L’Odyssée de Pi

Entre conte philosophique et odyssée onirique

Adapté du très beau roman L’Histoire de Pi de Yann Martel, Ang Lee a produit et réalisé ce film en 2012 là où beaucoup de gens pensaient que c’était impossible. Et pour cause, le récit de cette histoire est tellement magique et onirique sur papier que sa réalisation cinématographique était un lourd pari à tenir. Et pourtant, c’est l’une des plus belles adaptations sur grand écran.

 

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L’histoire

L’Odyssée de Pi nous emporte dans l’enfance de Pi (Piscine Molitor Patel), fils d’un directeur de zoo à Pondichéry, en Inde. Il nous parle de sa vie quotidienne à l’école et auprès de sa famille. En cours, il fait l’objet des quolibets de ses camarades de classe par rapport à son prénom (son père adorait la France et n’a rien trouvé de mieux que d’appeler son fils Piscine, allez savoir pourquoi. Vous me direz c’est peut-être mieux que baguette…). Avec une force de caractère impressionnante pour son jeune âge, Pi va s’imposer en récitant tous les chiffres de la racine de Pi (3,14 et des brouettes à l’infini).

 

De retour chez lui, c’est tout un monde peuplé d’animaux qui l’accueille. Il leur a d’ailleurs donné des prénoms et celui qui le charme par toute sa splendeur est le tigre du Bengale. Il en ira jusqu’à prendre des risques en allant à sa rencontre, ce que son père réprouvera en lui donnant une leçon.
Pi fait aussi preuve d’une très grande ouverture d’esprit lorsqu’il parle à table avec ses parents et son grand frère. Et le film traite ici d’un sujet qui n’est pas forcément évident : la religion. Et pour le coup, dès le début, il impressionne par son propos. Pi s’intéresse aux religions hindouistes, chrétiennes, et islamiques. Il en lit les préceptes, les analyse et n’arrive pas à en choisir une. Selon lui, le plus important reste la foi même s’il reste quelque peu tiraillé par toutes ses découvertes.

 

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La vie est donc assez paisible. Sauf que son père se voit contraint de vendre le zoo pour des raisons financières et toute la famille ne peut faire autrement que de partir. Des opportunités s’ouvrent au Canada où les animaux pourront être vendus. Tout le monde embarque alors au bord du cargo.
Le bateau n’atteindra jamais la côte canadienne. Pi perd toute sa famille et ses animaux en une nuit et se retrouve sur une barque avec le tigre, qu’il prénomme Richard Parker, un orang-outan, une hyène et un zèbre. Et là, la survie commence puisqu’à terme il ne restera plus que Pi et Richard.

 

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Une odyssée à couper le souffle

Ce conte philosophique est une odyssée à couper le souffle. Et pour le coup le numérique est extrêmement bien maîtrisé, que vous regardiez le film en 3D ou en 2D. Vous vous retrouverez en totale immersion sur cette barque en plein milieu de l’océan. Il y a des moments d’une beauté et d’une poésie que j’ai rarement vus, notamment celui où l’eau s’illumine de poissons comme le ciel peut s’illuminer de lucioles. Il y a des endroits féériques qui appellent à la rêverie mais pas que. La survie n’est jamais bien loin et le spectateur est vite rappelé à continuer le périple de Pi et de Richard.

Pi va se retrouver face à ce tigre qui va le pousser à développer son instinct de survie au possible en faisant preuve d’un courage incroyable. Et malheureusement, je ne peux vous en dire plus. Pi survit, vous le savez dès les premières minutes du film puisque c’est lui qui narre l’histoire de son périple à un journaliste. Par contre, la chute de son récit est toute autre que celle à laquelle nous pourrions penser de prime abord. Ce film, et le livre aussi en définitive puisque c’en est une adaptation très respectueuse, font passer un message : celui de savoir comment raconter une histoire en démontrant que le plus important ce n’est pas de savoir ce qui s’est réellement passé mais c’est la croyance que nous en avons qui importe le plus pour pouvoir continuer à vivre.

 

 

D’une durée de 2h05, le film laisse le temps filer à une allure incroyable. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant qu’il ait raflé de nombreux prix dont des Oscars pour la meilleure réalisation, la meilleure photographie, les meilleurs effets visuels et j’en oublie. Et sincèrement, regardez-le pour toute la beauté qu’il transmet et aussi pour l’acteur (âgé de 19 ans lors du tournage) qui tient le film quasiment à lui tout seul. Vous en sortirez tout retourné, mais n’est-ce pas le but d’un film ? Nous faire ressentir, nous faire sentir vivant ?

 

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Pour aller plus loin

Ah ! Lisez le livre aussi ! Il est classé dans les Folio Junior, conseillé à partir de 12 ans. Et pour développer son imagination, rêver, et réfléchir à des sujets qui sont peu aisés mais posent question, il reste définitivement un ouvrage à lire et à relire.

 

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