Ca y est nous y sommes, le dernier volet de la trilogie consacrée au Hobbit sort sur nos écrans. Peter Jackson nous avait laissés il y a un an sur un redoutable cliffhanger, lorsque Smaug, le terrible dragon, s’apprêtait à dévaster la ville du Lac.

Et le début du film ne laisse pas de doute quant au spectacle auquel nous allons assister. 2h25 d’action et de morceaux de bravoure presque continus, emballés de manière efficace mais sans le génie ni même la poésie du Seigneur des anneaux.
Et pour cause, le Hobbit devait s’étaler sur deux films et non trois, Jackson réalisant le premier avant de laisser la place à Guillermo Del Toro pour le second. Au final, Del Toro quitte l’aventure, et les deux films deviennent une trilogie. La question était de savoir comment faire pour que l’intrigue du Hobbit, dont le livre fait grosso modo 250 pages, réussisse à tenir le spectateur sur trois films.

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Le pari est presque tenu, puisque si le premier film introduisait à merveille l’univers dans lequel Bilbon Sacquet allait évoluer, le second, malgré quelques bons moments, s’étirait inutilement sur presque 2h40; de plus, pour faire tenir l’intrigue sur trois films, Jackson fit quelques entorses au récit original, introduisant notamment des personnages tels que Legolas, Sauron et Tamriel, pour charpenter une histoire qui comptait déjà de nombreux personnages.

Le début du film suit l’anéantissement de la ville du Lac sous les assauts de Smaug, un Smaug rapidement battu par l’une des flèches noires de Bard, incarné par un Luke Evans que l’on aimerait revoir dans des rôles similaires.
Les nains retrouvent dès lors leur royaume d’Erebor, une nouvelle qui arrive aux oreilles des Elfes, des Hommes et des Orques. La bataille pour l’or des nains semblent inéluctable, d’autant plus que toute cette richesse semble avoir un effet malsain sur Thorin, prêt a sacrifier ses propres compagnons pour conserver son pouvoir nouvellement acquis.

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Débute alors cette fameuse bataille des cinq armées. Peter Jackson fait correctement le boulot, nous proposant un spectacle de tous les instants, mais sans génie. Il manque quelque chose. La comparaison étant inévitable, il faut se souvenir que nous nous étions attachés aux personnages du Seigneur des anneaux, dont le but était de sauver la Terre du Milieu du terrible Sauron. Mais dans le cas présent il est difficile de développer de l’empathie pour les personnages malgré un Bilbon magnifiquement incarné par un Martin Freeman dont le rôle semble avoir été taillé pour lui, même si celui-ci, à l’instar de l’opus précédent, reste en retrait dans le récit du film. Les enjeux sont bien moindres, et nous connaissons d’ores et déjà le destin de la Terre du Milieu -quid de l’apparition de Sauron, mis en place dans la Désolation de Smaug, et renvoyé aussi rapidement dans son Mordor natal par un Elrond que n’aurait pas renié l’agent Smith.

Le film trouve son apogée dans l’affrontement final entre Azog et Thorin. Encore une fois, le combat est correctement mis en scène, dans une ambiance crépusculaire digne d’un film d’horreur, mais il manque toujours l’étincelle, comme si Peter Jackson avait perdu la flamme qui l’habitait il y a maintenant presque 15 ans.

L’on appréciera la métaphore à peine cachée du pouvoir de l’argent sur l’homme; l’argent symbolisé ici par les montagnes d’or, un or qui corrompt le coeur de Thorin, ainsi que celui de tous les peuples de la Terre du Milieu. La situation est la même dans le monde dans lequel nous vivons, et heureusement pour nous, Bilbon incarne une forme d’idéal dans ce monde où le pouvoir et la richesse prenne le pas sur l’humanité; Jackson prouve donc que, sous couvert d’un spectacle de divertissement, la réflexion est bien présente.

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Au final, nous sommes en présence d’un film bien emballé, qui comporte son lot de morceaux de bravoure, mais la mélancolie que nous avons connue lors de la sortie du Retour du roi en 2004 est ici absente. Les enjeux du récit, les personnages inutiles, et l’envie d’étirer un livre de 250 pages sur trois films font que cette trilogie consacrée au Hobbit s’avère un peu bâtarde. Un ou deux films auraient largement suffi pour illustrer la quête des Nains pour recouvrer leur Royaume. Malgré tout, retourner en Terre du Milieu est toujours un plaisir, et il sera curieux de voir si d’autres passages de la mythologie créée par Tolkien seront adaptés sur grand écran.
Et nous aurons le plaisir de retrouver Peter Jackson aux commandes du prochain film consacré au reporter à houpette le plus célèbre de la BD belge.