Metallica : Hardwired… to Self-Destruct

 

Dire qu’il était attendu avec une certaine anxiété serait bien en deçà de la vérité. En soi, un nouvel album du plus grand groupe du monde encore en activité (j’exagère à peine, il n’y a qu’à voir les classements d’albums ces derniers jours dans la plupart des pays occidentaux) c’est toujours un événements. Dès la sortie, les débats les plus passionnés éclatent un peu partout dans les réseaux sociaux, les salons ou les bars et jusqu’à présent, le couperet tombait sans appel : Metallica c’était mieux avant !

 

Déjà, dès Ride the Lightning, il se trouvait des esprits chagrins pour pleurnicher sur la mollesse présumée d’un titre comme Fade to Black, que n’a-t-on entendu à la sortie de l’incontournable Black Album éponyme ?! La suite donnera souvent raison aux détracteurs du groupe, et les escapades avec orchestre symphonique ou en compagnie de papy Lou Reed auront largement aidé à tendre le bâton aux fans les plus fidèles. Load était encore défendable, Reload un peu moins, la batterie de cuisine déployée par Lars Ulrich avait fini d’enfoncer le clou dans le cercueil d’un album étonnement dépourvu de solo (un comble quand on compte un gars comme Kirk Hammet dans ses rangs) et Death Magnetic, sorti il y a déjà 6 ans, pêchait par une production qui rendait plus indigeste encore des titres déjà pas forcément évidents de prime abord.

 

metallica-hardwired-to-self-destruct-chronique-webzine-nanook-11

 

Hardwired… to Self-Destruct : la chronique

 

Nous voilà donc en 2016, 25 ans après le Black Album, et c’est à grand renfort de com’ et de titres jetés en éclaireur (3 avant même la sortie officielle de l’album) que Hardwired…to Self Destruct se retrouve enfin dans les bacs. Un double album donc, enfin… avec ses 78 minutes, à l’époque où l’on écoutait encore des CD, l’album aurait tenu sur une seule galette mais passons… pas le temps de s’attarder d’ailleurs, la première baffe est assénée vigoureusement par Hardwired, compo la plus courte de l’album (3 :09) et sans doute la plus thrash aussi, histoire de rassurer d’emblée les derniers fans de la première heure encore fidèles et mettre tout le monde d’accord sur le fait que la production de l’album est enfin correctement réalisée. La voix de Jayyyymez est assurée, franche et vindicative, rien à redire de ce côté-là non plus et au milieu de cette débauche de riffs millésimés, les breaks font leur effet comme à la grande époque. Un solo tout en wah wah rapidement expédié et le titre est bouclé à coup de double pédale en furie.

 

Pas de doute, la confiance revient et ce n’est pas Atlas, Rise !, un des sommets de l’album, qui viendra l’ébranler. Le titre est efficace en diable, quelque part entre Ride the Lightning et le Black Album, puissant, syncopé, refrain et pont immédiatement mémorisable, ça faisait bien longtemps qu’on n’avait pas entendu un titre aussi taillé pour les stades que celui-là. Une reprise du Beds are Burning de Midnight Oil ? Ah non, on s’est fait avoir pendant quelques secondes, c’est un riff bien gras et lent qui s’impose pour un Now That We’re Dead qui, s’il ralentit le tempo initial restera sans problème en tête par son refrain imparable.

 

Au rayon des titres ralentis plus heavy Dream No More s’en sort aussi haut la main à grand renfort de clins d’œil sabbathiens comme sur Sad But True. Coincé entre les 2 titres, Moth Into Flame fait figure de sommet incontournable, dans la grande tradition des plus grands titres du groupe, changements de rythme trépidants, solo évidents et refrain au diapason, tout y est, le chant revanchard, les breaks fulgurants et l’enchaînement de riffs imparables, un futur classique. Halo of Fire clôt le premier disque sur une note presque prog (entendons-nous bien ça reste quand même du Metallica) par ses nombreux changements d’ambiance, guitare claire en tête, arpèges plus mélodiques que la moyenne et son final en apesanteur.

 

 

Dire qu’on attendait pas grand-chose de ce nouvel album tient de l’euphémisme, mais après une telle entrée en matière c’est avec impatience qu’on enfourne la seconde galette. On avait peut-être été un peu indulgent avec la première, il s’agit maintenant, la bonne surprise passée, d’affuter ses armes pour ne rien pardonner au second disque. Un martial Confusion ouvre le bal, sans convaincre vraiment, un peu facile, efficace certes mais sans surprise… La patte de Trujillo se fait enfin sentir sur le bluesy ManUNkind, assez surprenant lui, avec son solo barré, son refrain pour « midinettes » mais c’est Here Come Revenge qui vient mettre tout le monde d’accord, ça commence lourd, ça riffe velu et ça part en cavalcade de riff comme à la grande époque, un autre sommet qu’on imagine volontiers calé entre Wherever I May Roam et .. Lepper Messiah au hasard, lors des prochains concerts. S’il fallait trouver un titre faiblard, on retiendra peut-être Am I Savage même si le riff grinçant et rouillé fait son effet, rien de transcendant dans ce … oh… attendez, mais c’est quoi ce solo ?! Ah ouais quand même, bon OK, pour le solo Am I Savage sera sauvé !

 

Dire que Murder One rappelle One est un doux euphémisme, dommage pour un hommage à Lemmy qui louche beaucoup vers Sanitarium, on aurait imaginé un titre plus… rock n’roll. C’est à brides abattues que Spit Out the Bone vient écrire le dernier chapitre de ce 10ème album, dans un déluge de riffs thrash et de chant énervé et vicieux, tout en rage à peine contenue. Aucun doute possible, voilà le titre qu’on attendait des 4 horsemen depuis bien longtemps, tout en puissance et en efficacité. Le genre de titre que la plupart des groupes placeraient en ouverture de leur album mais que seuls les plus grands peuvent se permettre de garder pour la fin, conscients qu’avec pareil album nombreux seront ceux qui ne décrocheront pas les 2.3 premiers singles venus et ceux-là méritent de voir leur attente récompensée.

 

 

J’en ai sans doute déjà assez dit comme çà, ajoutons seulement, pour les plus fans et les plus riches qu’un troisième disque est aussi disponible, proposant reprises, inédits et un live 100% Kill ‘em All et Ride the Lightning enregistré récemment. Après un St Anger ruiné par le manque de solo et un son de batterie abominable, un Death Magnetic indigeste au possible, on était clairement en droit d’attendre le pire de ce nouvel album, la bonne surprise n’en est que plus appréciable, quelque part entre Ride the Ligtning et le Black Album, un quart de siècle plus tard, Metallica a su retrouver le chemin de l’album pointu mais immédiat, mélodique et lourd, évident et malin, bref, la marque des plus grands ! For Whom the Bell Tolls ? Fort heureusement, pas encore pour eux !

 

Pour en savoir plus

Le site officiel du groupe Metallica

La chaîne YouTube officielle du groupe Metallica