Sixième opus de la franchise (si l’on excepte les spin-off consacrés à Wolverine), X-Men: Apocalypse fait suite au très réussi X-Men: Days of Future Past.

Depuis les origines de la civilisation, Apocalypse, le tout premier mutant, a absorbé de nombreux pouvoirs, devenant à la fois immortel et invincible, adoré comme un dieu. Se réveillant après un sommeil de plusieurs milliers d’années et déçu par le monde qu’il découvre, il réunit de puissants mutants dont Magneto pour nettoyer l’humanité et régner sur un nouvel ordre. Raven et Professeur X vont joindre leurs forces pour affronter leur plus dangereux ennemi et sauver l’humanité d’une destruction totale.

 

apocalyspe

 

A nouveau réalisé par Bryan Singer, qui était repassé derrière la caméra pour X-Men: Days of Future Past, cette nouvelle itération dans le monde des mutants était censée présenter une opposition épique entre les protégés du Professeur Xavier et le plus puissant de tous les mutants, le bien-nommé Apocalypse.
Et si l’on ne peut nier que le spectacle se révèle plutôt divertissant, le film s’avère au final décevant, n’apportant rien de neuf à une saga qui avait retrouvé son souffle sous l’impulsion de Matthew Vaughn en 2011 dans l’excellent X-Men: Le commencement. Les deux derniers épisodes étaient revenus aux origines de la saga, et avaient réussi le pari de faire exister les mutants dans une réalité proche de la nôtre, les confrontant à des moments d’histoire que nous connaissons tous.
Ici il n’en est pas question, puisque nous partons sur un postulat totalement fictionnel. Apocalypse se réveille après plusieurs milliers d’années de sommeil, et il est pas content. Voilà comment résumer, peu ou prou, l’histoire du film. Nous n’en apprendrons que peu sur le background du personnage, ses motivations, son histoire, alors même que son aspect mythologique, voir religieux (que serait Apocalypse sans ses 4 cavaliers, en référence à la Bible) aurait pu être une formidable source d’inspiration, surtout pour Bryan Singer, que l’on a pu sentir intéressé par ces sujets-là dans certains de ses précédents films.
Mais il n’en est rien, Apocalypse sera donc un méchant lambda, dont la seule ambition est de détruire le monde actuel.
Nous pourrons également apporter quelques critiques au character design du personnage. Ce qui passe bien sur une planche passe des fois très mal à l’écran, et il faut reconnaitre que l’aspect du personnage contribue à décrédibiliser ses ambitions, puisqu’il semble vraiment peu à l’aise dans son armure. En 2000, lors de la sortie du premier X-Men, Singer avait réussi à contourner le problème des combinaisons et des surnoms des personnages, par le biais de quelques touches d’humour plutôt bien senties. Peut-être aurait-il fallu emprunter le même chemin ici, et modifier le design du personnage, quitte à faire enrager les fans de la saga.

 

apocalypse gentil

 

La majeure partie du film est consacrée au recrutement des fameux cavaliers de l’Apocalypse. On passe rapidement sur Angel, Tornade ou Psylocke, pour s’attarder un peu sur Magneto, qui reste l’un des personnages les plus passionnants de la saga, mais qui n’évolue pas vraiment ici, puisque, et ATTENTION SPOILER, il nous gratifie une fois de plus d’une volte-face, un peu comme à chaque fois. Son histoire n’émeut plus vraiment, la mise en scène de ses pouvoirs non-plus, symptomatique d’un film davantage consacré sur le spectacle que sur ses personnages.

Du côté des « gentils », Raven continue sa croisade pour délivrer les mutants du joug des humains, et porte notamment secours à Kurt Wagner, plus connu sous le nom de Diablo, et bien connu pour la scène d’intro formidable du second X-Men, qui arbore ici un look très Tokio Hotel, ce qui est normal, il est allemand (bonjour les clichés).
On redécouvre certains personnages phares de la saga, tels que Cyclope ou Jean Grey. Interprétée ici dans sa version jeune par Sophie « Sansa » Turner, Jean Grey est l’un des personnages les plus développés du film, du fait de son importance, et pose des bases assez intéressantes pour la suite de la saga (les connaisseurs apprécieront), tout en taclant au passage le troisième opus X-Men sorti en 2006: au cours d’une scène qui voit Cyclope, Diablo et Jean Grey sortir d’une salle de cinéma après avoir vu Le Retour du Jedi (normal on est en 1983), et critiquer le film, Jean Grey affirme que « dans une saga, c’est souvent le troisième le plus mauvais ». Brett Ratner, réalisateur du troisième film, appréciera. On peut y voir aussi une petite touche d’ironie; Apocalypse est le troisième épisode « chronologiquement » parlant de la saga, et s’avère être le moins bon des trois. Moment de lucidité?

 

apocalypse xavier

 

Comme abordé plus haut, le film fait son office en terme de spectacle, avec quelques scènes de destructions et d’affrontements bien faites (mention particulière au moment de bravoure consacré à Quicksilver, qui reprend la trame du précédent film mais qui reste jouissif malgré tout -le personnage mériterait d’ailleurs un traitement plus approfondi), mais on reste dans les standards des films du même acabit, dans cette volonté de proposer toujours plus.
Et c’est l’une des critiques que l’on peut faire au genre à l’heure actuelle. Les films de super-héros ont envahi les écrans, et pour garder l’attention du public, proposent toujours plus d’explosions, de cascades, et d’affrontements dantesques, au détriment d’une forme de réalisme. Nous sommes tous aujourd’hui habitué à voir des effets spéciaux sur grand écran, l’effet de surprise a donc fini par disparaître, et résultat, nous ne ressentons plus grand chose devant ce genre de scène. Un souci que les frères Russo ont bien compris dans leur réalisation des deux derniers Captain America. Si les deux films proposent leurs moments un peu too much, nous avons aussi droit à de vraies scènes de combats, de fusillades, scènes dans lesquelles on ressent vraiment les choses.
Bryan Singer aurait du s’en inspirer ici, le film aurait probablement dégagé une aura toute différente.
Dans ce contexte, les passages plus touchants de la fin du film, et qui concernent surtout le professeur Xavier, rappellent ce que le film aurait pu être.

Au final, si le film n’est pas exempt de critiques, il reste un bon divertissement, aussitôt vu, aussitôt oublié, ce qui était tout le contraire de l’épisode précédent. En terme d’ambition, Apocalypse s’avère donc décevant, et le chapitre qui s’annonce devra permettre à la saga de se relever de cette semi-déception.