Interview de Jewly

Rock

 

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Photo © Fabrice Davit

 

L’interview

Bonjour Jewly. J’ai découvert ta musique et ton univers via les réseaux sociaux et internet il y a quelques mois et j’ai encore du mal à m’en remettre. Tu n’es rien de moins qu’un de mes coups de coeur tous styles de musique confondus. Peux-tu présenter un petit peu ton parcours aux lecteurs du webzine Nanook ?

Eh bien déjà merci pour tes mots Ivan !!! Je n’aurais jamais pensé faire de la musique mon métier mais des émotions comme celles à la lecture de ta première question et le retour du public ont fait de cela une évidence.

J’ai toujours eu un lien avec la musique, mais une musique très éloignée de ce que je fais aujourd’hui. Enfant, j’ai fait de l’alto puis du violon. Ado, la guitare est venue dans mes bras car l’instrument était plus logique pour m’accompagner au chant. J’ai fait des études qui n’ont rien à voir avec la musique et n’ai pas chanté pour des raisons perso pendant très longtemps (ou en cachette ;)).

Puis la magie des rencontres… j’ai commencé à faire quelques concerts plutôt typés jazz puis j’ai eu l’opportunité d’enregistrer un single pour l’UNICEF. Et voilà… j’ai goûté à la joie de chanter ses propres chansons… « contaminée » ;). Et puis la scène a révélé ce besoin profond en moi de rock et de blues… le reste s’est enchaîné très naturellement !

 

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Drugstore est ton deuxième album et chaque chanson est bien particulière, on sent qu’il se trouve une histoire derrière un personnage à chaque fois. Peux-tu nous donner quelques détails de la genèse de cet album ?

Quand j’écris, comme quand je chante, je ne réfléchis pas. Je préfère que tout soit viscéral. Et quand j’ai commencé à écrire les premières chansons de Drugstore, j’ai d’abord écrit les paroles, avant de composer les mélodies. Les chansons n’avaient pas de titres… juste des textes… puis j’ai composé les mélodies.

Ensuite j’ai commencé à penser à l’album et aux différentes chansons que je voulais mettre dessus, et là il fallait les « nommer ». Tout naturellement, je me suis rendue compte que je n’avais écrit que des chansons rendant hommage à des personnes qui m’avaient marquée, touchée, bouleversée. Des rencontres durant une bonne décennie avant que ne sorte Drugstore. C’était évident de mettre en titre le prénom de ces protagonistes et Drugstore est en quelques la pharmacie de mon âme où se retrouvent tous ces personnages.

Après, j’ai voulu les mettre le plus possible à l’honneur et proposer 2 lectures au public : une première lecture en écoutant l’album simplement, en ressentant et interprétant les paroles et la musique en fonction de sa propre histoire, de sa journée, de son humeur… et la deuxième lecture avec les clips. Un clip a été fait pour chaque chanson, pour vraiment rentrer dans l’intime de chaque personnage.

 

 

J’ai vu que tu avais enregistré dans un studio en Angleterre, était-ce pour cet album ou pour le premier ?

C’était pour Drugstore, le troisième album. En fait cela a été une histoire de rencontres (encore ;)). Quand j’ai cherché le réalisateur (un genre de directeur artistique) et l’arrangeur du dernier album, j’ai casté différentes équipes. Je leur ai donné 3 titres que j’avais composé (texte et musique) et ils ont travaillé sur un des trois. Je leur avais aussi donné des morceaux de référence pour qu’ils comprennent vraiment vers où je souhaitais aller.

Puis j’ai choisi l’équipe ! Il se trouve que c’est le travail de Phil Spalding, bassiste anglais et de Matt Backer, guitariste américain, vivant tous les 2 en Angleterre, qui m’a le plus parlé. Phil connaissait très bien un magicien du son, Louie Nicastro, ingénieur son des Stranglers bossant dans leur studio en Angleterre. Cela a été évident du coup de travailler et d’enregistrer là-bas.

 

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Photo © Fabrice Davit

 

Vis-tu de ton art, de ta musique ?

Oui, aujourd’hui j’en vis. Mais attention, je précise que mon quotidien ne consiste pas à juste partir en tournée ! Je me lève avant midi le matin ;). Pour un artiste indépendant, c’est un travail non-stop, 7 jours/7… Les tournées c’est la cerise sur le gâteau. Sinon je passe des heures devant mon ordi et avec mon téléphone. Il faut trouver les dates, organiser les tournées, faire la promo, la compta, etc… tant de métiers que tu apprends sur le tas ; j’ai aussi créé ma société de production.

Après tout dépend de ce que tu recherches, moi je souhaite vivre de mon projet et rencontrer le plus de gens, vivre ces émotions. J’ai choisi aussi de ne pas faire de concession et de faire la musique qui me parle aux tripes, que je puisse être en adéquation sur scène avec moi-même à 200 %. L’authenticité et la sincérité.

