Interview : Anne-Claire du groupe Lefkes

Synth pop française

Quand Anne-Claire m’a contactée pour me parler de son groupe Lefkes, j’ai été agréablement surprise par la musique mais aussi par les textes de La Femme Approximative, le premier EP du groupe. Voici l’occasion pour nous de vous faire découvrir ce groupe et aussi l’histoire de la création de cet EP, sorti décembre 2019.

 

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Comment s’est passée votre rencontre musicale ?
Et comment avez-vous décidé de former ce groupe ?

J’ai joué pendant plusieurs années dans un groupe de rock français qui s’appelait Ex Nihilo Vox. Lorsque le groupe s’est séparé, j’ai décidé de continuer seule et de me lancer dans un nouveau projet : Lefkes.

J’ai d’abord joué seule quelques temps avec un set acoustique, puis Philipp, que j’avais rencontré à l’université quelques années plus tôt, m’a dit qu’il aimerait se joindre au projet. Philipp a joué plusieurs années dans Fertig, Los ! un groupe de Pop allemande qui a bien marché en Allemagne. Je savais qu’il était un super compositeur et producteur et j’ai pensé qu’on allait être complémentaire donc j’ai tout de suite accepté.

On a beaucoup réfléchi à la direction qu’on voulait donner à notre musique puis on s’est mis à travailler sur L’Astre Invisible, notre premier morceau en français début 2018.

 

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La Femme approximative est le titre de votre nouvel EP sorti en décembre 2019.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de ce titre ?

J’ai toujours adoré la poésie du début du 20e siècle, Desnos, Eluard, Breton, Tzara, l’écriture dada et surréaliste m’a toujours énormément inspirée. Avec cet Ep, j’ai eu envie d’une part de rendre hommage à Tristan Tzara et à son recueil de poèmes magnifiques L’Homme approximatif dans lequel se déploient des vers d’une force poétique qui personnellement me bouleverse à chaque lecture.

En écrivant les titres de l’EP je voyais se dessiner cette « femme approximative » qui ne sait pas toujours où elle va, qui ne sait pas très bien ce qu’elle est, ni ce qu’elle veut mais qui préfère continuer à explorer le monde, ses désirs, ses peurs aussi parfois, plutôt que de s’installer dans une vie conventionnelle qui l’ennuie. Elle part, elle ère, elle saute dans le vide (métaphoriquement bien sûr !), elle cherche quelque chose de mieux que ce qu’on lui offre.

Je ne me suis jamais reconnue dans les canons de beauté ou dans les attentes que la société pouvait avoir des femmes, et j’ai moi-même longtemps eu l’impression d’être une femme approximative, je n’ai jamais rêvé de me marier, ni d’avoir des enfants, ni d’être aimé des hommes, ni rien de tout ce que la publicité vend comme la féminité absolue, et pourtant je suis une femme qui adore être une femme. Cette femme qui paraîtra approximative aux regards superficiels est en fait libre et complexe et j’aimais vraiment cette idée de dualité et de faux semblants que la pochette de l’EP traduit bien.

Philipp a tout de suite adoré le titre, je pense que c’est l’homme le plus féministe que je connaisse et il partage la même passion que moi pour dada et Tzara, donc le titre de l’EP au final a été une évidence.

 

 

Vous n’en êtes pas à votre première expérience musicale. Mais ce disque est le 1er album de votre duo.
Comment s’est passé la composition et l’enregistrement ?

Il a fallu quelques mois pour trouver notre rythme de composition ensemble, j’ai commencé par composer plusieurs démos sur Logic qui étaient parfois un peu sombres, comme L’Astre Invisible qui était au départ plus noire et plus mélancolique.

Mais Philipp a rapidement su mettre de la lumière dans ces morceaux et apportant une touche plus pop, des riffs de guitares et des synthé plus énergiques qui donnent le côté dream pop à notre musique.

 

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On travaillait dès qu’on avait un moment chez Philipp en Home Studio, puis on a eu envie d’avancer plus rapidement. Donc fin 2018, on a décidé de s’isoler à la campagne pour transformer les démos et boucler notre premier EP.

