Après avoir abordé le polar avec Gone Baby Gone et The Town, Ben Affleck s’attaque pour son troisième film  à un évènement diplomatique méconnu : la crise iranienne des otages.

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affiche argo

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Résumé :

1979 : l’Iran se révolte et renverse Mohamed Reza Shah Pahlavi, dictateur installé au pouvoir par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Le Shah s’exile en Amérique, ce qui provoque la colère du peuple, qui souhaite le condamner pour toutes les exactions commises sous son autorité.

Devant le refus américain de l’extrader, le peuple iranien prend l’ambassade américaine d’assaut le 4 novembre 1979 et prend en otages ses employés. C’est le début de la crise iranienne des otages.

Cependant, 6 employés parviennent à s’échapper et trouvent refuge chez l’ambassadeur du Canada.

L’Etat-major américain se réuni pour essayer de trouver une issue pour sortir ces personnes d’Iran, et c’est la proposition peut être la plus extravagante qui est retenue : faire passer ces gens pour une équipe de tournage canadienne.

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Analyse :

Voila le point de départ d’Argo, nouveau film de Ben Affleck. Dans ses deux premiers long métrages, le réalisateur s’est avant tout concentré sur des œuvres de fictions, mais il aborde ici un évènement méconnu de l’histoire, puisque seulement rendu publique lors du second mandat de Bill Clinton, soit près de vingt ans après les faits.

Pour faire sortir les Américains d’Iran, Tony Mendez, agent d’exfiltration de la CIA  incarné par un Ben Affleck tout en sobriété, imagine un projet de film canadien de science-fiction –logique, nous sommes en pleine période post Star Wars- film auquel sont censés participer les 6 fugitifs, leurs faux passeports canadiens devant pouvoir leur permettre de quitter le pays.

Argo débute de manière très sérieuse, avec la prise de l’ambassade américaine, filmé à la manière du documentaire. Des employés américains sont fait prisonniers, mais 6 arrivent à s’échapper. L’état-major américain est en émoi, et il faut  absolument trouver une solution pour éviter que les 6 fugitifs ne soient découverts. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les moyens imaginés sont aberrants : on propose qu’ils utilisent des vélos pour rejoindre la frontière turque, qui se trouve à plusieurs centaines de kilomètres de Téhéran. Les dignitaires envisagent même d’envoyer quelqu’un sur place pour apprendre à faire du vélo à ceux qui ne sauraient pas en faire. D’autres proposent de les faire passer pour des professeurs d’anglais, mais comme tous les lycées sont fermés depuis presqu’un an, la solution s’avère là aussi caduque. Et au final, c’est la proposition de Tony Mendez qui est retenue, faire passer les 6 employés pour une équipe de tournage canadienne.

Alors que le début du film se montre sérieux, en décrivant les différents évènements de façon réaliste, l’on a droit à un ton beaucoup plus léger dès lors qu’il s’agit de préparer le film et de le rendre le plus crédible possible, aidé en cela par les performances de John Goodman –dans le rôle du maquilleur John Chambers,  oscarisé pour son travail sur La planète des singes- et d’Alan Arkin, survolté dans son personnage de producteur.

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On assiste donc aux différentes étapes de la conception d’un film, ce qui donne lieu à quelques scènes assez savoureuses, sachant qu’Argo, ce film de science fiction qui doit servir de couverture, a tout l’air d’un bon gros nanar.

La dernière partie revient à un ton plus sérieux, puisqu’il s’agit de mettre en œuvre le projet d’évasion. Ben Affleck y montre d’ailleurs tous ses talents de metteur en scène, puisqu’il réussit à instaurer un climat de tension typique de ce genre de film.

L’on regrettera simplement un final qui cherche à nous tirer quelques larmes, avec quelques plans assez mal venus sur le drapeau américain, ou ces images qui confrontent acteurs et personnages réels.

Malgré tout, le film pose des questions importantes, et qui restent d’actualité aujourd’hui, concernant  l’ingérence des Etats occidentaux, ici les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans certains pays. La politique militaire initiée par Georges W. Bush au début des années 2000, a engendré de nombreux films rappelant les torts que les occidentaux ont causés, notamment au Moyen-Orient (Green Zone, Syriana etc.), dictés avant tout par des impératifs financiers. L’histoire que raconte Argo en est l’exemple : un dictateur, mis en place par les Américains et les Anglais, pour garder le contrôle du pétrole iranien, est renversé et s’exile aux Etats-Unis. Le peuple se révolte et prend en otage le personnel étranger sur place, pendant que les hauts dignitaires pilotent l’opération d’exfiltration depuis leurs bureaux cosy de Washington ou de Langley, pendant que le « petit » personnel est pris à partie. De ce point de vue- là, Argo ne fait que raconter une histoire qui se répète malheureusement…

Argo est donc un très bon film, une ode au cinéma par un Ben Affleck que les années rendent de plus en plus passionnant, et il va sans dire que son prochain long métrage est attendu de pied ferme.