Vivre ensemble

Un film d’Anna Karina

Alors là c’est parti pour déterrer des films français (oui oui j’ai bien écrit français, moi qui les ai boudés pendant très longtemps et pourtant face aux gros blockbusters, revenir à plus de simplicité c’est comme une bouffée d’air). Et pour cela il faut remercier notamment M6 vidéo, qui en plus de remasteriser des vieilleries (ni voyez là aucun péjoratif), fait de belles éditions sous forme de livre, dite Digibook pour les intimes.

 

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L’histoire et le contexte du film

Ce film date de 1973. Pour le replacer dans son contexte, c’est une époque de libération des mœurs aussi bien en France qu’aux États-Unis avec un rejet de la guerre. Pourquoi j’en fais mention ? Parce que le film est véritablement inscrit dans cette période.

Réalisé par Anna Karina et d’une durée d’1h33 minutes, Vivre ensemble narre une histoire d’amour entre Alain, interprété par Michel Lancelot et Julie, jouée par Anna Karina elle-même.
Alain a une vie bien rangée. Il est marié, a un bel appartement dans Paris et est professeur d’histoire. Il mène son train-train quotidien tranquillement.

Tout lui réussit plutôt bien. Jusqu’au coup de foudre, le coup de foudre en bel et due forme lorsqu’il se promène avec un ami dans les rues de Paris à Saint-Germain-des-Prés et qu’il bouscule Julie. Elle réplique qu’il pourrait faire attention, leurs regards se croisent et patatra.

 

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Ça aurait pu en rester là, sauf que non il va la revoir et avoir une aventure dont sa femme se rendra compte. Son couple se délite et il plonge progressivement dans le monde de Julie, femme libre comme l’air, qui sort, rencontre du monde, et nous le supposons, se fait entretenir par on ne sait combien d’hommes. Elle lui ouvre les portes de chez elle et il n’arrive plus à en sortir. Il se laisse avaler par son monde d’alcool, de cigarettes (entre autre), de sexe, de rêveries et il va petit à petit y prendre goût à tel point qu’il ne va plus être capable d’arriver à l’heure à son boulot et qu’il va tout plaquer.

Ne travaillant plus, Julie lui propose de partir à New-York, chez un de ses amis qui va les héberger. Il s’avère que le lendemain de leur arrivée, ce dit ami va s’envoler on ne sait où et ils vont avoir l’appartement à gérer. Ils vont vivre sur leurs petites économies et en demandant de l’argent à droite à gauche, sans véritables projets. C’est le genre de vacances qu’on pourrait trouver absolument horribles d’autant que Julie n’est entourée que d’hommes et qu’Alain se débat pour trouver sa place à ses côtés.

 

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Au retour de New-York ils continuent leur petit bonhomme de vie. Alain plonge petit à petit dans l’alcool, ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie jusqu’à un nouveau changement de situation : Julie tombe enceinte. Et là les rôles s’inversent.

Une fois maman, elle prend ses responsabilités et trouve du travail tandis qu’Alain vend de la drogue et ne cesse de boire. Il donnera également des cours à domicile à des enfants du voisinage sans quitter sa bouteille.

Alain va dépérir, tandis que Julie va s’épanouir. Les rôles se sont inversés et Alain ne semble plus être capable de remonter la pente. La fin est malheureusement comme elle devait être. Après une dispute violente, Julie s’en va. Alain ne sait plus qui il est, il en vient même à douter que cet enfant est le sien. Meurtrie, Julie doit protéger son enfant et ne reviendra plus.

Fin de l’histoire.

 

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Un film réalisé et écrit, pour la 1ère fois, par une femme

Ce que ce film a de particulier, c’est qu’il est d’abord porté par une femme, Anna Karina. Il faut savoir qu’à cette époque, aucune femme n’a encore écrit ni réalisé de film. Anna Karina va ouvrir le bal. Et c’est un sacré bout de femme. D’abord mannequin, elle va ensuite percer dans le cinéma, ce qu’elle avait toujours voulu faire. Ex-femme de Jean-Luc Godard, elle a du caractère et une belle culture cinématographique. Elle sait ce qu’elle fait même si ce n’est pas sans risque.

Et, effectivement, il est à noter que les scènes passées à New-York ont été filmées sans autorisation. Tout ce que nous voyons à l’écran n’est pas une mise en scène avec des acteurs la plupart du temps, sauf avec son ami qui lui prête son appartement et ce qui semble être un de ses ex et qui se balade tout le temps à vélo avec son lapin blanc (oui, vous avez bien lu).

Il y a, à cette époque, le mouvement hippie qui se développe et manifeste pour la paix dans le monde. Le couple Alain-Julie s’insère dans le paysage naturellement tandis que la caméra tourne. Cependant hors caméra, Anna Karina va rencontrer quelques petits soucis avec Bob Asklof qui filme notamment dans des rues quelques peu dangereuses et heureusement qu’elle connait quelqu’un à ce moment-là pour calmer certains membres de gangs qui commencent à s’échauffer.

 

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L’histoire peut sembler très basique, elle n’en demeure pas moins touchante et universelle. Elle nous plonge dans les années 70, elle nous fait voyager au milieu des pattes d’eph et d’une musique, je dois bien l’admettre, très kitsch. Cela reste une belle découverte dans le cinéma français et une belle rencontre avec une grande femme.