 

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On est resté près d’une semaine dans une fermette du Perche en plein mois de novembre, emmitouflés jusqu’aux oreilles on a joué non-stop au coin du feu pendant plusieurs jours et tout le reste de l’EP a alors pris vie.

 

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On a peu dormi, mais on était vraiment heureux du résultat. Il y a plusieurs titres qu’on a gardés pour un second EP.

 

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Nous découvrons dans ce disque un côté littéraire, bravo Anne-Claire pour ces textes poétiques
Quelles sont vos influences (littéraires ou autres) pour l’écriture des textes des morceaux ?

Je crois que c’est la découverte des surréalistes au lycée qui m’a vraiment donné envie d’écrire dans un style poétique, et je les relis souvent. J’ai lu aussi beaucoup de poètes anglophones, comme Robert Frost, Allen Ginsberg, Maya Angelou, Jack Kerouac dont les images m’inspirent également beaucoup.

J’aimais surtout le rock anglais quand j’étais adolescente mais quand j’ai décidé de monter mon premier groupe, je ne voyais pas comment on pouvait dire quelque chose de vraiment poétique et sincère dans une langue étrangère qu’on ne maîtriserait jamais assez pour réussir à la manipuler de façon originale – surtout l’anglais qui est une langue brassée dans tous les sens et que le globish appauvrit sans cesse.

J’ai écrit plusieurs morceaux en anglais mais pour moi, le français a toujours été une évidence et je me suis mise à explorer davantage la discographie d’artistes dont le style littéraire et musical me parlait vraiment, j’ai alors plongé dans Souchon, Voulzy, Bashung, Daho, Noir Désir…

Pour moi, le texte a toujours été primordial et je pense qu’il sera toujours central dans Lefkes.

Il se trouve que la mère de Philipp, qui est allemand donc, est francophile et écoutait beaucoup d’artistes français quand Philipp était enfant. Il connaissait déjà pas mal de références de la chanson française et je lui ai fait découvrir de nouveaux artistes, comme Laurent Voulzy qu’il a tout de suite adoré.

 

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Toujours à propos des influences, mais musicales cette fois-ci, vous avez un enthousiasme commun pour Etienne Daho, Laurent Voulzy et Alain Bashung. Qu’en est-il de la scène française actuelle ?
Avez-vous eu un coup de coeur pour un ou plusieurs artistes francophones récemment ?

J’avoue avoir un très gros faible pour Juliette Armanet que j’ai vu 3 fois en concert l’an passé. J’ai adoré l’album Petite amie que j’ai écouté en boucle pendant des mois. J’adore la façon dont elle arrive à varier les registres en passant du second degré au tragique avec une élégance toujours intacte.

J’aime beaucoup la beauté suave des titres de François and the Atlas Mountain pour qui j’avais eu la chance d’ouvrir avec Ex Nihilo Vox et j’adore Christine and the Queens que j’ai vu plusieurs fois en concert ces 4 dernières années et qui m’impressionne toujours énormément.

On aime également beaucoup Angèle, qu’on a découvert ensemble sur l’édition 2018 de We Love Green. On aime vraiment son féminisme assumé, sa fraîcheur et ses textes très incisifs.

 

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Il n’y a pas encore de clip pour cet EP pour le moment si je ne me trompe pas.
Avez-vous prévu d’en faire un ?
Si oui, pour quel morceau ?

Oui, il y a plusieurs clips en préparation, celui de Nomades qui devrait sortir en premier en début d’année.

Le clip de L’Astre Invisible est dans les tuyaux avec le réalisateur Francois-Régis Jeanne qui a aimé l’EP et nous a proposé de travailler avec nous sur ce titre.

Un autre clip pour Chanson pour un Voyageur Solitaire est également en discussion. Et on aimerait beaucoup sortir un clip animé pour Le Monde Infini.

2020 va être bien remplie pour Lefkes !

 

 

Pour aller plus loin

Le site du groupe Lefkes