La voici enfin sur nos écrans, la tant attendue adaptation du best seller d’E.L. James, vendu à plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde; je parle bien évidemment de 50 nuances de Grey.
Je m’appliquerai ici à faire une critique du film car non, je n’ai pas lu le livre… Je sais je mérite d’être fouetté!

La gestation du film a généré des fantasmes divers et variés, puisqu’on a prêté l’envie à David Cronenberg de réaliser le film sur un scénario de Brett Easton Ellis (ça c’est un film que j’aurais sûrement aimé voir); rumeurs également au niveau du casting, ont été murmurés pour incarner Christian Grey, Ryan Gosling, Ian Somerhalder, Matt Bodmer ou Alexander Skarsgard. Pour le rôle d’Anastasia Steel, on a évoqué Emma Watson, Mila Kunis ou Anne Hathaway.
Au final, ce sont deux inconnus qui ont été choisis, Jamie Dornan, révélé par la série The Fall, pour incarner Grey, et Dakota Johnson, fille de Don « Sonny Crockett » Johnson et de Melanie Griffiths. Un bon point pour le casting, les acteurs n’étant pas de véritables célébrités, l’identification aux personnages est plus simple.
Niveau réalisation, le long métrage a été confié à Sam Taylor-Johnson (rien à voir avec la Dakota du même nom), réalisatrice de l’estimé Nowhere Boy, biopic sur la jeunesse de John Lennon.

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Le film raconte l’histoire « d’amour » entre Christian Grey, jeune milliardaire de 27 ans, adopté par une famille aisée à l’âge de quatre ans, et Anastasia Steele, étudiante, une relation qui va prendre rapidement des atours de relation de dominant à dominé. Puisque comme le dit le personnage principal, les histoires d’amour, c’est pas pour lui.
Pour nous mettre dans l’ambiance, le long métrage débute par des scènes où le gris est prédominant, allusion très claire au personnage interprété par Jamie Dornan.
La première rencontre du film entre les deux protagonistes se fait lors d’une interview en tête à tête que dois mener Ana (elle souhaite qu’on l’appelle de la sorte dans le film, nous allons en faire de même ce sera plus simple) pour le journal de la fac, en remplacement de son amie et colocataire, malade. Enfin malade c’est vite dit. D’après le film, elle a un gros rhume. Première invraisemblance: si j’étais une femme et que l’on m’offrait l’opportunité d’avoir un entretien avec un milliardaire bogosse, je pense que j’irais, même s’il fallait pour cela ramper sur le sol et embrasser chaque centimètre de terre jusqu’à son bureau.
Là non, la coloc, Kate de son prénom, laisse Ana se rendre à ce rendez vous ô combien important. Soit.

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Arrivé dans le bureau de Grey, la jeune Ana, trébuche et tombe, histoire de bien nous faire comprendre qu’elle est maladroite, en plus d’être naïve. Leur première confrontation ne dégage rien, un banal échange, et rien ne laisse à supposer qu’il pourrait y avoir quoi que ce soit entre les deux personnages. Il faut reconnaitre que les acteurs n’y mettent pas du leur, probablement pas aidé par les dialogues il est vrai.

Il n’empêche qu’après cette première rencontre, ils tombent sous le charme l’un de l’autre. Donc comme n’importe quel homme souhaitant séduire une femme, il l’emmène au resto, lui offre des fleurs, lui fait la cour… Ah non c’est pas ça. En fait, les fleurs et les chocolats, très peu pour lui. Il est milliardaire, donc tout au long du film, pour la charmer, il lui offre de vieux livres (éditions originales), un ordinateur, une voiture, un tour en hélico et en planeur… Eh oui, aujourd’hui, d’après le film, une femme ne se charme plus, elle s’achète! L’une des dérives de notre mode de vie… Il n’y a malheureusement que peu de scènes durant lesquelles les personnages apprennent à se connaitre, se taquine, se charme, comme ce que l’on voit dans la vraie vie, où dans un processus de séduction l’idée est de souffler le chaud et le froid (le fameux « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis »).
Donc de fait, dur de s’identifier aux personnages et à leur relation naissante.

