En préambule, je conseille à ceux qui n’ont pas vu le film de prendre leurs jambes à leur cou et de fuir le plus rapidement possible cette critique qui risque de contenir de nombreux spoilers.

 

Dix ans ont passé depuis La Revanche des Sith, et cette prélogie honnie par de nombreux fans.

La saga Star Wars était passée au second plan, jusqu’au rachat de LucasFilm par Disney en 2012.

La firme aux grandes oreilles annonçait dans la foulée la mise en chantier d’une nouvelle trilogie ainsi que de nombreux spin offs consacrés à cet univers riche et varié.

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Star Wars : Le Réveil de la Force

 

En 2009, J.J. Abrams avait formidablement relancé Star Trek au cinéma, réalisant un film aussi intelligent que cinématographiquement réussi. Fils spirituel de Spielberg, le créateur de Lost semblait tout indiqué pour donner un nouveau souffle aux Jedis sur grand écran.

Trente années après la destruction de la seconde Etoile de la mort, Luke Skywalker, le dernier Jedi en vie, a disparu. Le Premier Ordre, né des ruines de l’Empire galactique, fouille la galaxie pour le retrouver, tout comme la Résistance, une force militaire défendant la Nouvelle République. À la tête de la Résistance se trouve la sœur jumelle de Luke, la générale Leia Organa.

Et le début du film tient toutes ses promesses. La première demi-heure est proprement grisante, aussi bien dans la présentation du contexte, des personnages, que de l’action. De ce point de vue-là, la poursuite impliquant le légendaire Faucon Millenium est absolument exceptionnelle en terme de mise en scène. On notera d’ailleurs que J.J. Abrams revient à certains fondamentaux, abandonne les scènes sur fond vert au profit de décors réels (sauf quand les conditions l’exigent).

L’ennui est que, cette première folle demi-heure passée, le film tombe dans le remake (reboot) pur et simple de la première trilogie. Le spectateur est en terrain connu : le Premier Ordre remplace l’Empire, la base Starkiller est une étoile de la mort en plus gros, Kylo Ren (un personnage qui aurait mérité un meilleur développement) un avatar de Dark Vador, le suprême Leader Snoke est une émanation en CGI de l’empereur Palpatine, etc.

Les fans étaient consternés à l’époque de la prélogie de Lucas devant le traitement de certains événements clés de la mythologie, donc ici, Abrams, avec son co-scénariste Lawrence Kasdan (scénariste de L’Empire contre-attaque et du Retour du Jedi) jouent la sécurité, et caressent le fan dans le sens du poil. Un fan service outrancier, au détriment d’une véritable histoire, et c’est ce qui est regrettable, puisque le film ne réserve au final aucun moment réellement marquant en terme de dramaturgie.

Si Abrams assure le service au niveau des morceaux de bravoure du film, on regrettera la façon dont les personnages emblématiques de la saga sont présentés dans le film.

Il faut voir comment Han Solo, l’un des protagonistes les plus sympathiques de la saga, est introduit dans le film; celui-ci entre de force dans le Faucon Millenium, mais en terme de mise en scène, c’est le néant, et c’est bien dommage quand on connait le potentiel du personnage et son amour immodéré pour son vaisseau.

Il en est de même pour la princesse Leia, dont l’arrivée dans le film est tout aussi soporifique.

Et que dire du traitement du sabre laser de Luke! Arme légendaire des Jedis, son rôle est limité à la portion congrue.

Gros regret également concernant la mort de Han Solo, qui est expédiée sans le moindre hommage.

 

On notera néanmoins la force du nouveau casting: John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver sont tous très bons, et Daisy Ridley est incontestablement la révélation du film.

John Williams rempile lui de son coté au niveau de la musique, et si la richesse thématique est moins forte que dans les précédents opus, sa partition reste remarquable, et en remontre aux jeunes loups de la musique de films hollywoodiens.

 

Au final, Star Wars : le Réveil de la Force est un honnête divertissement, mais on est bien loin du film définitif que devait représenter ce nouvel opus. Abrams fait preuve d’une certaine paresse en reprenant tout ce qui a fait le succès du space-opéra, et en oubliant d’y injecter la nécessaire nouveauté qui aurait permis au film d’entrer dans la légende.

Il est intéressant à ce niveau de le comparer à un autre film qui suit peu ou prou le même schéma, en l’occurence Creed, qui reprend tout ce qui a fait le succès de Rocky, mais en y apportant un souffle nouveau et des idées nouvelles.

Place maintenant à Rian Johnson pour l’épisode 8, et nul doute que tous les talents du réalisateur seront nécessaires pour faire oublier cette semi-déception qu’est Le Réveil de la Force.