le site a tant d’histoire, cela semblait l’endroit parfait pour l’inspiration créatrice et pour écrire une musique qui narre son histoire.

 

 

Tu es un musicien très connu en Angleterre mais hélas beaucoup moins en France.
Peux-tu présenter ton travail et nous parler de ta carrière impressionnante ?

Mon premier engagement professionnel a été avec The Enid en 1976 – ce fut une brève expérience, mais très inspirante… En 1977, j’ai rejoint le groupe prog instrumental Autumn – nous avions enregistré un album Oceanworld qui n’avait pas vu le jour jusqu’à ce qu’il fut enfin réalisé en CD en 1999 ! Nous pensons le réaliser à nouveau en vinyle cette année comme il fut produit à l’époque. Je devins ensuite le claviériste du Steve Hackett band en Septembre 1978, et j’ai collaboré avec Steve continuellement jusqu’en 1990, enregistrant beaucoup d’albums et tournant à travers le Royaume-Uni, l’Europe et les USA. Pendant les années 80, j’ai fait beaucoup de sessions d’enregistrement studio pour beaucoup d’artistes de styles différents comme China Crisis, Renaissance, George Martin, Mungo Jerry, Johnny Mars, Cilla Black, Jose Carrerras, Brian May, Richie Havens, Bonnie Tyler, Mike Batt, Classix Nouveaux, David Essex, Pete Bardens (Camel), Duncan Browne, Chris Rea, and Colin Blunstone. Depuis 1990, je me suis embarqué dans pas mal de productions et réalisé mon premier album Straight On Till Morning en 1994. Depuis j’ai sorti cinq albums solo de plus et j’ai me suis enveloppé dans différents rôles pour plusieurs artistes, producteur, ingénieur du son, claviériste, ce que chacun veut bien me laisser faire !

 

 

Ton style musical sonne comme un mélange savant de pop et de rock progressif, et très proche de celui de Steve Hackett.
Penses-tu que cela vient du fait que vous travaillez depuis tant d’années ensemble, ou est-ce une coïncidence ?

N’importe quelle similarité perçue avec Steve est probablement due au fait que nous pensons la musique de la même façon, c’est pourquoi nous travaillons si souvent ensemble. J’aime à penser que j’ai mon propre style qui a évolué sans me frotter aux nombreuses rencontres et influences, mais ce ne peut pas être vrai, ni pour moi ni pour quiconque. Chacun est influencé par quelqu’un d’autre, spécialement les musiciens qui travaillent ensemble. Je suis à peu près sûr que si un compositeur lambda clame qu’il est entièrement vierge de toute influence, ce qu’il composerait ne serait pas reconnaissable comme de la musique !

 

nanook-webzine-rock-progressif-chronique-nick-magnus-catharsis-1

 

Qu’en est-il des autres artistes sur Catharsis ? Y a-t-il un batteur et un bassiste ? Et entendons-nous un vrai choeur orchestral sur Red blood on white stone et Mountain mother (ce qui donne d’ailleurs une présence incroyable aux chansons) ?
Joues-tu d’autres instruments que les claviers ?

À part les musiciens crédités, tout autre élément est interprété par moi-même – la technologie a tant évolué, comme tu peux l’imaginer, je joue avec les claviers, l’informatique et les instruments virtuels, et j’essaie d’être aussi proche que possible dans l’émotion et l’utilisation des instruments comme s’ils étaient joués par des vrais musiciens, avec leur personnalité propre. Alors je mets beaucoup d’effort et de réalité dans les arrangements et l’orchestration, afin que ce soit le plus convaincant. Si quelqu’un me demande s’il y a tel ou tel musicien, c’est que l’illusion est totale et j’aurais réussi le deal. Je ne joue pas d’autres instruments, j’ai la chance d’avoir des musiciens fantastiques comme Steve Hackett et Steve Unruh pour jouer ce dont je suis incapable dans mes compositions.

 

 

Joues-tu parfois tes chansons en concert ?
Si oui, des dates sont-elles prévues ?