Ils se rapprochent néanmoins, Grey invite donc Ana chez lui, pour un moment d’intimité. Mais avant de faire quoi que ce soit, il la prévient tout de suite: « je ne fais pas l’amour, je baise, et souvent brutalement. » Remettons cette phrase dans le contexte: la jeune Ana est vierge, je pense qu’en entendant ce genre de paroles, on part en courant! Mais là non, totalement sous le charme, elle s’en fout.
Tout comme elle s’en fout quand il va lui montrer sa fameuse « salle de jeux ». La pièce a suscité de nombreux fantasmes chez les lectrices du livre; la transposition cinématographique est à la hauteur, puisque nous sommes confrontés à tout l’arsenal du mec accro au SM. Une pratique que je ne condamne pas, libre à chacun d’assouvir ses fantasmes. Mais en replaçant cela dans le contexte de l’inexpérience d’Ana, n’importe quelle femme un peu sensée prend ses jambes à son cou. Là non, elle est toujours sous le charme.
Arrive donc la première scène intime. Malgré les propos de Grey, qui est au courant de la virginité de sa partenaire, on attend de la sensualité de ce premier rapport. Eh non, c’est mal filmé, mal cadré, on ne ressent aucune alchimie entre les deux personnages. Que ce soit pour un homme et surtout pour une femme, la perte de la virginité représente un moment important dans la vie. Ici ce n’est pas le cas, la scène est expédiée.

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S’enchaine ensuite quelques moments où les personnages apprennent vaguement à se connaitre, puis vient le moment de passer vraiment à l’acte SM. Pour pas qu’il n’y ait de malentendu, Grey propose à sa partenaire de signer un contrat, dans lequel sont déterminés ce que le dominant/dominé a le droit de faire. Une façon de légitimer une forme de « violence » dans le couple. De plus, sont inscrits dans les termes du contrat que les deux jeunes gens ne se verront que du vendredi au dimanche, et que Grey et Ana ne dormiront pas ensemble, car Grey « ne dort avec personne ».

Et après un répétition de scènes pseudo-SM, le film en arrive à son dénouement, durant lequel Grey avoue qu’il a 50 nuances de folie. L’on s’attend donc à avoir de véritables révélations, mais en dehors d’une séance de fessée un peu plus violente, nous n’apprendrons rien de plus. Les deux amants se quittent, Ana refusant de revivre à nouveau ce genre de choses.
Voila comment résumer cette oeuvre attendue par des millions de femmes. Là où on attendait des scènes qui exalteraient une forme de sensualité, voir même de la bestialité, la réalisation de Taylor-Johnson s’avère des plus plates; on ne se ressent rien, tout comme nous ne ressentons rien lors des ébats des deux personnages principaux. D’après les rumeurs de tournage, le courant ne passait pas très bien entre Jamie Dornan et Dakota Johnson. Leur interprétation n’étant pas non plus irréprochable,notamment Dornan, qui affiche une seule et même expression dans le film suivant qu’il soit heureux ou triste.
Quid également des personnages secondaires? Rien à signaler, on a beau croiser la mère adoptive, le frère ainsi que toute la famille de Grey sans que le scénario s’attarde un instant sur l’un d’eux pour lui donner un peu plus de corps. Mention spéciale à la soeur de Grey, que l’on voit à l’écran 30 secondes montre en main. Il en est de même pour les proches d’Ana, on en apprend que très peu sur chacun.

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Au delà de ces différents griefs, se pose la question de l’image de la relation de couple que véhicule le film. Pour résumer, la femme doit se soumettre au désir de l’homme, renonce à sa liberté, et se montre qui plus est vénale, même si elle semble vouloir aller à l’encontre de ce dernier aspect. Je ne suis de loin pas féministe, mais à une époque où l’on parle d’égalité des sexes, c’est un sacré pas en arrière.
L’ennui dans tout ça, c’est que devant le succès indécent du film, une suite et d’ores et déjà prévue. Il va donc falloir s’attendre à ce que des hordes de femmes envahissent à nouveau les salles obscures dans les années à venir.