 

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Photo © Franck Vernet

 

Tu tournes beaucoup en France et un peu à l’étranger. Fais-tu tout toute seule ou as-tu un manager, un label qui s’occupe des démarches ?

Pour l’instant je le fais moi-même. Trouver 70/80 dates par an comme nous le faisons depuis quelques années n’est pas évident. Heureusement, des programmateurs nous font confiance et aujourd’hui, il y en a aussi qui nous contactent directement.

Mais c’est un gros boulot ! Il y a beaucoup de groupes qui font de la super musique, donc il faut tout le temps relancer. C’est un milieu un peu sclérosé aussi et il y a de moins en moins de budget. J’avoue que ce n’est pas toujours facile. Mais quand tu signes les dates, et surtout quand tu es sur scène, tu oublies… le public t’offre tellement plus.

Après je commence à chercher un tourneur (celui qui te place dans les lieux). Mais il faut trouver la bonne personne. Je fonctionne beaucoup à l’instinct et au feeling…

 

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Photo © Franck Vernet

 

Tu as fait beaucoup de 1ères parties de musiciens et chanteurs connus : Pagny, Scorpions, Lucky Peterson, Ten Years after… ce furent de belles opportunités et de bons souvenirs, je suppose ? Quel est le meilleur souvenir de scène pour toi ?

Oh oui !! De sacrées opportunités ! Et des merveilleux souvenirs… Nous avons eu la chance d’être superbement bien accueillis à chaque fois, autant par les organisateurs, le public que par les artistes.
C’est difficile de cibler le meilleur souvenir car tous ces scènes étaient si différentes… Scorpions c’était dans un stade donc énorme ! Florent Pagny et Yannick Noah dans des Zéniths, Ten Years After, Lucky Peterson, Yarol dans des salles de concerts extra, Ana Popovic et Axelle Red en scène extérieur…

Et il y a eu Macy Gray… je crois que je choisirais celui-ci comme souvenir le plus incroyable ! Une artiste que je respecte tant et surtout la manière dont cela s’est passé… un vrai coup de cœur de la programmatrice qui nous a programmés la veille ! Il n’y avait pas d’opening, et c’était une évidence pour elle que nous la fassions. Elle a soulevé des montagnes. Ce moment a été magique ! C’est grâce à des personnes comme elle qu’on peut se dire que tout est possible ! Des programmateurs qui aiment les artistes, des vrais passionnés qui fonctionnent aussi avec leurs émotions.

 

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Photo © Fx Concerts

 

Une osmose entre tes musiciens et toi se ressent vraiment sur le DVD, sont-ils des potes de longues dates ou des artistes rencontrés au gré de la vie ?

La scène est un moment privilégié et intense… tu partages tout, tu es à nu et pour moi il est indispensable d’avoir une osmose avec l’équipe. C’est plus qu’une famille. Au départ, ce sont tous des musiciens que j’ai choisis pour le projet, je ne les connaissais pas avant.

Raph Schuler, le batteur, bosse avec moi depuis plus de 10 ans (il a eu sa médaille du travail… pour me supporter surtout ;)). JC Bauer, le bassiste, a fait son 1er concert avec nous en novembre 2015, et pas n’importe lequel, la première partie de Ten Years After ! Et Seb Bara, le guitariste, fait partie de la team depuis 2 ans. Des relations professionnelles au départ, mais qui bien sûr ne peuvent pas rester que pro !

J’ai la chance d’avoir une superbe équipe, musicalement bien sûr mais humaine surtout ! Ils comprennent ce que je veux artistiquement et subliment l’univers « Jewly ».

 

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Photo © Fabrice Davit

 

Un 3ème album en vue peut-être ?

Ha ha !! Ouiiiiii !! Je viens juste de terminer l’écriture et les compositions. Et là je suis en train de choisir l’équipe artistique. Impatiente je dois dire…
L’album devrait sortir en 2020. Je n’en dis pas plus pour l’instant mais sans concession à nouveau, forcément ;).

 

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Photo © Fx Concerts

 

Es-tu consciente, pour notre plus grand bonheur bien sûr, d’être une extra-terrestre dans le monde si plat et formaté de la scène française actuelle ?

Eh bien cela me fait plaisir de lire cela… et en même temps, je me dis que je suis peut-être folle en fait ;). Je pense aussi qu’il y a d’autres extra-terrestres comme moi, malheureusement c’est dur de se faire entendre.

Je fais aussi parfois des formations en tant qu’« artiste entrepreneur » et la première chose dont je parle c’est de se demander pourquoi on veut faire ce métier. Toutes les réponses sont respectables mais tu ne construis pas ton parcours de la même façon selon la réponse. Pour ma part, c’est cette fusion avec le public, le live, ces échanges mutuels d’émotions qui me parlent alors je ne peux pas me formater !

