Exposition « Répertoire 1978-1990 de Zofia Rydet » au Château de Tours par le Jeu de Paume

Art photographique et témoignages de scènes de vie

Depuis le 19 novembre 2016, est mise en lumière par Le Jeu de Paume au Château de Tours, l’exposition intitulée « Répertoire 1978-1990 de Zofia Rydet ». Si vous ne la connaissez pas encore, voici un article pour vous donner l’envie de la découvrir. L’exposition se termine le 28 mai 2017, il n’y a donc pas de temps à perdre.

C’est en 1978, à l’âge de 67 ans, que Zofia Rydet a entrepris ce qui va constituer son « Répertoire sociologique ». Et elle poursuivra ce travail jusqu’à la veille de sa mort en 1997.

Pour la petite histoire, Zofia Rydet a toujours fait de la photographie mais c’est lors d’une visite d’un hall d’une usine en Pologne, à Jelcz, qu’elle va avoir un déclic. En effet, le lieu est transformé à cette époque en postes de travail tous similaires, un peu comme les box que nous avons dans les open space. Sauf que, et nous pouvons encore le constater aujourd’hui, Zofia Rydet a su voir que dans leur similitude, chacun de ces espaces reflétaient la personnalité de l’ouvrier qui y travaillait. Celui-ci se l’était approprié en y ajoutant des photos et objets personnels. Et de cette vision là, son projet a commencé et regroupe désormais plus de 20 000 clichés réalisés dans plus d’une centaine de villes et villages polonais.

 

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Quelle était sa démarche ?

Armée de tout son matériel photographique, Zofia Rydet sillonnait seule les terres polonaises à bord de sa voiture. Elle se présentait aux portes des maisons, expliquait son travail et prenait soin de découvrir qui étaient les habitants. Elle savait toujours repérer l’inhabituel, l’objet qui apportait la personnalité au lieu, celui qui était l’un des plus précieux pour les habitants. Et de là, ils lui faisaient confiance et se laissaient prendre en photo en regardant droit devant l’objectif, dos au mur.
Elle cherchait à montrer la beauté des gens, la beauté des lieux en mettant en exergue l’importance que la télévision avait prise dans les maisons avec l’image du Pape au dessus, le fait qu’il y avait peu de livres, et des objets du quotidien.

 

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Zofia Rydet n’était pas dans une démarche artistique en tant que telle. Elle souhaitait avant tout arrêter le temps sans pouvoir véritablement y arriver car, immanquablement, celui-ci continuait sa course folle. À tel point, que lorsqu’elle revenait quelques années plus tard, rendre visite aux mêmes personnes, les maisons avaient changé, et parfois même étaient détruites.

 

Zofia Rydet revenait rarement sur les clichés qu’elle avait pris. Au contraire, elle continuait à courir contre le temps pour tenter de l’arrêter. Toutes ses photos sont des photos de l’instant. De ce temps qui a été et qui ne sera jamais plus. Elle s’inscrivait ainsi dans une notion apparue dans le début des années 80, « de photographie sociologique ».

 

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Comment a été accueilli son travail ?

Zofia Rydet avait acquis petit à petit une certaine notoriété dans le monde de la photographie mais elle gardait une certaine place à part, étant une femme. Le milieu de la photographie polonaise était essentiellement masculin et ses travaux furent surtout décriés par certains hommes qui considéraient qu’elle ne savait pas prendre de photos. Tandis que d’autres jugeaient qu’elle mettait à mal l’image de la Pologne en faisant des photos de lieux pauvres et insalubres, tout en profitant du fait que le droit à l’image n’existait pas encore.
Sur ce point d’ailleurs, à la fin des années 70, devait paraître un livre sur ses photos. L’éditeur a cependant abandonné le projet car il considéra finalement que l’image de la Pologne était mise à mal.
Pourtant, bien qu’attaquée dans son travail, Zofia Rydet ne s’est pas arrêtée là. Au contraire, elle a continué jusqu’au bout et a même élargi son répertoire dans les années 80 en prenant en photo les appartements d’émigrés polonais vivant désormais en France, aux Etats-Unis, en Allemagne ou encore en Lituanie.

Selon Zofia Rydet :

La maison […] est un reflet de la société, de la civilisation et de la culture, dont elle est issue ; tout comme il n’y a pas deux personnes identiques, il n’y a pas deux habitations semblables.

 

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Et aujourd’hui, son travail est reconnu avec une importance capitale. Nous y découvrons une Pologne qui a traversé la fin du bloc communiste et l’émergence de la culture de masse américaine. C’est une œuvre à la fois sociologique mais aussi historique qui nous donne à voir des gens qui avaient une histoire à raconter, des gens tous uniques et différents les uns des autres.

Cette exposition est le fruit de 3 ans de travail menés par la Fondation pour les Arts visuels de Cracovie, le Musée d’Art Moderne de Varsovie, la Fondation Zofia Rydet et le musée de Gliwice.
Elle a d’abord été présentée au Musée d’Art Moderne de Varsovie en 2015 avant d’être exposée à Tours. Elle met en lumière près de 300 tirages issus de trois séries différents : Répertoire sociologique, Femmes sur le pas de la porte et Professions.

Et si elle était encore parmi nous aujourd’hui, Zofia Rydet continuerait ce travail car il ne sera jamais terminé. Le temps et les changements ne cesseront jamais d’intervenir.

 

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Pour plus d’informations

« Zofia Rydet Répertoire, 1978-1990 » du 19 novembre 2016 au 28 mai 2017 au Château de Tours