Réalisé par: Alejandro Gonzalez Iñarritu.

Avec: Michael Keaton, Edward Norton, Naomi Watts

Riggan Thomson incarnait à l’époque un héros mondialement connu.  Il essaie alors de renouer avec cette célébrité, aujourd’hui perdue, en montant une pièce de théâtre à Broadway. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Alejandro Gonzalez Iñàrritu réalise ici son cinquième long métrage, qui a été récompensé le 22 février dernier par 4 oscars dont celui du meilleur film.

Le réalisateur de 21 grammes ou encore Babel continue à embarquer ses héros dans des questionnements existentiels.

Birdman

Birdman

Le héros, Riggan Thomson, incarné par Michael Keaton est un ancien super héros hollywoodien qui souhaite revenir sur le devant de la scène en gagnant à nouveau le cœur des spectateurs par le biais d’une pièce de théâtre. Un parallèle est intéressant à faire entre le rôle qu’interprète Michael Keaton et sa propre carrière. Son personnage est un superhéros « oiseau » alors qu’il a interprété dans les années 1980, le rôle de Batman au cinéma. L’acteur n’a donc pas eu peur d’incarner un personnage qui lui ressemblait, il a même plutôt bien su le tourner en dérision. Ce personnage est d’ailleurs soumis à une voix intérieure qu’on entend bien distinctement, qui représente son égo d’acteur hollywoodien. Cet égo contre lequel il doit se battre pour ne pas se sentir humilié par lui-même. On oscille entre plusieurs émotions durant le film, qui nous font passer de la compassion à la haine ou encore au rire. Il a parfaitement bien su jongler entre ses différents états d’âme en rendant le personnage sympathique pour le spectateur.

Cette pièce de théâtre est adaptée d’une nouvelle de Raymond Carver « What we talk when we talk about love » . Un choix qui n’est pas le fruit du hasard, puisque l’auteur s’intéresse lui aussi à ces gens ordinaires qui se retrouvent dans des situations dramatiques qui les mènent à des questionnements sur le sens de la vie. Les scènes sur lesquelles est focalisé le film sont celles qui parlent d’amour. Le réalisateur a voulu confronter l’amour et l’admiration, cette recherche de célébrité et en même temps cette envie d’être aimé. La célébrité qui, aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux peut être rapide, il suffit d’une vidéo, d’un « j’aime » pour devenir quelqu’un. Mais celle-ci est éphémère, seul l’amour reste malgré les aléas de la vie, l’amour de soi et de ses proches. Il est facile d’en tirer cet enseignement lorsque face à l’écran nous nous rendons compte de ce qui échappe aux héros: l’amour des gens qui l’entourent. Il est tellement obnubilé par l’envie de gloire qu’il en oublie l’essentiel.

Le théâtre et le cinéma sont deux arts qui demandent une performance d’acteur, mais différente dans chacun des deux. Être acteur de cinéma hollywoodien et passer ensuite aux planches peut être mal perçu à Broadway, où l’on ne confond pas l’art des paillettes avec celui des grandes tirades. Riggan Thomson doit donc essuyer des critiques de la part des journalistes qui l’attendent au tournant notamment une en particulier. Il doit en plus de cela rivaliser avec Mike Shiner (Edward Norton), comédien reconnu sur les scènes de Broadway mais aussi très prétentieux, l’archétype du comédien de théâtre.

La fille de Riggan Thomson, interprétée par Emma Stone, est une ancienne toxicomane qui essaie de se reconstruire derrière les envies de gloire de son père, elle doit même faire avec les caprices de la star. On retrouve également Lesley (Naomi Watts), future comédienne montante de Broadway et Laura (Andrea Riseborough) comédienne et amante de Riggan Thomson. Zach Galifianakis fait également parti de la distribution, il joue un agent prêt à tout pour satisfaire les souhaits de son client mais aussi, lui permettre une nouvelle ascension financière.

Le film est en soi une performance avec cette impression de continuité créée par des plans séquences raccordés les uns aux autres. En tant que spectateur, nous sommes plongés tantôt dans les coulisses, tantôt sur la scène ou encore à l’extérieur de ce théâtre. Nous sommes comme projetés dans la vie de Riggan Thomson que nous suivons attentivement. Cette histoire pourrait être la nôtre, même si nous sommes loin du monde la scène ou des strass et paillettes.

La pièce de théâtre de Thomson prend réellement une tournure intéressante lorsqu’il la vit non plus comme un acteur mais en tant qu’homme. La scène devient le théâtre de la vie. Nous ne sommes plus dans une illusion mais dans un réalisme profond, un mélange des genres qui est intéressant.

Alejandro Gonzalez Iñarritu s’implique tellement dans ses films que le questionnement de son héros est finalement le sien. Il dit lui même être arrivé à l’âge où l’oncherche un sens à la vie, un âge où peut-être l’admiration, le star système n’a plus aucun attrait pour un passionné de l’art mais surtout de la vie.

Ce long métrage soulève des questions existentielles, interroge les arts eux mêmes sur leur façon d’être perçu et rayonne par sa prouesse technique.

C’est un instant de cinéma, d’évasion de soi pour suivre un personnages qui même s’il semble être aux antipodes de ce que nous sommes, possède quand même une petite partie de nous-même. On ne peut que, être sensible à ce genre de film profondément humain tournant en dérision nos quêtes personnelles mais aussi les arts du spectacle. Il est à voir absolument si on aime rire de soi et surtout si on aime se poser des questions existentielles. Ou sinon on peut simplement juste passer un bon moment de cinéma.