 

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Photo © Gilbert Fischer

 

Tes textes sont pratiquement tous chantés en anglais. Es-tu très demandée à l’étranger ?

Il n’y a pas de calculs ou de filtres quand j’écris. C’est vrai que la langue qui me vient le plus souvent c’est l’anglais, à cause de la musicalité des mots. Dans mon univers, cela me correspond davantage. Ou parfois des textes viennent en français. Dans ces moments d’écriture, il n’y a que le texte et mes tripes, je ne pense plus à la scène ou aux détails du quotidien ; d’ailleurs quand j’écris, je me mets en ermite ;). Après les chansons vont vivre et faire leur chemin et peu importe le pays.

Pour l’instant, nous tournons plus en France mais depuis 2018, la tendance change. Comme c’est moi qui démarche, il faut dire que mon fichier de contact est plus étoffé en France donc forcément je démarche moins l’étranger. Là ce sont des salles qui nous contactent. Mais bien sûr que nous souhaitons aller partout !! Le public est si différent selon les pays, les villes, les lieux… c’est enrichissant et cette culture nourrit aussi beaucoup.

 

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Photo © Joseph Carlucci Live Music Production

 

Ta voix a beaucoup changé entre les deux albums. Tu as dû beaucoup travailler pour arriver à cette profondeur vocale et cette émotion particulière que tu dégages.

Alors en fait, cela n’a pas vraiment été une question de travail vocal (oups ;))…

Pour les morceaux de Drugstore, je les ai vraiment composés en fonction de ma voix, des émotions et des sentiments que je voulais mettre…

Et puis j’ai été merveilleusement entourée ! Les arrangements de Drugstore ont été fait d’une manière assez particulière. Phil et Matt m’ont demandé d’enregistrer la voix définitive avec un minimum d’instruments (parfois juste une guitare, un piano, une ligne de basse…) et nous avons créé les arrangements autour de ma voix, de mon interprétation pour vraiment la respecter au mieux. C’était assez déroutant sur le premier titre, j’étais sûre que j’allais réenregistrer les voix à la fin et non… aucune voix n’a été réenregistrée au final !! Trouver des gens qui sont d’une telle humilité et d’un tel professionnalisme est une grande chance et ils ont joué avec les plus grands !!

 

 

Est-ce toi qui compose toutes les chansons ? Joues-tu d’un instrument ?

Il n’y a pas vraiment de règles… Pour les dernières chansons, en effet, c’est moi qui les ai écrites et composées. J’ai des choses à sortir, et je sais que j’aurais besoin de les vivre en live. Cela sera peut-être différent sur un prochain album ou pas…

Même si j’ai fait de l’alto, du violon, de la guitare, je n’ai pas vraiment composé avec ces instruments. Drugstore je l’ai composé à la voix… le prochain au piano (je précise que je ne suis pas pianiste ;)). Encore une fois, j’écoute mon impulsion et go !

 

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Photo © Emmanuel Viverge

 

Tu es marraine d’une association qui s’occupe de prévention contre l’Hépatite C. Veux-tu nous en dire un mot ?

Avec plaisir !
Pour moi, un artiste est aussi là pour véhiculer des messages. Perso, j’ai toujours défendu des thèmes forts, assez revendicatifs et souvent tabous. Ma lutte contre l’hépatite C a été une évidence ! Et aussi, encore une fois, une histoire de rencontres.

Je suis la marraine de la campagne savoirCguérir, campagne nationale d’incitation au dépistage de l’hépatite C qui utilise la musique pour sensibiliser le grand public. L’hépatite C est une maladie malheureusement méconnue et taboue alors que tout le monde peut avoir été un jour confronté au virus et contaminé ! C’est une maladie que l’on peut avoir en soi pendant plusieurs années sans avoir de symptômes. Si on ne se traite pas, cela peut évoluer en cirrhose ou en cancer du foie. Aujourd’hui, il existe un traitement pour en guérir, accessible à tous, très bien toléré et facile à prendre (par voie orale) et en 2 voire 3 mois, on est totalement débarrassé du virus. C’est donc le dépistage qui est primordial aujourd’hui et faire en sorte que chacun ait conscience que cette maladie n’est pas honteuse et qu’elle peut concerner n’importe qui ! Plus d’1 personne sur 2 atteinte l’ignore. Alors dépistez-vous et partagez l’info autour de vous : savoir c’est guérir !

 

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Photo © Joseph Carlucci Live Music Production

 

Le mot de la fin est pour toi. Merci infiniment d’avoir pris de ton temps pour répondre et merci pour ta musique si vivante. Au plaisir de te voir sur scène !

Un grand merci à toi ! Et à tous les lecteurs du webzine Nanook !

 

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Photo © Loris Romano

 

Pour en savoir plus :

Site de Jewly

 

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Photo © Emmanuel Viverge