« Petit pays » de Gaël Faye

On a lu le Goncourt des lycéens

Avec Petit Pays, prix Goncourt des lycéens 2016, Gaël Faye signe un premier roman poignant, qui s’est déjà vendu à plus de 200 000 exemplaires. L’histoire nous plonge dans l’enfance de Gaby, 10 ans, dont le petit paradis au Burundi va peu à peu disparaître avec l’arrivée de la guerre civile et du génocide rwandais… Comment se construire en se heurtant à la folie des hommes ?

 

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L’histoire

Années 1990. Gabriel a 10 ans. Il vit à Bujumbura, au Burundi, avec son père français, sa mère rwandaise et sa sœur, Ana. Les jours coulent paisiblement dans ce tranquille quartier de Bujumbura, dans l’impasse où Gaby s’invente des histoires avec la bande de copains… Jusqu’au « début de la fin du bonheur », jusqu’au jour où la douce vie commence à se fissurer : ses parents se séparent, et surtout la guerre vient tout entacher, au Burundi et juste à côté, au Rwanda.
Gaël Faye est musicien, rappeur, auteur-compositeur-interprète et romancier. Né au Burundi en 1982 d’une mère rwandaise et d’un père française, il livre ici son premier roman.

 

 

Pourquoi j’ai aimé ce livre ?

Parce que c’est bien écrit.
Lorsque l’on plonge dans Petit pays, on entre dans un paradis : celui de l’enfance de Gaby. On sent les parfums de citronnelle, la chaleur des après-midi d’ennui, le goût des mangues juteuses et l’odeur de la terre mouillée. C’est la vie simple. Même si au départ j’ai pu redouter un côté un peu naïf, je me suis très vite laissée emporter.
L’écriture est chaude et fait appel aux sens. Les mots sonnent sous la plume de l’auteur-compositeur. On vibre au son des tambours, au temps béni de « cette minute avant la pluie ».

Je profitais de ce moment de bonheur suspendu où la musique accouplait nos cœurs, comblait le vide entre nous, célébrait l’existence, l’instant, l’éternité de mes onze ans, ici, sous le ficus cathédrale de mon enfance.

 

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Parce qu’on se pose des questions

Mais c’était compter sans la violence et la peur qui s’insinuent dans la moelle épinière. Au fil des lignes, on sent la tension monter. A travers les yeux de Gaby, on se pose des questions, on comprend toute l’absurdité de la guerre, qui transforme, qui divise.
L’ennemi est l’autre le Hutu, le Tutsi, le Français. Il faut choisir un camp. Mais qui est-on ? Avec Gaby, le métis, je me suis posé des questions, sur ma responsabilité, sur ma propre identité. Et j’ai pensé à cette « identité de porcelaine » que Gaël Faye évoque dans l’une de ses chansons.

 

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Parce qu’on touche une vérité (le drame)

Alors oui, comme l’explique son auteur, Petit pays raconte un paradis perdu. Mais également un drame.
« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »
Pour moi, la force de ce roman est de parvenir à nous faire sentir ce drame en le regardant de côté : à travers les silences, les ombres, les mots des personnages, sans tomber dans le piège d’images dures qui laisseraient peu de place à la réflexion.
Au cœur de cette tragédie, restent les livres, qui permettent à Gaby de s’évader. Peut-être la graine qui conduira à écrire d’autres livres ? Pour réparer.

Grâce à mes lectures, j’avais aboli les limites de l’impasse, je respirais à nouveau, le monde s’étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs.

Alors, petit pays, on s’envole quand ?

 

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Pour aller plus loin

 

Rentrée littéraire 2016 : Gaël Faye présente « Petit pays » (MyBOOX)

 

 

Plus de 200 000 exemplaires – Article l’Express sur les ventes des Goncourt (décembre 2016)