« Je suis le roi », nous dit Jean-Pierre Louveton, en début d’album, cette phrase n’a jamais été aussi vraie par rapport à son impressionnant travail musical et discographique…. JPL est rappelons-le le maître d’oeuvre/chanteur/guitariste du génial Nemo (et Wolfspring), (8 albums studio, 2 live et plusieurs compiles et EP de puis l’an deux mil, excusez du peu…), groupe méconnu et mésestimé hélas par la majorité du public français, c’en est presque une honte tant leur musique est novatrice et en même temps bien ancrée dans notre paysage actuel..

 

JPL-MMXIV-disque

 

Avec ce grand cru MMXIV, Jean-Pierre Louveton nous livre son cinquième album solo, véritable solo car, à part quelques invités épars, il s’est occupé de la composition, de tous les instruments ainsi que du mixage et du mastering… On dit souvent qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, ici c’est une évidence…

« Je suis le roi » donc, avec un début de séquence électro et guitare acoustique à la Ayreon nous donne le ton général : intimiste, moderne, mélodique et poétique. C’est le début du voyage, un trip ultra mélodieux et différent des autres productions françaises, avec ces sons de guitare reconnaissables dans tous les albums de Nemo, sans pour autant plagier l’ambiance de son groupe fétiche.

JPL nous amène dans d’autres sphères peut-être plus profondes, plus fouillées, une musique riche et bourrée de sentiments positifs, bien plus léchées que ses précédents travaux en solitaire. Son chant est radieux et libre, une évolution indéniable déjà palpable sur le dernier Nemo en date, l’excellentissime « Le ver dans le fruit ».

« Invisible death » nous prend de court avec son côté heavy que n’auraient pas renié les gars de Iron Maiden et Dream Theater dans les recherches de mélodies ; le chant anglais, saupoudré d’un léger accent français est efficace, et le morceau progressif à souhait, du début avec le son flange de synthé en conversation intime avec la guitare acoustique jusqu’à la rythmique groovy plus loin ornée d’un très beau thème symphonique de cordes syncopées : une belle pièce compacte et poignante, dont je vous invite à visionner le clip.

 

 

Maître Louveton étant aussi fort en construction harmoniques alambiquées qu’en finesse et douceur, il nous propose deux ballades superbement composées, faisant penser à « Eve ou le génie du mal » présente dans Prélude à la ruine de Nemo, où les arrangements néo-symphoniques transportent nos corps avides d’émotions et accueillent nos esprits par des textes très beaux sur la mort et le sens de la prière. Presque pop dans l’esprit, cette chanson est un petit chef d’oeuvre très accessible pour les allergiques au progressif.. « L’un contre l’autre » est quant à elle plus profonde avec un chant qui évolue dans les refrains, et qui nous révèle en beauté une tessiture très haute de sieur JP, à laquelle il ne nous avait pas habitué… Quelle évolution !!!

Beaucoup de guitares dans cet album, c’est normal, mais mention spéciale pour la basse (jouée par notre ami), très présente et bourrée de feeling. Les claviers sont également omniprésents et les sons et ambiances utilisés contribuent à ce que les mélodies prennent tout leur sens… « Mad science » est toute dans une attente légère sur le début avec cette voix parlée pour mieux nous surprendre avec un metal prog digne du plus puissant Vanden Plas et ses twin guitars à la Maiden ou même Thin Lizzy… Un grand moment !

« Lifelines » montre un côté plus groovy et dansant dans ses riffs et son chant, sublimé par ce qui manque cruellement à Nemo (ce n’est que mon avis bien sûr..) des choeurs qui soutiennent à merveille toutes les mélodies dans cette concentration de musicalité poignante et tellement variée.

« Superhero » nous accueille avec les sons de claviers de Guillaume Fontaine, comparse de JP dans Nemo et les deux amis s’amusent à nous faire partager leur osmose entre le groove et l’intention vocale d’Aerosmith et les variations subtiles de Kansas, transcendée par un pont de cordes, inspirés des thèmes géniaux et cultes de Kashmir (Led Zeppelin) ou encore de Perfect Strangers (Deep Purple)…

 

L’oeuvre s’achève avec un long morceau éponyme presque totalement instrumental, truffé de moments très heavy 80’s et metal prog que ne renierait pas encore une fois Dream Theater et une fin épique et restant dans une attente bienfaisante, telle la conclusion d’une aventure au sein une musique profonde, intense et surtout tellement inspirée…

L’interprétation des 8 versets de cette bible du rock français, rien de moins, est magistrale, et l’on peut prendre la mesure d’une évolution flagrante des mélodies de chant, de l’accessibilité plus forte des morceaux en général et de cette prose moderne très bien écrite sur notre temps et l’avenir incertain de la planète Terre et de son humanité… Rajoutez à cela une pochette et un livret extraordinaires et une production très organique qui n’a rien à envier aux grosses productions actuelles ultra-compressées et qui se ressemblent toutes…. et vous avez dans les oreilles un chef d’oeuvre humble et artistique.

 

MMXIV est un monument, je le redis, et ce serait un sacrilège que de ne pas parler de cette musique, qui, si elle était amplement diffusée, plaira à beaucoup de personnes de tous horizons et pas seulement les fans de musique ambitieuse et progressive…. De plus, avec l’annonce toute récente de la fin (ou la longue pause) de Nemo, après un dernier album qui verra le jour dans le courant d’année, on se dit que la vie est injuste et que les meilleurs artistes ne sont décidément pas les plus connus, quel gâchis de ne pas faire connaître cette musique à grande échelle… Vous savez ce qu’il vous reste à faire : parlez-en autour de vous, achetez cet album, vous ne pourrez pas être déçus !

 

Autres albums à découvrir :

Nemo : Présages, Prélude à la ruine, Barbares, Révolution, Le ver dans le fruit
JPL : Rétrospections
Wolfspring : Wolfspring

 

Plus d’informations :

www.jplouveton.com
www.nemo-world.com