Fan de la première heure du groupe Allemand RAGE, et ayant suivi plus ou moins assidûment leur carrière et la sortie régulière de leurs nombreux albums (22 sorties studio avec celui-ci!), le gang de Peavy Wagner (seul maître rescapé depuis 1983!) a été le premier groupe à mélanger vitesse et mélodie, créant à l’époque un style étiqueté speed metal mélodique, bien avant la venue des géniaux Helloween qui avaient retravaillé avec brio le style avec leurs premiers albums…

Depuis, le groupe a évolué graduellement en proposant un metal riche et plus axé sur le power et enrichissant de plus en plus leurs compositions de motifs symphoniques et lyriques, n’hésitant pas à travailler certains morceaux avec un véritable orchestre, le fameux Lingua Mortis Orchestra…

 

Linga Mortis Orchestra feat. Rage

 

Ce présent album est d’ailleurs présenté comme un album de cet orchestre (ici le Philharmonique de Barcelone) avec comme invité le groupe Rage. La vérité est toute autre mais c’est une bonne démarche, sachant que les 8 inédits proposés ici sont des compositions de Victor Smolski (guitares et claviers) et Peavy Wagner (basse et chant).

Pour moi, cet album est un aboutissement en matière de fusion metal/symphonique, car les chansons, aidées par un concept sur la sorcellerie au XVIème siècle, ont réellement été composées pour ces deux facettes musicales, qui s’imbriquent si bien qu’elles nous offrent une osmose assumée et artistiquement proche de la perfection.

Ce disque comporte tout ce que j’aime dans ce style musical, bien que les puristes me reprocheront de le classer dans le metal symphonique alors qu’il semble plus proche du power metal avec orchestre… Passons ce détail, la magie opère dès le premier morceau « Cleansed by fire » et ses choeurs somptueux, nous faisant penser à un autre morceau de Rage « Lord of the flies » sur l’album Carved in Stone qui présentait déjà des caractéristiques orchestrales…

Deux chanteuses accompagnent les 3 compères, la soprane Dana Harnge et la plus « rock/pop » Jeannette Marchewka, dont la voix se marie tellement bien sur la ballade « Lament » en duo avec notre Peavy qui s’en sort haut la main dans un registre émotionnel et grave en timbre…

« Scapegoat » est un monstre de puissance, on a même droit à du growl au début, et détient comme toujours chez Rage un refrain immédiatement assimilable, simple, accessible et mélodieux à souhait…

L’orchestre prend toute son ampleur sur des morceaux comme « The Devil’s bride » ou encore « Witches Judge » par le fait que les cordes accompagnent la guitare sur les riffs metal à la double-croche près, et ne se contentent pas d’accompagner la musique principale, elles font partie intégrante des compositions, et cela est rare et envoûtant…

« Oremus » est une sorte de transition ou de cassure instrumentale, tel un dialogue entre guitare solo, claviers éthériques et chant féminin lointain et radieux, annonçant l’arrivée du puissant « Witches judge » et surtout de l’époustouflant « Eye for an eye », ce dernier résumant à lui seul la magnificence de l’album : chant lyrique féminin couplé au grain particulier de Peavy, mélodies accrocheuses, refrain mélodieux et simple à chanter, moments de grâce avec les cordes jouant seules, un zeste de piano et une orchestration sans pareille… Un monument, qui s’éteint hélas trop vite sur « Afterglow », sorte de ballade à 2 tempi, un peu en dessous du reste de l’album du point de vue de l’inspiration…

Les 2 bonus sont « Straight to hell » (tiré de l’album « Welcome to the other side ») et « One more time » (album « Unity »), qui ont été décorés d’une orchestration absente à l’origine. Cela donne un effet grandiose à des chansons qui n’avaient pas été composées ainsi, et le résultat est assez convaincant, même si l’on sent que les parties d’origines n’ont pas été ré-enregistrées pour l’occasion (le son de batterie est celui des albums de l’époque, avec l’ancien batteur Mike Terrana..), mais je chipote…

Je vous le redis, cet album est grandiose, majestueux, où l’orchestre est enfin mis à l’honneur pour un voyage à travers une histoire complète et prenante. Si vous aimez la fusion du metal melodique avec la grandiloquence d’un orchestre essentiellement composé de cordes et de vents (le hautbois est hautement mis en valeur!), achetez cet album qui est pour moi, l’un des albums à détenir précieusement, tous styles de musique confondus.

Autres albums à découvrir : Perfect man, Carved in Stone, XII, 21…