Réalisé par : José Padilha ; avec : Gary Oldmann, Samuel Jackson, Michael Keaton…

 

Le voila, enfin arrivé, ce remake/ reboot de Robocop, une franchise entamée à la fin des années 80 avec un grand film (celui de Paul Verhoeven), un second opus réussi et un troisième épisode catastrophique. Décliné ensuite en série tv puis en divers téléfilm, « l’homme de fer blanc » a fini par désintéresser le grand public…

 

Avec la vague des remake qui sévit depuis quelques années à Hollywood (symbole d’un criant manque d’imagination et d’une course à l’argent…), les producteurs de la MGM décident de lancer un remake de Robocop, sorti en 1987, réalisé par le hollandais Paul Verhoeven, un film qui, au-delà d’être un très bon film de science-fiction était avant tout une satire féroce de la société de consommation (satire qui reste encore malheureusement aujourd’hui d’actualité). Avec certaines scènes mémorables (la mort de Murphy, la première apparition d’ED 209, la mort dans l’acide de l’un des personnages principaux), son humour et son aspect parodique, Robocop est rapidement entré au panthéon des films cultes.

 

Confié dans un premier temps à Darren Aronofsky, qui quitte finalement le projet au bout de quelques mois, suite à un conflit avec les producteurs, la MGM fait appel à José Padilha, le réalisateur des excellents Troupe d’élite et Troupe d’élite 2. Avec un réalisateur passé maître dans le domaine de la guerrilla urbaine, le film partait sur de bons rails (surtout que le casting n’était pas en reste: Gary Oldman, Samuel Jackson, Michael Keaton, Jackie Earle Healey…)

Joel Kinnaman in MGM/Columbia Pictures' ROBOCOP.

 

Et nous voici donc devant ce Robocop 2014. Après visionnage du film, dur de faire abstraction de l’oeuvre fondatrice de Verhoeven. Si en soi le film n’est pas mauvais, et s’avère être un honnête divertissement, on est loin du chef d’oeuvre du Hollandais.

 

Le film débute par un reportage en Iran, durant lequel les Américains démontrent l’utilité des robots dans le maintien de l’ordre mondial. Si tout se passe bien au départ, les forces en place perdent rapidement le contrôle, et c’est Samuel Jackson, dans son rôle de présentateur tv qui reprend la main. Cette scène fait écho à la première apparition d’ED 209 dans le film original, une scène qui prend fin dans un bain de sang… L’introduction est donc bien moins impressionnante que dans la version de 1987, et sera à l’image de la suite du film, où l’on a constamment l’impression d’évoluer dans un monde aseptisé; les rues de Detroit sont censées être ravagées par le crime, alors que l’on a davantage le sentiment d’évoluer dans une petite banlieue américaine tranquille, sentiment renforcé par le fait que l’on voit finalement peu Robocop en action et résoudre certains crimes.

José Padilha n’a pas hésité à le dénoncer, mais il n’a pas eu les coudées franches sur ce projet. Les producteurs, dans leur quête du PG-13 (l’équivalent du « Tous public » en France), ont limité un maximum la violence, les gerbes de sang, et tout ce qui faisait le sel de l’original. Résultat, on a souvent l’impression de se retrouver face un pilote de série tv.

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D’autres scènes ont été bâclées, telles que la mort de Murphy par exemple. On ne retrouve malheureusement pas la puissance christique de la mort du policier du premier film, puisqu’ici, c’est une explosion qui le conduit à enfiler une armure de métal.

La recherche de l’humanité, au coeur du premier film, disparait totalement ici, puisque Murphy sait qu’il est Robocop, sa mémoire n’a pas été effacée, et sa famille est au courant de sa destinée. Le film perd donc une partie de son émotion, dans le sens ou Robocop n’est pas à la recherche de son passé, de son humanité, vu qu’il sait qui il est.

L’on pourra aussi regretter l’utilisation du casting: si Gary Oldman est bon (comme d’habitude), Michael Keaton n’a pas la perfidie qu’avait Ronny Cox, son alter ego dans la version de 1987, Jackie Earle Healey est sous-exploité (revoyez Watchmen pour vous en convaincre), et Samuel Jackson n’est malheureusement pas assez présent. Où sont les Kurtwood Smith, Peter Weller, Miguel Ferrer, où sont ces acteurs qui avaient une « gueule » et qui donnaient de la crédibilité aux personnages et au monde décrit par Verhoeven dans le film original ?

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Malgré ces critiques, le film n’est pourtant pas mauvais. Il est à l’image du cinéma actuel. L’on retiendra la charge féroce, même si moins subtil que dans l’original, de la société actuelle (Robocop est fabriqué en Chine, le pouvoir des médias, l’impérialisme américain…). Quelques scènes retiennent l’attention, notamment celle où Robocop se découvre sans son armure.

Sur bien des aspects, le film se rapproche de The Dark Knight de Christopher Nolan, avec une esthétique similaire, un héros tout de noir vêtu et qui utilise une moto pour se déplacer.

 

Au final, c’est un sentiment de frustration qui prédomine, car on sent que le film avait un véritable potentiel, mais qu’une fois de plus les producteurs ont bridé la vision du réalisateur et de ses scénaristes. Une suite n’est pas encore à l’ordre du jour, et s’il y’a peu de chance pour que Padilha reprenne la caméra, il faudra espérer que son remplaçant bénéficie d’une plus grande liberté artistique.