Réalisé par Harmony Korine, avec Vanessa Hudgens, Selena Gomez, James Franco…

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Cinquième film d’Harmony Korine (si l’on excepte sa participation à The Fourth dimension), Spring breakers raconte l’odyssée de quatre jeunes étudiantes –Candy, Brit, Cotty et Faith- en plein Spring Break, cette coupure de printemps dans l’année universitaire durant laquelle les jeunes américains s’adonnent à toutes sortes d’excès.

Et pourtant tout commence mal. Sans argent, les quatre demoiselles braquent un fast  food, pour financer leur voyage en Floride, région emblématique pour ses spring break. Sexe, drogue et alcool : une fois sur place, la fête bat son plein. Et pourtant, la réalité va bien vite les rattraper. Elles se retrouvent derrière les barreaux, pour détention de drogues.  Et c’est Alien (James Franco en mode gangsta) qui va les sortir de prison et les prendre sous son aile.

Voilà un résumé succint du film. On pourrait croire que l’on va se retrouver devant l’un de ces teen movie qui fleurissent souvent l’été au cinéma. Il n’en est rien. Spring Breakers est un ovni filmique, un long métrage sensoriel qui, devant certains atours superficiels, finit par nous toucher, par le biais d’une mélancolie savamment dosée par la réalisation d’Harmony Korine et la musique envoûtante de Cliff Martinez, qui n’en est pas à son coup d’essai (Narc, Solaris, Drive…) On est littéralement happé par cet univers tout en couleur, happé par des personnages qui cherchent leur place dans un monde où la futilité tient une place prépondérante.

Jmaes franco

Les quatre demoiselles parlent de découvrir le monde. Mais cette découverte s’arrête à la Floride. Aucune envie de leur part de quitter leurs frontières. Symptomatique de notre société, où le repli sur soi est érigé en mode de vie. Ce qui compte, c’est faire la fête, ce sont les excès. Comme le dit l’une des protagonistes, le spring break c’est le « paradis ». Une vision fantasmée de la vie, loin d’un quotidien ennuyeux.

Le film s’interroge également sur la place de la femme dans la société. Dans un spring break, comme dans certains aspects de la vie de tous les jours, la femme est considérée comme un objet. Un « objet » qui va pourtant s’affirmer au fur et à mesure du film, au point même d’inverser les rôles, et de faire de l’homme l’objet de leur soumission. En témoigne cette scène où Candy et Brit, armées chacune d’un revolver (objet incarnant la virilité, surtout aux Etats-Unis), forcent Alien à mettre en bouche le canon des armes et à simuler une fellation. On est proche ici de l’imagerie du film porno mais avec des rôles inversés. C’est désormais la femme qui décide, qui dirige. Mêmes si les apparences sont trompeuses. Et c’est dans l’acte final que Candy et Brit (Faith et Cotty ont quitté l’aventure plus tôt) prennent réellement conscience de leur identité. Débarrassées de la figure tutélaire incarnée par James Franco (qui les avait sorti de prison –métaphore du ventre de la mère), elles enlèvent enfin leur masque et s’affirment comme étant l’égal de l’homme.

Gang spring breakers

Le long métrage de Korine est le témoin des dérives d’une partie de la jeunesse actuelle. Une jeunesse abreuvée de sexe, d’alcool et de drogues, une jeunesse victime de la pub, des clips, des images que véhiculent la société. La réalisation de Korine épouse justement, suivant les moments de l’histoire, l’imagerie du clip ou de la pub. Une jeunesse qui se questionne sur sa foi. Faith –qui veut dire foi en anglais- fait partie d’un groupe religieux, et semble un peu perdue, tiraillée entre ses croyances et ce fantasme de vie que représente pour elle le spring break. Cotty, qui semble en apparence la plus forte, victime de blessures physiques autant que morale, renoncera aussi. Il n’y a que Candy et Brit qui vont aller jusqu’au bout, dans un final sanglant qui consacrera leur identité de femme. On notera au passage le casting cinq étoiles du film, puisque les quatres jeunes demoiselles sont incarnées à merveille par Selena Gomez, Vanessa Hudgens, Rachel Korine et Ashley Benson. L’ironie du sort, c’est que Gomez et Hudgens ont fait leur classe chez Disney, et qu’elles ont incarné à une époque de leur vie la petite fille modèle américaine.  Ce cliché vole totalement en éclat dans le film. L’on notera par ailleurs les références à Britney Spears. Trois de ses chansons sont utilisées dans le film, et comment ne pas voir dans Spring Breakers une alternative trash de Crossroads, sorti en 2002 et dans lequel Britney effectue un voyage, symbole de passage à l’age adulte.

Le film n’est pas un pamphlet féministe, mais pose un regard lucide sur la place de la femme dans la société actuelle. Harmony Korine (qui, rappelons-le est un homme) n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai sur l’adolescence, puisqu’il fut notamment scénariste de Kids (1995) et Ken Park (2002), signe une œuvre marquante et l’une des bonnes surprises de ce début d’année 2013.