Babylone Promotion nous envoie régulièrement des nouvelles de ses artistes sur lesquels nous écrivons des chroniques ou à qui nous envoyons des interviews. C’est Julien Deverre qui est aux commandes de ce bureau indépendant de promotion musicale basé à Bordeaux. En coulisses, comment cela fonctionne-t-il ? Comment se fait le choix des artistes ? Les réponses tout de suite avec Julien pour qui la musique est avant tout une passion.

 

Babylone Promotion Julien Deverre

 

 

–  Quel est votre rapport avec la musique ?
Large question. Forcément, la musique représente une grande partie de ma vie, et surtout occupe beaucoup de mon temps. Il ne passe pas un jour (une heure ?) sans que j’écoute de la musique, et il y a tant à découvrir… c’est une quête sans fin. J’aime aussi dire que c’est la bande originale de notre vie. La musique a ce côté dramatique qui décuple les émotions, et peut transformer de simples moments en véritables scènes de film. Chaque période de ma vie est rattachée à un groupe ou même un morceau. Une vie sans musique serait bien terne.

 

Babylone Promotion logo

 

–  Etes-vous musicien ? Quels groupes vous ont fait aimer la musique ?
Malheureusement, non, je ne suis pas musicien. Je veux dire par là que je ne me suis jamais suffisamment investi sur un instrument pour arriver à le maîtriser. Après, je peux prendre un plaisir énorme à aligner trois accords de guitare, sortir quelques notes de ukulélé, ou plus facilement pour moi, sélectionner le bon morceau au bon moment. Parfois, sélectionner de la bonne musique pour des amis me donne un peu l’impression de savoir en jouer.

 

Babylone Promotion Bureaux

 

–  Comment vous est venue l’idée de créer Babylone Promotion ?
Je suis venu à la musique par l’écriture. J’ai appris à aimer la musique grâce à mon grand frère qui a une culture musicale sans fond. Je voulais faire bonne figure auprès de lui. Je me suis donc mis naturellement à écrire sur la musique, tout d’abord en écrivant pour le magazine gratuit Longueur d’Ondes, puis en créant avec des amis il y a cinq ans le blogzine Des Oreilles Dans Babylone. J’y ai tissé des relations aussi bien réelles que virtuelles dans le milieu musical, et de fil en aiguille, à force d’être contacté par des groupes passionnants, j’ai créé Babylone Promotion pour aller encore plus loin dans la mise en avant de groupes.

 

Babylone Promotion victory hall

 

–  Depuis quand ce bureau indépendant de promotion musical existe-t-il ?
Babylone Promotion existe depuis septembre 2008 exactement. C’est avec Victory Hall, l’un des side project de Julien Pras (Calc, Mars Red Sky…) que j’ai commencé. Merci à eux d’ailleurs de m’avoir donné la chance de travailler sur ce projet et ainsi me faire un nom. Depuis, Babylone Promotion s’est occupé de 18 autres sorties.

 

–  Pourquoi avoir choisi le nom Babylone ?
Pour décliner le large projet déjà commencé avec Des Oreilles Dans Babylone. A la base, nous avions choisi ce nom pour représenter un système global (l’industrie du disque) et le fait de se placer au centre de tout ça, pour essayer d’en tirer le meilleur. Certes, l’industrie du disque n’a pas été épargnée par le capitalisme. Mais il est encore possible aujourd’hui de se poser au milieu, d’écouter avec des oreilles attentives, et de trouver du très bon. Le concept « Babylonien », contrairement aux idées reçues, ne s’applique pas qu’au reggae mais aussi à tous les autres genres.

 

–  Comment choisissez-vous les artistes ?
La condition numéro un est immuable : il faut que la musique me plaise. Jamais au grand jamais, je ne travaillerai pour un groupe dont je n’apprécie pas la musique. Ensuite, tout est une histoire de rencontres, de contacts, de feeling. Parfois, c’est moi qui, en fouinant, démarche directement un groupe avec qui j’aimerais travailler. Parfois, c’est le groupe qui me contacte. Dans tous les cas, il faut que le courant passe et que l’on ait tous deux une même vision des choses.

