DE NICOLAS WINDING REFN, AVEC RYAN GOSLING, CAREY MULLIGAN, RON PERLMAN…

 

Drive

 

 

Huitième film de Nicolas Winding Refn, Drive est le second film américain du réalisateur danois, après Inside Job en 2002.

Un jeune homme solitaire conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Ultra professionnel et peu bavard, il a son propre code de conduite. Jamais il n’a pris part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant – et au volant, il est le meilleur ! Sa route va croiser celle d’Irène et de son jeune fils, et pour la première fois, le pilote n’est plus seul…

Vendu comme un avatar de Fast and Furious ou du Transporteur (voir la bande-annonce du film), Drive est en fait un condensé de cinéma qui porte la marque d’un grand auteur : Nicolas Winding Refn. Celui-ci a d’abord fait ses preuves au Danemark, avec la trilogie Pusher, avant de réaliser Inside Job, premier film en anglais. En 2009, il décrit la vie du prisonnier le plus dangereux de Grande-Bretagne dans Bronson, puis réalise Valhalla Rising, le guerrier silencieux, qui raconte la vie de One-Eye, incarné par Mads Mikkelsen, son acteur fétiche.
Son nouvel opus, Drive, s’intéresse à la double vie d’un cascadeur qui, une fois la nuit venue, met ses talents de pilote au service de la mafia. Voilà un pitch qui rappelle Le Transporteur cher à notre Luc Besson national, mais qui, entre les mains d’un véritable artiste devient un grand film. Le prix de la mise en scène reçut à Cannes n’est d’ailleurs pas usurpé.

Drive est un condensé de cinéma, une ode au western, au film d’action, aux super héros et même au slasher. Le personnage joué par Ryan Gosling n’a pas de nom, comme les justiciers incarnés par Clint Eastwood dans certains de ses westerns, même si la monture a quelque peu évoluée. La vie de Ryan Gosling est bouleversée le jour où celui-ci rencontre Irène, une jeune maman, dont il va tomber amoureux, et qu’il va protéger, notamment lorsque son mari sort de prison.
Dans le rôle du pilote, Ryan Gosling est plein de magnétisme, il bouffe littéralement l’écran à chacune de ses apparitions. Son personnage tient d’ailleurs autant du super héros que du croquemitaine, tel qu’il fut popularisé par Halloween et ses avatars dans les années 80. En effet, une fois la nuit venue, le pilote porte une veste ornée d’un scorpion, monte dans sa voiture, et muni d’un marteau, applique sa propre justice lorsque ses proches sont touchés. Il y a une véritable ambiguité dans la façon dont Refn décrit son personnage principal. Si les motivations du pilote peuvent se comprendre -il souhaite protéger Irène- son mode opératoire tient plus de Michael Myers ou de Jason Vorhees. Le film se révèle d’ailleurs très violent.

 

Drive

 

 

La réalisation de Nicolas Winding Refn rappelle autant le William Friedkin période French Connection que Michael Mann. Les courses poursuites -très rares dans le film- sont remarquablement mises en images, de façon totalement lisible, sans recours à la shakycam, donc à contre courant des productions actuelles. Le réalisateur cherche surtout à mettre en place une atmosphère intemporelle. Le film se déroule de nos jours, et pourtant, la musique, certaines situations font directement référence aux années 70/80. Il faut d’ailleurs signaler le remarquable travail au niveau de la musique, confiée à Cliff Martinez, qui signe une BO qui se réfère directement aux compositions d’Elliot Goldenthal pour Heat. Les similitudes ne s’arrêtent pas là, puisque Refn filme Los Angeles comme Michael Mann, notamment lorsqu’il s’agit de magnifier la ville la nuit. Pourtant, ce qui semble surtout intéresser le réalisateur danois, ce sont les personnages principaux, incarnés par Ryan Gosling et Carey Mulligan. On apprécie leurs échanges, on se délecte des champs/contre-champs lors de leurs conversations, jusqu’à cette scène onirique dans l’ascenseur, qui scelle leur amour, un amour qui va malgré tout les séparer…

Au final, Nicolas Winding Refn réalise une fois de plus un grand film. Il montre que l’on peut faire un film d’action et le doter d’un background intéressant, sans avoir recours aux facilités qu’usent certains producteurs aujourd’hui lorsqu’il s’agit de toucher un large public.