Réalisé par Quentin Tarantino ; avec : Jamie Foxx, Christoph Waltz, Léonardo  DiCaprio…

Django Unchained le film Waltz Foxx

Etats-Unis, 1859. Le Dr Schultz, dentiste reconverti en chasseur de prime traverse le sud du pays et fait l’acquisition d’un esclave du nom de Django qui détient des informations sur les meurtriers qu’il recherche, les Frères Brittle. En homme éclairé – et en européen cultivé- le bon docteur promet à Django sa liberté si celui coopère et l’aide à trouver ceux qu’il cherche. Dans leur quête des affreux Brittle, les deux hommes se lient d’amitié et Django confie au docteur allemand son souhait de retrouver sa femme, Broomhilda, dont il a été séparé par ses anciens propriétaires. Ni une, ni deux, une fois le cas Brittle réglé Schultz offre à Django ses services pour  secourir Broomhilda détenue par l’ignoble Calvin Candie.

Tarantino avait  déjà donné dans le film de gangsters, de ninja et d’arts martiaux, avait récemment réalisé un film de guerre et s’était spécialisé dans l’effusion de sang ainsi que les dialogues affutés. On garde l’hémoglobine et le sens du verbe mais on passe au western. Excitant.

Le réalisateur avait déjà posé un oeil sur l’Histoire dans Inglourious Basterds, où il était tout de même question de la seconde guerre mondiale et de l’holocauste. Il décide désormais de s’attaquer à l’esclavage. Il ajoute à cela un objectif de taille : réaliser un western, inspiré des westerns spaghetti. Ce mixe quelque peu improbable et hautement risqué constitue certainement sur le papier un des plus gros paris cinématographiques de ces dernières années, et entre les mains d’un autre réalisateur il aurait certainement suscité un bon gros LOL. Mais là c’est Tarantino et c’est cool.

Il ne fait pas de l’esclavage le thème de son film mais la toile de fond de celui-ci, tout en dépoussiérant et sublimant l’esthétique du western. Alors que nous sommes nourris ces dernières années aux films « true story », aux fresques historiques ultra documentées, Tarantino propose avant tout ici une histoire, un fiction, presque un conte. Il fait d’ailleurs référence au conte allemand de Siegfried (le valeureux qui alla libérer Brünnhilde), alors que Schultz et Django vont délivrer Broomhilda. L’esclavage est là, il fait parti de l’histoire et s’insinue régulièrement dans la fiction pour nous faire une petite piqure de rappel.

Django Unchained n’en est pas moins un film drôle, piquant et inventif qui montre que le réalisateur a encore des ressources. Il nous sert un film ultra-riche, plein de références, aussi bien aux westerns qu’à d’autres, y compris les siens. On ne peut passer à côté de cette nouvelle collaboration avec Christoph Waltz (toujours excellent), qui jouait un nazi gravement atteint dans Inglourious Basterds et qui se mue dans Django Unchained, en un dentiste allemand-libre penseur. Léonardo DiCaprio joue enfin une enflure, de manière -agréablement- convaincante ( il n’est jamais trop tard ), Jamie Foxx est quant à lui plutôt pas mal dans son rôle.

Tarantino garde sa cool attitude, et nous propose encore une fois des personnages audacieux et étonnants. Les images sont belles, les espaces sont vastes -western oblige-, et la musique fait décoller le tout. C’est tout un univers (ultra violent, il faut bien le dire) auquel on adhère ou pas, mais que ne peut pas laisser insensible. Le film soulève d’ailleurs de nombreux débats aux Etats-Unis (notamment au sujet du terme nigger, répété dans le film et qui a choqué), ce qui montre encore une fois que malgré les progrès qui ont été fait, certaines blessures n’ont pas été cicatrisées.

Django Unchained est un film très réussi et très abouti. Son seul défaut serait peut-être sa durée (2h44). Malgré un très bon rythme dans la première partie, 30 minutes avant la fin on se demande quand même si on est pas reparti pour deux heures. Enfin, dès ses débuts Tarantino avait parlé de sa fascination pour les western, maintenant qu’il en a réalisé un et alors qu’il va fêter ses 50 ans on peut se demander ce qui lui reste à raconter. D’autant plus qu’il a récemment déclaré être lassé par les mutations du cinéma à l’ère numérique, notamment les projections numériques qui reviennent pour lui à regarder la télévision en public. Il a même ajouté : « Tant qu’à faire de la télé en public, je préfère encore adapter un de mes scénarios en mini-série pour HBO ». A voir donc, mais les spray d’hémoglobine couleur ketchup risqueraient de rendre différemment sur petit écran.

Django Unchained le film

L’interview de Tarantino aux côtés de moultes autres réalisateurs de talent c’est par ici (en VO)