 

Babylone Promotion crane angel

 

–  Avez-vous une ligne directrice dans le choix des groupes ?
Pas vraiment, mais un peu quand même… Je veux dire par là que la ligne directrice doit rester dans mes goûts musicaux, et donc généralement suivre une certaine idée de l’indépendance. La plupart des groupes soutenus par Babylone Promotion en sont au début de leur carrière, et sortent un premier Ep en 45 tours (Crane Angels, Sharitah Manush, The Rebels Of Tijuana…), ce qui est un choix assez osé au niveau commercial. Parfois, les groupes sont déjà installés et veulent juste se donner une nouvelle orientation (Nada Surf, Patrick Wolf…). Dans tous les cas, même si la couleur musicale globale reste pop rock, la porte reste ouverte aux autres genres (le funk instrumental de Chris Joss, l’électronica de Franklin…).

 

Babylone Promotion Chris Joss

 

–  Quelles ont été les difficultés lors de la création de Babylone Promotion ?
La première difficulté a été de choisir le bon statut ainsi que le bon régime fiscal. C’est une longue démarche de recherches et de rencontres afin d’avoir une vision globale de ce que l’on souhaite. Après, le plus dur est de débuter sans réelles références, et surtout expliquer au groupe ce que je vais concrètement pouvoir faire pour lui. Parfois, il y a des écarts, il suffit juste de bien s’exprimer et d’échanger régulièrement.

 

Babylone Promotion Sharitah Manush

 

–  Le rapport avec les musiciens est-il toujours simple à gérer ?
D’une manière générale, oui. Après c’est évident qu’il est plus simple de parler de musique que de parler d’argent. Ca reste le grand tabou français. Les groupes ont souvent peu de moyens et font donc très attention avant de signer avec untel ou untel, ça se comprend. Mais il faut aussi qu’ils comprennent qu’il y a une réelle valeur ajoutée derrière le travail de promotion et que ça a aussi un coût.

 

Babylone Promotion suddenly sunshine

 

–  Quelles ont été vos plus belles découvertes musicales ?
C’est dur de répondre à cette question. Chaque projet est une découverte en soi. Mais je dois avouer que les Crane Angels, les Sharitah Manush ou même Suddenly Sunshine m’ont offert de beaux frissons.

 

Babylone Promotion tokyo overtones

 

–  Quels groupes vous ont le plus étonné ?
Peut-être Tokyo/Overtones. C’est l’un de mes derniers projets, et la qualité de leur musique est vraiment au-dessus d’un paquet d’autres trucs qui marchent mieux. C’est un groupe pop rock havrais qui a déjà quelques années derrière lui, et qui sonne plus anglo-saxon que les anglais eux-mêmes. Leur nouvel album à paraître à la rentrée va être une tuerie.

 

Babylone Promotion sharitah manush

 

–  On remarque un artwork plutôt soigné parmi vos groupes… Je pense surtout au groupe Sharitah Manush qui va même jusqu’à sortir son disque en vinyle.
A votre avis, le disque a-t-il encore un avenir ? Si oui, sous quelle forme ? CD ? Ou doit-on s’attendre à un retour en force du vinyle ?

J’attache encore énormément d’importance au support physique. Donc oui, forcément, un bel artwork est important. Et de ce côté-là, quoi de mieux que le vinyle ? 11 projets sur 19 chez Babylone Promotion sont sortis en vinyle, c’est très important pour moi, même si c’est évidemment plus difficile à travailler.

Au vu de tous les nouveaux groupes qui sortent quotidiennement sans cesse, et de cet engouement universel pour la musique, je ne pense pas que le disque soit mort, non. Il y aura toujours des gens pour fabriquer de beaux objets musicaux, et toujours des gens pour en acheter. Alors peut-être que ce marché du disque physique va devenir une niche, mais il ne mourra pas. Quant à savoir sous quel support, je pense que les trois vont encore cohabiter un moment (mp3/cd/vinyle), et que chacun choisira celui qu’il préfère. Le mp3 pour les singles et les gens très mobiles, le cd pour la consommation de masse, et le vinyle pour les passionnés amateurs de beaux objets.

 

–  Pour la suite, quels genres musicaux aimeriez-vous avoir en plus parmi vos futurs groupes ?
Je ne sais pas. Peut-être un peu plus d’électronique, de folk… A vrai dire, peu importe le genre, l’important c’est la démarche : une démarche indépendante, de qualité, avec un beau disque à tenir entre ses mains. Et ça je suis sûr que j’en trouverai encore. Merci !

 

Pour en savoir plus :

–  Le site de Babylone Promotion
–  Le blogzine Des Oreilles Dans Babylone

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