Qu’il est talentueux cet Arjen Anthony Lucassen … Non seulement il nous ravit à chaque sortie de ses albums d’Ayreon, avec pléthore d’invités prestigieux et une musique ambitieuse et envoûtante, avec Star One également dans un registre plus Metal traditionnel, moins prog en tout cas, mais il trouve encore le moyen de sortir un album, un double-album même, sous son propre nom, et nous étonner et nous ravir encore. Le style est toujours encré dans les années 70 et 80 (mais y a-t-il eu mieux depuis ???), c’est encore un concept-album futuriste, malgré la pochette ultra rétro semblant sortir tout droit du début des seventies, et on ne s’en lasse pas.

 

Arjen Anthony Lucassen Lost in the new real

 

Ce disque n’est pas une copie d’Ayreon, ni de Star One, encore moins de Guilt Machine ou Ambeon (ses projets plus expérimentaux), mais un univers musical à part, en osmose parfaite avec l’histoire inspirée qu’il relate. En résumé, on peut dire que c’est le récit d’un homme atteint d’une maladie en phase terminale qui se fait cryogéniser en espérant pouvoir être soigné dans le futur par le docteur (et narrateur entre tous les morceaux ) Voight-Kampff (interpreté par le génial acteur Rutger Hauer). Mais il se confronte à la musique moderne, au monde virtuel des ordinateurs, à l’enfermement et l’isolement contre le monde extérieur pollué et sans couleur. La musique aurait pu être négative et troublante de tristesse mais il n’en est rien.

Alors on se balade entre morceau prog envoûtant (« The new Real »), mid-tempo bien hippie (« Pink Beatles in a Purple Zeppelin », rien que le titre inspire le respect), on se prend aussi à chanter à tue-tête le refrain coloré de choeurs kitchs mais efficaces sur « E-Police », on voyage dans le folk fleurissant des flûtes, bodhran et autres violons (« When I’m a hundred sixty-four »), on redevient sérieux en se prenant pour le personnage (« Don’t switch me off »)… les mélodies sont fabuleuses, les guitares sont puissantes et mélodiques comme à son habitude, les claviers vintage sont de toute beauté (Arjen a ressorti les moogs et autres Mellotron et planqué l’Hammond pour une fois !!!), on voyage, on voyage…. Je pense que c’est le but de l’album : objectif réussi…. L’esprit vogue entre le monde réel que le héros Mr L. a quitté et la technologie et l’annihilation de la pensée constructive du futur, où tout est virtuel et ne semble que rêve et fantasme, de moins en moins en phase avec ce qu’aspirait le héros… et nous tous aussi peut-être…

 

Cette musique nous permet également d’apprécier enfin la voix de ce compositeur de génie, son talent vocal étant à la hauteur de la qualité de sa musique. Pas besoin de chanteurs prestigieux à cet instant, il fait tout lui-même et il le fait divinement bien, laissant juste les batteries à son compagnon fidèle Ed Warby (Gorefest, Ayreon, Star one) et Rob Snijders de Anneke-Agua de Annique (ex-the Gathering)…

Nous repartons dans la joie et l’allégresse avec le « Dr Slumber’s Eternity Home », sorte d’ode à la beauté d’un monde coloré mais révolu. On se délecte des mélodies vocales qui sont vraiment recherchées pour s’imposer comme les plus belles et mélodieuses possible et « Yellowstone memorial day » nous fait découvrir la voix grave d’Arjen fleurtant avec le « Space Oddity » de Bowie et lorgnant du côté de Star One… Puis suit un petit menuet, hautement symphonique avec un quatuor à cordes et une flûte médiévale (« Where Pigs Fly ») avant de sombrer dans l’apothéose de « Lost In The New Real » et sa lancinante mélodie de synthés à peine dissonante comme dans le premier morceau (« The New Real »), où l’on découvre que Mr L. demande à mourir, ou plutôt à se faire déconnecter, ne sachant plus s’il est humain ou machine et si tous ceux qui l’entourent ne sont pas aussi transformés… Reste-t-il des humains dans ce nouveau Réel ??? Please switch me off…

 

Le CD 2 est un recueil d’autres morceaux du même concept, imaginant cette fois ce que serait ce monde futur déshumanisé et si proche de nous, le tout avec un côté beaucoup plus pop ! Entre ces autres carnets de voyages spatiaux se mêlent quelques reprises qui ne dépareillent pas, même si ce sont de vieux morceaux réarrangés pour l’occasion. On se délecte donc d’un Alan Parson « Some Other Time », d’un superbe « Battle Of Evermore » de Led Zep et surtout des formidables versions de Zappa « I’m The Slime » et surtout du « Welcome To The Machine » de Pink Floyd, qui là est transcendé !!!

 

Vous l’avez compris, ce disque est réservé à tous les mélomanes qui usent et abusent de la musique pour se transporter ailleurs, voyager avec les notes, les rythmes, harmonies et toute une palette d’émotions dont on sort plus beaux… Si, si, je vous assure, procurez-vous ce CD les yeux fermés !



 

Autres albums : Ayreon « 01011001 » « The Human Equation » / Star one « Victims of the Modern Age », « Space Metal ».