J’ai décidé de chroniquer cet album, non pas pour leur donner un coup de pouce, ils n’ont pas besoin de moi, mais pour mettre en avant un groupe français d’une part et doté d’un style unique d’autre part et très intéressant.
Ne cherchez pas au vu du titre de l’album, Joseph Duplantier ne chante toujours pas en français, mais « sauvage » la musique du groupe l’est certainement, elle va même chercher dans les profondeurs des sentiments les plus bruts de l’être humain. Pourtant, je ne suis plus aussi féru de metal extrême que par le passé mais quelques groupes me donnent encore la chair de poule, Gojira est de ceux-là,  groupe dont l’ascension dans la notoriété fait plaisir à voir, due bien sûr à la qualité de sa musique, l’humilité de ses membres et bien sûr le coup de pouce des tournées communes avec Metallica.
Je ne détaillerai pas comme à mon habitude les titres les uns après les autres mais je donnerai plutôt une vue principale car les morceaux sont communs dans l’esprit, non pas qu’ils se ressemblent trop, mais ils présentent une unité qui fait que l’on ne décolle pas l’oreille jusqu’à la fin.

 

Gojira L'enfant sauvage

 

Il est vrai que ça démarre fort avec « Explosia » et « L’enfant sauvage », le style de Gojira s’affirme encore ici, riffs mélodiques et rentre-dedans, le son des guitares est monstrueux, il nous prend au tripes, comme une histoire dont on ne sait où elle va nous mener, mais où il est impossible de ne pas connaître le dénouement.

Alors le son est tribal, l’atmosphère est glauque, parfois dégoulinante de mystère effacé, les longues envolées de riffs lourds et planants en même temps sont bien présents, marque de fabrique du groupe depuis 3 albums maintenant. L’esprit convulse dans un tourment où se mêle les sentiments les plus antagonistes, on a envie de taper du pied et de secouer la tête mais le désir de rentrer encore plus dans l’univers des morceaux rend les sentiments paradoxaux. On ne se sent pas mal à l’aise car la musique est positive, mais comme un jeu, un labyrinthe obscur où l’on serait comme un enfant, perdu à l’intérieur et où on aimerait se faire peur, tout en désirant au plus profond de notre être trouver la sortie…

 

Pas de soli de guitare inutiles et ultra-rapides, pourtant très courants dans le death-metal technique ou dit « progressif », la voix rauque de Joseph est très souvent doublée en voix claire à l’octave inférieure, elle se fait presque robotique sur « Liquid Fire » et « Planned obsolescence », les riffs sont d’une simplicité à tomber mais tellement prenants que l’on succombe à l’admiration à chaque fois, le son est puissant, le batteur (Marco, frère de Joseph) a ralenti la cadence sur cet album, du moins au niveau des bras, car point de vue double grosse caisse il s’amuse sérieusement, c’est assez étonnant d’être aussi rapide et régulier, et pour les avoir déjà vus en live, ce n’est pas un truc de studio, il joue réellement aussi vite, à une cadence métronomique ! 
N’empêche, quelques blast-beats subsistent et sont bien sentis (« Planned Obsolescence », « Pain is a master »). Le bassiste n’est pas en reste et nous envoie parfois quelques petites mélodies rondement exécutées (« The wild healer »).

 

Cette ambiance particulière se retrouve à chaque instant, les paroles sont noires et lourdes, repliées sur elles-mêmes et participent à ce sentiment de cocon à la fois oppressant, comme sur « Mouth of Kala » et sa fin dantesque, et libérateur « The gift of guilt » (vous me suivez…?). On a même droit à un long passage lent et chanté (oui, oui, chanté !) d’une voix très grave sur « Born in winter ».

Je me permets enfin un bémol en trouvant que la cadence et l’originalité s’essoufflent sur la fin du disque, les 2 bonus tracks (« This emptiness » et « My last Creation ») sont à mon avis très dispensables, l’album et ce style si particulier aurait gagné en concision. Sur la version limitée, un bonus DVD filmé aux Eurockéennes de Belfort en 2009 permet de bien apprécier la justesse, la folie et la majesté de ces 4 bonhommes talentueux sur scène ! Comme on dit chez nous, « ça envoie du bois !!! »

 

« L’enfant sauvage » est un très bon album pour découvrir le groupe, moins death et moins démonstratif que les autres, mais plus dans le creuset des sentiments humains inavoués, puisant l’émotion et la puissance créatrice et sonore.



 

Albums à découvrir : « The way of all flesh » et « From mars to sirius ».