Avec Triple 9, Hillcoat revient en quelque sorte à ses origines. En effet, son premier long métrage, Ghosts… of the civil dead, décrivait le quotidien d’une prison australienne dans laquelle s’affrontaient détenus et gardiens qui n’hésitaient pas à dépasser le cadre de la loi pour se faire respecter.
Après plusieurs long métrages qui prenaient place dans la « nature », le réalisateur revient avec fracas dans la vie urbaine et contemporaine, en suivant le quotidien d’une équipe de braqueurs à la solde de la mafia russe.

 

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Ex-agent des Forces Spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu’il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l’inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l’un des malfrats. À la tête de la mafia russo-israélienne, la redoutable Irina Vlaslov ordonne à l’équipe d’effectuer un dernier braquage extrêmement risqué. Michael ne voit qu’une seule issue : détourner l’attention de l’ensemble des forces de police en déclenchant un code « 999 » – signifiant « Un policier est à terre ». Mais rien ne se passe comme prévu…

A l’heure où les écrans de cinéma sont squattés par les films de super héros et les comédies, John Hillcoat remet au gout du jour un genre, le polar urbain, dans lequel de glorieux anciens ont glané leurs lettres de noblesses, tels que William Friedkin ou Michael Mann.
Si David Ayer, réalisateur de Bad Times, Au bout de la nuit ou End of Watch, avait repris le flambeau, Hillcoat le reprend et de la plus belle des manières.
Le film nous cueille d’entrée avec un braquage virtuose qui tourne mal, la caméra de l’australien ne lâche à aucun moment les protagonistes, nous sommes directement plongés dans un monde où les lois telles que nous les connaissons n’existent pas.
Au service, malgré eux, de la mafia russe incarnée par une Kate Winslet plus envoûtante que jamais, l’équipe de Michael Atwood, incarné par un Chiwetel Ejiofor qui trouve ici un rôle à la mesure de son physique, se trouve contraint de réaliser un dernier gros coup avant de retrouver la liberté. Ayant besoin d’une unité de temps assez grande pour dérober des documents à la police, Atwood, dont l’équipe est composée de flics ripoux, se voit dans l’obligation de provoquer un triple 9, qui donne son nom au film.
Et c’est Casey Affleck, auquel le public s’identifiera sans mal, qui en sera la victime.
Si Triple 9 fait la part belle à la testostérone, on remarquera la prééminence du personnage interprété par Kate Winslet. C’est la seule femme qui a un rôle digne de ce nom, et c’est elle qui contrôle tout, faisant des hommes les jouets de ses désirs.

 

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Preuve de son aura grandissante dans les milieux hollywoodiens, John Hillcoat a réuni un casting de premier ordre pour son nouveau film: on retrouve entre autres Casey Affleck, Woody Harrelson, Kate Winslet, Chiwetel Ejiofor ou Anthony Mackie.

Le scénario, s’il fait la part belle à un climat très tendu, n’en oublie pas ses personnages pour autant. Le scénario de Matt Cook crée un background à chacun des protagonistes, ce qui fait que l’on s’attache aussi bien aux « bons » qu’aux « mauvais » puisque chacun trouve une raison à ses actes. C’est l’un des aspects intéressants du film, car s’il oppose flics et braqueurs, nous nous rendons compte qu’il existe un monde qui va au-dela des lois telles que nous les connaissons.
Et pour sortir du cadre trop souvent utilisé de Los Angeles ou New-York, Hillcoat a décidé de planter le décor à Atlanta, ville très peu représentée dans le cinéma américain, mais représentative de notre monde actuelle. Une cité dans laquelle nous retrouvons aussi bien la haute bourgeoisie, la classe moyenne que les gangs mexicains. Et le reflet d’un monde pourri par l’argent, qui ne présente aucune échappatoire.
Des personnages qui trainent tous leurs casseroles, sauf celui de Casy Affleck, censé représenter le public, et qui de fait nous envoie un message claire et limpide: c’est à nous de changer les choses.

 

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Du point de vue de la réalisation, Hillcoat, qui s’était déjà fait la main dans Des hommes sans loi, filme des gunfights secs et nerveux, dans la lignée de ce que nous propose Michael Mann dans ses films. On pense aussi à Paul Greengrass, pour l’utilisation de la shakycam, qui nous plonge au coeur même de l’action.
La tension ne retombe presque jamais, et l’on remarquera que la couleur rouge, la couleur du sang, se montre omniprésente, annonçant le destin funeste des acteurs de cette histoire.
On ressort véritablement rincé par l’uppercut cinématographique auquel on assiste durant presque deux heures.

Avec ce film, Hillcoat, va probablement s’attacher les faveurs des plus grands studios. Il est néanmoins étonnant de voir que ce sont des réalisateurs étrangers -on pourra citer Denis Villeneuve avec son Sicario- qui redynamise un genre qui faisait la fierté de réalisateurs américains.
Et l’on espère que les producteurs de James Bond aient lu l’une des dernières interviews de John Hillcoat : ce dernier se verrait bien réaliser un épisode de l’espion le plus célèbre…

 

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