J’ai décidé de me retirer de la scène en 1990. Il y a cependant eu quelques exceptions, quelques shows en 2006 avec John Hackett (le frère de Steve, flûtiste de renom) et son groupe, et une courte tournée en 2010 avec John et moi-même en duo acoustique. Je ne joue pas mes propres chansons sur scène car cela me demanderait de considérables ressources pour le faire proprement, et cela coûterait beaucoup plus que cela ne me rapporterait…

 

 

J’ai fait un beau voyage avec ton album, si naturel, tu as réussi à générer un sentiment d’introspection et de spiritualité légère dans toutes les atmosphères. Je pense que c’est un changement par rapport à tes albums précédents

Merci ! Quand Dick Foster et moi-même écrivons les albums, nous tentons de créer le concept de chacun différent à chaque fois. Je pense que l’ambiance et le caractère de Catharsis sont le résultat des expériences personnelles vécues par nous deux, puis partagées.

 

nanook-webzine-rock-progressif-interview-nick-magnus-1

Nick Magnus et Amanda Lehmann

 

Tes compères Pete Hicks et Tony Patterson et bien sûr Steve Hackett chantent et jouent à nouveau sur tes morceaux, et Amanda Lehmann (qui joue avec Steve) montre une performance vocale divine sur A widow in black. Ses lignes vocales font preuve d’une très large tessiture et sa voix est si émotionnelle, tu dois être vraiment fier de son travail…

Je suis très fier de son travail sur cette chanson ! Cela avait été écrit avec sa voix dans mon esprit, et j’ai été conquis lorsqu’elle a accepté le challenge. Amanda est actuellement en train de travailler sur son album solo et m’a demandé de contribuer aux arrangements et aux claviers sur un titre, dont je suis impatienté d’écouter le résultat final.

 

 

Parle-nous d’un de tes meilleurs souvenirs de studio ou de scène, avec un ou deux artistes avec lesquels tu as collaboré

Mon meilleur souvenir de studio est sans aucun doute l’enregistrement de Spectral Mornings de Steve Hackett. C’était le premier album professionnel que je faisais, ce qui avait provoqué une excitation spéciale pour moi. Les sessions se sont passées en Hollande en hiver 1979, où une épaisse couche de neige avait recouvert tout le pays, l’atmosphère était empreinte de rêverie et de magie.

 

 

Mon souvenir le plus étrange est une histoire de fantôme, lorsque je travaillais dans un studio qui s’appelait Le Manoir. Aussi loin que je m’en souvienne, c’était pour une session d’un groupe nommé Strawberry Switchblade.

Le studio avait la réputation d’être hanté…

La session a duré deux jours, et j’étais resté toute la nuit. J’ai eu deux expériences très frissonnantes et surnaturelles. Au matin, j’ai raconté aux autres ce qui m’était arrivé – ils m’ont dit « n’en dis pas plus » et ils sont allés chercher le proprio du studio. Je lui ai dit que j’avais dû être hanté durant la nuit et il me dit « laisse moi deviner – quelqu’un est apparu dans la pièce et t’a crié de dessus, très en colère, puis s’est placé au-dessus de toi, ce qui t’a fait ressentir une certaine lourdeur et t’a empêché de respirer. Est-ce cela ? » J’ai répondit « Oui, comment le sais-tu ? » – il répondit « ces fantômes apparaissent à tous ceux qui restent trop longtemps dans cette pièce. » Pour faire encore plus mémorable, je pris une douche juste après et glissai en m’agrippant au rideau plastique pour me retenir. Le rideau a cassé et tous les clips nylon se sont éclatés, recréant ainsi la fameuse scène de la douche de Psychose, mais heureusement sans le fantôme de Norman Bates… !

 

nanook-webzine-rock-progressif-interview-nick-magnus-3

 

Quels sont tes futurs projets ?
Scène, un autre album, d’autres collaborations musicales ?

Dick et moi-même avons déjà un concept pour le prochain album, nous travaillons dessus. Plus tôt en 2019, j’ai collaboré avec UPF (United progressive Fraternity) sur leur album Planetary Overload Part I : Loss et en 2020, nous continuerons ce travail en commun pour Part II : Hope. Je vais revenir également en Ariège.

 

 

Merci encore pour ta musique enchanteresse, Nick, les derniers mots sont pour toi.

Merci à toi Ivan pour cette opportunité de me présenter à tes lecteurs français. J’en profite également pour souhaiter à tous les lecteurs et le staff de Nanook-World une très heureuse et prospère année 2020. Salut ! (en français dans le texte)

 

 

Pour aller plus loin