Nick Magnus : Catharsis

Rock progressif

Aujourd’hui, je vous embarque à la découverte d’un grand monsieur du rock progressif et du rock anglais au sens large du terme.

 

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Presque inconnu en France (mais ça ne surprend plus personne…), la renommée de Nick Magnus est très large au Royaume-Uni, de par ses multiples collaborations studio avec de grands noms tel que Renaissance, Brian May, The Enid, Richie Havens, Bonnie Tyler, Chris Rea, la liste est sans fin… et surtout, ami fidèle de Steve Hackett depuis le superbe Spectral Mornings de 1978, collaboration intensive qui durera jusqu’à 1990 environ. Depuis, les deux musiciens ne se sont pas quittés, Nick a notamment collaboré avec le frère du guitariste, John Hackett, flûtiste de génie, et il était tout naturel que pour ce sixième album solo (sorti en octobre 2019), il l’invite à nouveau à faire sonner son instrument d’une façon toujours aussi magistrale.

 

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Un peu plus de quarante an de carrière, et le claviériste chanteur trouve toujours l’inspiration avec ce Catharsis très classe, très gracieux, tellement propre qu’on sent qu’il a été enregistré autour de quelques tasses de thé plutôt que de pintes de bière bon marché, ou peut-être en dégustant un whiskey pur malt vingt ans d’âge…

Accompagné de ses acolytes apparaissant sur ses précédents opus, Tony Patterson and Pete Hicks, il nous propose une superbe musique inspirée de son amour inconsidéré pour l’Ariège, aux limites du pays cathare, bordé des prémices de la chaîne des Pyrénées, ses paysages, ses habitants et ses légendes. Le livret est d’ailleurs muni de fabuleuses photographies dessinant son propos et Nick a concocté un petit DVD, un « progumentary » plein d’humour assez bon enfant comme seuls les anglais savent le faire, chaussant ses lunettes d’aviateur et embarquant dans un avion en carton, tout en nous détaillant ce pays qu’il adore et l’histoire de chaque titre de l’album.

 

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Passons à la musique en détail : Red blood on white stone démarre à peine et nous sommes happés par ce son si unique des premiers Steve Hackett juste après son départ de Genesis ; bien qu’il apparaisse sur ce titre, je ne sais si c’est le fruit d’une énième composition commune ou le style du guitariste qui influence à vie toute personne qu’il côtoie, mais on pense à l’union d’un Spectral Mornings et d’un So de Peter Gabriel, tout en finesse et douceur, la voix de Nick s’intègre à merveille dans cette pureté mélodique et un ajout de gros chœur lyrique achève de prouver la magnificence omniprésente de la musique de cet album.

Narrant la gloire passée du château de Montségur, ils est suivi d’une autre histoire de château, celui de Foix, avec ces trois étranges tours, comme le dit le titre du morceaux Three tall tower, un peu plus pop et facile d’accès, certainement dû à la présence de Pete Hicks, trublion gentleman chantant avec excellence comme à l’époque des Beatles et consorts. Morceau à la fois rythmé et symphonique dans l’aspect, le côté médiéval de l’ère des châteaux de la région est mis en exergue avec Convivium, instrumental joué comme au Moyen-Age où l’on perçoit flûtes, épinette, clavecin et autres cromornes. Bien sûr les harmonies présentes ici auraient valu le bûcher à notre ami, tant les accords et les mélodies sont hardies et hors contexte, diaboliques auraient même prononcé ces messieurs du clergé, mais notre perception actuelle et évoluée nous permet donc d’apprécier ce très beau moment musical et fendant le temps.

 

 

Quand on parle du diable, il s’immisce ici sur le fameux pont qui porte son sobriquet, The devil’s bridge, porteur d’autant de légendes que de pierres le constituant. Une des plus répandues est que le diable aurait permis et même aidé à la construction de ce pont entre les deux rives du pays à la condition d’emporter l’âme du premier être qui traverserait après que l’édifice fut terminé. Mais le premier à traverser fut un chat, et non un être humain, et sans âme à rapporter avec lui, le diable entra dans une colère folle et tomba du pont, et parut se noyer dans la rivière plus bas. Musicalement, ça reste très calme et lancinant, un bon moment mélodieux avec de belles lignes de chant calme et serein.

The market at Mirepoix, lors de ce marché vivifiant du Sud-Ouest, Nick chante à merveille nos produits régionaux en français dans le texte, très mignon d’entendre pommes de terre, vin rouge, camembert et poivrons verts, lapin terrine, pinot noir avec cet accent très posé et respectueux. Musicalement très folk et un peu fou, on pense surtout à Kansas, certainement grâce au violon dynamique et sautillant qui court tout le long.

L’ode à la nature est toujours présente, et Gathering mists nous enveloppe de cette brume omniprésente dans le paysage ariègeois, ce piano dépouillé et éthérique surplombé de cordes légères et suspendues bouleversent les sens et donnent un souffle nouveau, un espoir certain… dommage que cet instrumental soit beaucoup trop court (deux minutes cinquante à peine !!)

 

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Le clou de l’album est sans conteste A widow in black, chanté de manière exceptionnelle par Amanda Lehmann, chanteuse/guitariste qui accompagne notre bon Steve Hackett en live depuis quelques années et qui participe activement au deuxième album de mon opera rock Foreign (sortie Avril 2020, il faut bien un peu de promo perso, non ?). Cette ballade mélodieuse et harmoniquement périlleuse narre la vie dure et solitaire d’une veuve nommée Marinotte, qui vivait dans une belle maison de la région, à flanc de montagne. A présent, les temps ont changé, le lieu est moins rural, la maison est à nouveau habitée, les rires des enfants planent dans l’air, mais l’esprit de Marinotte est toujours là, et quelques vieux des villages alentour se rappellent encore de la vie paysanne de cette époque et de cette figure emblématique du lieu. Amanda chante divinement, ça nous le savions, mais elle utilise ici toute la largesse de sa tessiture impressionnante, passant d’un grave assez osé à une hauteur en voix de tête telle une mezzo-soprano de belle facture et appréhendant le côté prog à sept temps avec assurance. Superbe moment de musique !

 

Mountain mother nous transporte au fond des âges immémoriaux, au coeur des montagnes et leurs grottes, cavernes mystérieuses ornées de leurs dessins pariétaux, une certaine sorcellerie ressentie ici, des croyances depuis longtemps oubliées perdurent encore un peu. De superbes chœurs amènent une grandiloquence en début de morceau, comme une musique de film inconnu, inédit, puis le rythme se fait lancinant, comme si quelque chose grondait dans les entrailles de la terre et des siècles passés…  Le chant de Patterson est à la limite de l’irréel, du flou, ce qui conforte ce sentiment de temps passé , révolu, hors de notre réalité…

 

 

Un peu moins Brit’pop que les précédents albums, plus intimiste et spirituel, ce voyage à travers l’extrême sud-ouest de notre pays, vu avec les yeux d’un anglais pur souche, a de quoi enchanter le plus rustre d’entre nous. On virevolte entre beaucoup d’émotions, de visions et de sonorités diverses et rafraîchissantes. Merci Mr Magnus, pour cette œuvre à nouveau de grande classe.

 

Autres albums à découvrir :

  • Nick Magnus : N’monix, Children of another god.
  • Steve hackett : Spectral mornings, Defector

 

Pour aller plus loin

Site officiel de Nick Magnus