Entretien avec la chanteuse gabonaise Tita Nzebi

À la croisée de l’art et de l’engagement

Ce nom, si vous vous intéressez à la musique venue du continent africain, vous l’avez forcément vu, lu, entendu. Tita Nzebi est la voix gabonaise qui monte incontestablement, remplissant les salles en France, en Suisse, en Inde.

La force de ses interprétations, la beauté de sa voix et son charisme sur scène, ses concerts vécus comme des fêtes, tout cela contribue au succès grandissant d’une artiste talentueuse et également engagée, attentive aux respect des droits de l’homme et à la liberté.

 

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Tita Nzebi au Café de la Danse – Photo © Cédric Azerot

 

Interview de Tita Nzebi

Bonjour Tita, vous partez pour une série de concerts. Présentez-vous, nous voulons vous connaître davantage.

Bonjour à tous. Je m’appelle Tita Nzebi, je suis née à M’bigou au Sud du Gabon. Je suis la 8e d’une famille de 9 enfants. Je vis en France depuis novembre 1998. Je suis venue ici pour faire des études de Relations Internationales que j’ai terminées en juin 2005. Depuis l’été 2006, je développe mon projet musical.
J’ai commencé à composer mes chansons dès mon arrivée en France. J’ai fait mes premières scènes dans les cafés et bars parisiens. En 2008, j’ai produit un maxi single de 5 titres. En 2010, j’ai créé mon label Bibaka qui m’a permis de sortir mon premier album en 2011, l’album Métiani. Depuis, je me suis produite sur plusieurs scènes en France, en Allemagne et en Inde.

 

 

Éclairez-nous : quelle est l’origine de votre nom, son sens ?

Au Gabon, et peut-être dans d’autres pays d’Afrique, les adultes ont l’habitude de donner des petits noms aux enfants. Ces petits noms finissent souvent par éclipser nos prénoms ou noms offiels. Il y a donc des Bijou, des Poupon, des Coco, des Chouchou, des Copain, des Petit papa etc. Et mon petit nom à moi c’est Tita. Je suis sûre qu’il y a des gens de ma famille qui ne savent pas que je me prénomme Huguette Félicité car chez moi on m’appelle Tita depuis que je suis enfant et cela n’a aucune signification particulière. Quand je me suis lancée dans ce projet musical j’ai naturellement choisi de me présenter au public sous cette appellation. Tita c’est court, facile à retenir et à prononcer par n’importe qui.

Nzebi c’est ma langue maternelle, celle dans laquelle je chante. Il y a quelques années j’ai ouvert une page sur le site MySpace. Un pseudo m’avait été demandé et j’avais mis Tita. Mais ce pseudonyme était déjà pris alors à Tita j’ai adjoint Nzebi pour me différencier de l’autre Tita. Je pus ainsi ouvrir ma page et sur ce profil, je m’appelais Tita Nzebi. J’ai trouvé que ça sonnait bien et surtout j’avais là une réponse toute trouvée pour ceux qui me demandaient dans quelle langue je chantais.

 

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Parlez-nous de vos albums s’il vous plaît

J’ai actuellement un album à mon actif sorti en France en septembre 2011. C’est l’album Métiani, 14 titres, produit par mon label Bibaka. À ma grande surprise il est resté 3 mois en écoute dans les grands magasins Fnac de Paris (Les Halles, Saint-Lazare, Place d’Italie). Ne sachant pas pourquoi et comment cet album avait pu bénéficier d’une mise en avant dans ces magasins, j’avais posé la question à un vendeur à la Fnac de Place d’Italie et sa réponse fut la suivante : « C’est certainement une décision de la direction de la Fnac qui a estimé que cet album méritait une telle exposition. » Métiani n’a pas été un succès commercial mais les gens continuent à le découvrir et à me le demander. Il continue donc de faire son chemin et j’en suis ravie. Je suis actuellement en train de travailler sur le prochain album qui sortira, je l’espère, d’ici deux ans.

 

 

Nous connaissons tous la situation politique actuelle de votre pays le Gabon.
Pouvez-vous nous parler de votre engagement en faveur du Président élu Monsieur Jean Ping ?

Je vous remercie pour cette question car elle me donne l’occasion de parler de mon pays et de préciser un point à mon avis important. Mon engagement n’est pas en faveur du président élu Monsieur Jean Ping. Il est plutôt en faveur du Gabon, en faveur du respect des lois. Cette précision me semble importante car beaucoup pensent que ceux qui dénoncent la situation actuelle du Gabon le font parce qu’ils détestent Ali Bongo et aiment Jean Ping.

C’est selon moi une mauvaise lecture de cette situation. Ali Bongo n’a pas remporté l’élection présidentielle d’août 2016, comme il n’a pas remporté celle de 2009.

NDLR : en complément d’information, l’article paru le 05/04/2018  sur Paris Match Jean Ping : « Le Gabon vit un Coup d’état militaire permanent »

 

En tant qu’artiste vous sentez-vous des devoirs particuliers ?

Je dirais plutôt qu’en tant qu’artiste j’ai des possibilités particulières. Sur la situation du Gabon par exemple, beaucoup pensent et disent quasiment la même chose que moi. Nombreux sont capables de le dire mieux que moi. Mais en tant qu’artiste je peux être interviewée comme maintenant, je peux avoir accès à une certaine audience. Chaque fois que l’occasion m’est donnée je me fais un devoir de faire connaître la situation désastreuse du Gabon. En me lisant via votre média certains ont peut être découvert mon pays d’origine et ce qui s’y passe. Qui sait, peut-être parmi vos lecteurs il y en a qui peuvent porter loin la dénonciation du régime qui détruit actuellement le Gabon.

Je profite d’ailleurs pour rappeler que les Africains migrent principalement en Afrique. Pendant longtemps, le Gabon a été une destination prisée par les Africains car c’était un pays relativement prospère. Aujourd’hui, plusieurs personnes vivant au Gabon, dont les Gabonais partent vers d’autres pays. Le monde a tout à fait raison de penser que le problème du Gabon n’est pas son problème mais si sa situation continue à se détériorer, le problème du Gabon deviendra bientôt celui du monde car aux migrants qui font couler beaucoup d’encre et de salive aujourd’hui en occident s’ajouteront des Gabonais. Aussi longtemps que les gouvernements du monde dit libre continueront à dérouler des tapis rouges aux dictateurs sanguinaires de nos pays les gens partiront de chez eux pour s’établir ailleurs. C’est une réaction simplement humaine.

NDLR : en complément d’information, l’article paru le le 05/09/2016 sur lemonde.fr Gabon : les paradoxes d’une dictature  » soft « 

 

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Tita Nzebi au Café de la Danse – Photo © Cédric Azerot

 

Peu de temps avant votre tournée en Bretagne puis en Suisse, quel est votre état d’esprit ?
Quelles sont vos attentes ?

J’ai hâte d’y être! Je serai à Belle-Île les 18 et 19 juillet et à Erdeven le 20 juillet. Je repasse dans des lieux où j’ai déjà joué. Nous avons gardé un très beau souvenir de nos précédents passages, j’espère qu’en juillet ça se passera aussi bien. Le 22 juillet nous serons au festival LAFF à Lausanne. Ce sera notre premier concert dans cette ville. Nous ferons en sorte que tout se passe bien.

 

 

Tita Nzebi en concert

18 juillet – Belle-Île
19 juillet – Belle-Île
20 juillet – Erdeven
22 juillet – Lausanne, festival LAFF, Suisse
5 octobre – Chambery

 

Pour en savoir plus

Page facebook de Tita Nzebi