Nad Sylvan : Courting the widow

Nad Sylvan est un chanteur suédois qui a contribué à beaucoup d’albums depuis ces 25 dernières années, il reste hélas très méconnu car estampillé rock progressif. Mais la roue a tourné pour notre vocaliste il y a quelques années lorsqu’il a intégré le groupe du guitariste Steve Hackett (ex-Genesis) pour les albums et tournées du Genesis Revisited. A l’écoute de son timbre unique, on peut dire que personne d’autre ne pourrait mieux reprendre le Genesis des débuts, sa voix est à s’y méprendre une fusion entre celles de Peter Gabriel et Phil Collins, les deux chanteurs de l’époque…

 

Nad Sylvan Courting the widow 2

 

Nad, à l’aube de ses 50 printemps, nous sort enfin son véritable premier album solo, « Courting the Widow », qui n’aurait pas à rougir devant les grands disques du style, mêlant sans honte les compos et instruments vintage à l’attitude moderne et actuelle des compositions.

J’ose dire que ce disque est un chef d’œuvre de rock progressif, et n’aura pas à rougir à côtoyer le Lamb lies down on Broadway de Genesis, le Tarkus de ELP, le Close to the Edge de Yes, le Mirages de Camel ou encore le Camembert Electrique de Gong, Caravan, Angel, Kansas, Canned Heat… Tout est là, les morceaux longs comme des périples racontant une histoire, une aventure, le caractère épique servant à faire évoluer les thèmes harmoniques et les chorus de claviers et guitares, les mélodies vocales envoûtantes, les moog, mellotron, piano Rhodes et autres orgues Hammond appropriés et si emblématiques du prog’ des seventies…

« Carry me home » nous fait entrer direct dans le « Foxtrot » de Genesis, comme si cette chanson était un bonus track de l’album de l’époque caché depuis 1972 et maintenant dévoilé, « Courting the widow » élargit un peu plus le caractère progressif du style, ainsi que « Echoes of Ekwabet », moment suspendu d’émotion légère et mélodieuse.

Une fois apprivoisée cette voix somme toute assez « nasale » et charismatique peut-être de plus en plus proche de sieur Collins que de maître Gabriel au fil du temps, on plonge dans l’épique avec la grande suite « To turn the other side »… Tout ce qui a fait que le rock progressif est ce qu’il est à l’heure actuelle est représenté dans ces 22 minutes de musique inspirée et décalée, à notre époque sombre de standardisation des formats des chansons, d’abrutissement par la pauvreté des mélodies et des textes, aidée par une froide technologie outrancière. La musique de Nad est organique, vivante, et on rêve, on voyage, on traverse des espaces bienveillants et bourrés de sentiments multicolores et enivrants.

 

 

« Ship’s cat », écrit pour et avec son chat (si, si, il miaule parfois…), nous surprend par son côté expérimental très orienté claviers, « The killing of the calm » qui suit semble tout droit sorti d’un Fugazi de Marillion, on entendrait presque Fish chanter en alternance, le côté neo-prog des Marillion et autres Pendragon, Arena et IQ se fait encore présence dans « Where the martyr carved his name » pour notre plus grand bonheur et l’album se finit en apothéose par un des plus beaux morceaux, « Long Slow Crash Landing », avec encore une fois une voix forte et prenante, un côté épique par les chœurs « morriconnesque » , beaucoup de couleurs kaléidoscopiques et une impression d’envolée d’esprit au sein d’un désert, comme si on remontait le temps, épuré, proche du début de l’humanité, sensation transcendée par ces vagues de saxophone soprano solitaires et veloutées.

Le disque est également magnifié par un visuel et une pochette majestueux, et le chanteur est épaulé par Steve Hackett bien sûr (ses interventions sont reconnaissables entre tous les guitaristes du monde…) et 3 autres de ses acolytes, Gary O’toole à la batterie (qui laisse parfois la place à Nick D’Virgilio), Rob Townsend aux flûtes et saxophones et l’excellent Roger King aux claviers… Nad est aussi bien chanteur que guitariste et claviériste émérite, artiste complet et tout dans cette œuvre nous prouve son talent d’interprète et surtout de compositeur…

 

Nad Sylvan Courting the widow 1

 

Cet album est un voyage dans l’espace et le temps, et surtout un très bel hommage non plagié et novateur à un style de musique qui finalement apporte toujours quelque chose à l’âme, malgré toutes ces années passées et tous ces groupes prestigieux qui nous ont tant fait rêvé. Sans être nostalgique à outrance, on peut néanmoins se dire qu’on tient tout de même un style de musique riche et propice aux voyages intérieurs, ce que la musique n’aurait jamais dû cessé d’être… Un palier pour un autre monde…

Autres albums : Steve Hackett : Genesis Revisited « Live at hammersmith » et “Live at the Royal Albert Hall”