Song to song

Un film de Terrence Malick

Commencer une nouvelle année sur les chapeaux de roue, c’est commencer une année avec un film coup de cœur et je veux bien sûr parler du dernier bijou de Terrence Malick : Song to Song. J’ai de nombreux adjectifs pour le qualifier mais faisons les choses dans l’ordre.

D’une durée de 2h08 minutes, Song to Song s’intègre dans une trilogie comprenant À la merveille (2012) suivi de Knight of Cups (2015).

Au-delà du fait que ce soit Terrence Malick qui a écrit et réalisé le film, lorsque vous lisez la jaquette du dvd, vous pouvez y voir la comparaison avec le film La La Land fait par Courte-Focale qui rajoute que c’est un « La La Land zen ». Ma curiosité a donc été piquée au vif puisque dans ces deux films nous pouvons retrouver notre très cher Ryan Gosling. Mais la comparaison s’arrête ici. Oui, il y a de la musique et, oui, forcément il est question de relations amoureuses mais le rendu est du Terrence Malick à l’état pur.

 

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L’histoire

Alors venons-en aux faits c’est-à-dire l’histoire.

Nous sommes transportés à Austin au Texas où nous rencontrons d’abord BV, interprété par Ryan Gosling, Cook, interprété par Mickael Fassbender, et Faye, jouée par Rooney Mara. BV est un artiste tout comme Faye, qui même si elle se retrouve sur scène à la guitare tient plus le rôle de muse auprès de ces deux hommes complètement différent. BV veut percer dans le monde impitoyable de la musique, Faye également et Cook est là pour les y aider. Et Cook est terrifiant par le pouvoir qu’il a entre ses mains de pouvoir les lancer.

 

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Cook est plein aux as, le monde est à ses pieds et il ne se gêne pas pour exploiter les filons de l’industrie musicale pour en tirer profit. L’un dans l’autre vous me direz que c’est du donnant-donnant. BV veut percer, Cook a les moyens de le faire grimper. On a cependant l’impression de signer un pacte avec le diable. De ces trois personnages va bien évidemment se nouer un triangle amoureux. Faye a d’abord été la secrétaire de Cook avant de se lancer sur scène, et petit à petit elle va tenter de prendre son envol et même si la comparaison paraît trop facile, tout le long du film elle donne l’impression d’être un petit canari encagé. D’autant plus lorsqu’elle fait la rencontre de BV.

Là où le duo Cook-Faye semble inégal puisqu’il la tient entre ses mains, Faye apprend à vivre avec BV. C’est un amour léger, poétique, doux. Cook sait ce qui se trame, il les observe, et il commence à avoir peur de lui-même. Il réalise qu’il ne sera jamais comme eux, qu’il n’aura jamais cette douceur. Le requin restera requin, alors qu’il aurait aimé pouvoir être un dauphin (oui je suis en forme !). Le moment où les choses vont se corser arrive lorsque BV s’éloigne de Cook qui lui a fait un plan foireux en prenant tous les droits sur les textes de BV. Faye lui avait dit de se méfier, elle voit les gens changer au contact de Cook et elle voulait qu’il soit sur ses gardes.

 

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La fraternité que Cook essayait tant bien que mal de tisser avec BV se brise. Il la trahit. Mais la trahison se fera d’autant plus douloureuse lorsque Faye lui apprendra qu’elle et Cook ont eu une relation qui n’a pas cessé même après qu’ils se soient tous les eux installés dans leur nid douillet. BV s’éloigne, Faye s’en va. Dans le même temps, ou en tout cas ce qui semble suivre, c’est la rencontre entre Cook et Rhonda, jouée par Natalie Portman, qui est serveuse, dans un dîner. Il tombe sous le charme à tel point qu’il l’épouse et l’entraîne dans son monde. Rhonda qui rêvait de devenir instit est aux prises avec un monde qui lui échappe et la fin paraît inéluctable.

 

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BV va de son côté rencontrer Amanda (Cate Blanchett) tandis que Faye va s’évader dans les bras de Zoey (la magnifique Bérénice Marlohe).
De ses amours, il en restera beaucoup de poésie et de mélancolie, car c’est ce qui ressort à la fin de ce film où le spectateur se retrouve directement lié à tous ces personnages.

Et le film a cette beauté particulière d’avoir englobé l’histoire dans la scène musicale car nous sommes transportés directement dans des festivals et nous partons à la rencontre de grands artistes tels que les Red Hot Chili Peppers, Iggy Pop et la merveilleuse Patti Smith qui se confie d’ailleurs à Faye sur sa vision de l’amour. Cette scène est d’ailleurs extrêmement touchante car même si tous ces personnages sont purement fictifs, ce que dit Patti Smith est lié à son histoire personnelle et apporte une grâce sans pareil.

 

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Les particularités de Terrence Malick

Ce qui fait le cinéma de Terrence Malick si particulier et incomparable c’est enfin sa réalisation et son écriture. Il a une façon bien à lui de découper ses films. Ce qui peut paraître pour certains très brouillon je l’admets. Il a des plans qui s’intègrent en plein milieu de scènes comme pour nous laisser respirer, nous laisser réfléchir car on est loin d’être passifs lorsque l’on regarde ses films. Même s’il amène beaucoup de contemplation il pose malgré tout des questions existentielles sur ce que nous sommes et qui nous sommes dans ce vaste monde.
La musique également est une actrice principale dans ce film et Malick lui en fait une très belle déclaration d’amour.

 

 

Alors oui, pour finir, ses films sont très particuliers, ils sortent de l’ordinaire. Ils peuvent donner l’impression d’être décousus et découpés n’importe comment. Il faut juste du temps pour prendre du recul et même quelques semaines plus tard, certaines scènes restent inscrites sur la rétine car elles ont apporté une certaine sérénité au milieu de ces amours déchirés.