The Young Lady

Un film de William Oldroyd

Sorti récemment en dvd, The Young Lady est une adaptation d’une nouvelle russe de Nikolaï Leskov intitulée La Lady Macbeth du District de Mtsensk, écrite en 1865. Lors de la sortie en dvd, la nouvelle était vendue avec le film. Je la recommande d’ailleurs vivement pour voir les différences entre la nouvelle et l’adaptation cinématographique.

 

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La nouvelle

Voyons d’abord la nouvelle. L’histoire prend place au XIXème siècle, à une époque où vous imaginez bien qu’on achetait sa femme comme on achète du bétail. Katerina Lvovna, âgée d’une vingtaine d’années se retrouve mariée à un homme âgée d’une cinquantaine d’années, Zinovi Borissytch. Celui-ci était veuf depuis peu et n’était pas arrivé à avoir d’enfant de sa première femme. Poussé par son père, celui-ci se retrouvait donc lié par les liens du mariage à Katerina, surtout pour qu’elle lui donne un héritier. Katerina est jeune et espère que cette union la fera tomber amoureuse. Il n’en est rien. Son mari ne la considère pas, ne la touche quasiment pas et lui ordonne de restée cloitrée dans leur maison, tandis que le père rôde et surveille ses faits et gestes.

Les mois passent, Katerina ne tombe toujours pas enceinte. Zinovi désespère, sans parler du père qui reproche à Katerina de ne pas y mettre du sien. Mais en lisant entre les lignes on comprend vite que Monsieur est stérile. Sauf qu’à cette époque là, la faute incombe à Madame. Autant dire que l’ambiance est pesante, étouffante et que Katerina en devient complètement apathique. Jusqu’à l’élément perturbateur. En effet, Zinovi doit partir pendant plusieurs semaines pour des affaires et laisse Katerina errer dans la maison comme un fantôme jusqu’au jour où n’y tenant plus elle se décide à en sortir, intriguée par des bruits dans la cour. Elle découvre alors que les employés de maison s’amusent à un jeu entre eux et bien que froide, pour rappeler son rang, elle vient malgré tout ce mêler à leur plaisanterie. Et c’est là qu’elle fait la rencontre du palefrenier, Sergueï.

 

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Leur échange est bref mais suffit à attiser les passions, à tel point que Sergueï le soir même vient frapper à sa porte et l’embrasse fougueusement. De là un amour va naître et il va faire pas mal de dégâts. Katerina va petit à petit se libérer et va se moquer du qu’en dira-t-on. Son mari n’étant pas là, c’est elle la chef à la maison et elle entend bien le montrer. Sauf que les nouvelles vont circuler entre les employés qui voient bien le manège qui se joue toutes les nuits et cela va se savoir dans le village voisin. Le père va en être informé et va revenir au bercail pour vérifier les faits. Sergueï en sera fouetté et pour se venger, Katerina va empoisonner son beau-père. Et ce n’est que le début d’une petite liste qui va s’agrandir jusqu’à ce que le rideau tombe puisque Zinovi va bien évidemment rentrer, pour y passer également. Katerina espère enfin couler des jours heureux dans sa grande demeure avec Sergueï et profiter de l’héritage matrimonial. Sauf qu’il n’en est rien.

Katerina apprend que Sergueï avait un pupille, un jeune garçon, à qui il revient de récupérer le domaine une fois qu’il sera en âge de pouvoir le gérer. Katerina ne l’entend pas ainsi et je vous laisse imaginer ce qu’il se passe. Malheureusement, ce dernier meurtre ne passe pas inaperçu et le couple se fait attraper par les villageois qui passaient près de la maison à ce moment-là. Ils se font arrêtés et sont envoyés en prison. Katerina folle amoureuse, et j’appuie bien sur le terme de folie, fera tout pour continuer à voir Sergueï qui se désintéresse petit à petit d’elle. Il n’hésitera d’ailleurs pas à s’amuser avec deux autres prisonnières. La première ne passera qu’une nuit avec lui et l’affaire s’arrêtera là. Par contre la deuxième continuera son petit jeu avec Sergueï tout en se moquant de Katerina. Grave erreur de sa part car une fois sur le bateau les envoyant en galère, Katerina attrapera cette dernière et la jetera par-dessus bord, tout en sombrant avec elle. Katerina avait perdu l’homme qu’elle aimait, peu lui importait de perdre la vie désormais.

Et la nouvelle se termine ainsi.

 

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Le film

Le film ne reprend pas toute l’histoire. Elle s’arrête après le décès du petit garçon. Les plans sont superbement bien filmés et appuient sur l’étouffement et l’apathie que ressent Katerina lorsqu’elle est à l’intérieur de la maison puis sur le sentiment de liberté dès qu’elle se retrouve dehors. Les plans sont d’ailleurs plus larges lorsqu’elle part se promener. L’actrice, Florence Pugh, interprète le rôle à merveille. Elle porte littéralement le film. Le détachement dont elle fait preuve lors des crimes que son personnage commet est impressionnant. Cosmo Jarvis qui joue Sergueï, qui s’appelle d’ailleurs Sebastian, est empreint de plus de sensibilité que dans le livre. Il devient fou amoureux mais pas au même point que Katerina et c’est sur ce point de rupture que le film prendra fin. Il supportera le meurtre du beau-père et celui du mari. Par contre dès qu’il s’agira du pupille, il n’arrivera pas à suivre ses sentiments. Je ne vais pas vous spoiler le film même si à la lecture de la première partie de la chronique vous avez le condensé de la nouvelle écrite par Leskov.
Autre différence par rapport à la nouvelle, c’est la présence d’un autre personnage joué par Naomie Ackie, Anna. Elle interprète la servante et son rôle est imposant dans le film.

C’est comme si elle était le spectateur. De par sa place, elle assiste à ce qu’il se passe dans la maison sans ne rien pouvoir faire et nous laisse pétrifié d’horreur jusqu’à la fin.

 

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À l’inverse du livre où Katerina est montrée comme incapable de tenir son rôle de femme mariée, le film appuie plus sur la place qu’ont Sergueï et Anna. Katerina prend son envol mais se fera attraper dans le livre avec Sergueï. Tandis que dans le film ce seront Sergueï et Anna dont les paroles seront remises en cause sans discussion. Le jeu des positions sociales porte à question et laisse le spectateur impuissant face à ce qu’il se déroule sous ses yeux.

Je vous recommande donc vivement ce film, et la nouvelle, pour vous faire votre propre avis. Et avec le froid qu’il fait en ce moment, servez-vous un bon thé !