RÉALISÉ PAR GARETH EDWARDS AVEC SCOOT MACNAIRY, WHITNEY ABLE…

Monsters

Premier film de Gareth Edwards, ancien documentariste à la BBC, Monster est présenté comme film dans la lignée de District 9, et qu’une bande annonce nerveuse nous présente ainsi. Mais qu’en est-il dans les faits ?

Une sonde de la NASA s’écrase dans la jungle mexicaine, libérant sur terre des particules d’une forme de vie extra-terrestre. Six ans plus tard, le Mexique et le Costa-Rica sont devenus des zones de guerre désertées par les populations locales, mises en quarantaine et peuplées de créatures monstrueuses. Un photographe est chargé d’escorter une jeune femme à travers cette zone dévastée. Seuls sur la route, ils vont tenter de rejoindre la frontière américaine…

Largement diffusé dans de nombreux festivals, Monsters est le premier film de Gareth Edwards, ancien documentariste à la BBC. Vendu comme un film dans la lignée de District 9, le réalisateur prend le spectateur à contre pied en proposant un film intimiste, qui s’intéresse avant tout à décrire le parcours de ses deux personnages principaux, perdus dans un monde en bout de course.

Le film raconte l’odyssée d’Andrew Kaulder, photographe pour un magazine, chargé de ramener Sam, la fille de son patron, du Mexique jusqu’aux Etats-Unis, en traversant la zone infectée par des extraterrestres arrivés sur terre six ans plus tôt. Un périple qui permettra à ces deux personnages, perdus dans leurs vies respectives, lui photographe à la recherche d’un scoop et père d’un fils qu’il ne voit presque jamais, elle sur le point de se marier, mais qui semble ne plus être très sûre de ses sentiments, d’apprendre à se connaitre et à trouver leur place dans ce monde.

Pour illustrer ce voyage initiatique, le réalisateur ne quitte jamais ses personnages, présents dans presque tous les plans, et souvent filmés en cadrage serré, pour capter au mieux leurs différentes émotions, notamment dans cette scène où Andrew et Sam découvre de nombreuses personnes en train de prier, une bougie à la main, à la mémoire de leurs proches disparus, victimes collatérales des bombardements américains dans leur combat contre les monstres.

Malgré un budget ridicule, de l’ordre de 15 000 dollars, une somme qui n’aurait même pas suffit à couvrir le budget repas de James Cameron sur Avatar, Gareth Edwards arrive à rendre son monde crédible et à nous émouvoir par le biais de plans montrant des immeubles et villes complètement dévastées. Le rythme du film est lent ,contemplatif, dans la lignée de ce qu’a pu faire Terrence Malick, mais cela nous permet de nous immerger dans cet univers proche de la fin.

 

Monsters

 

 

« Monster », le titre du film renvoie donc à des monstres mais les sois disant monstres du film ne sont pas ceux que l’on croit. En effet, LE monstre, celui à cause de qui notre monde est gagné par le chaos, c’est l’homme. Les extraterrestres ne montrent aucun signe belliqueux, sauf lorsqu’ils se sentent en danger, mais l’homme veut s’en débarrasser, plutôt que de chercher à comprendre ces créatures. Une attitude typique de l’homme, qui renvoi dans la réalité à l’intervention américaine en Irak, pays dans lequel les Américains pensaient pouvoir tout contrôler lors de leur invasion, et qui au final ne maitrisent rien. Dans le film, plusieurs plans montrent des affiches sur lesquelles la population demande la fin des bombardements, des affiches similaires à celles que l’on a pu voir en Irak. Gareth Edwards critique également le repli sur soi des Américains, pour qui tout ce qui est étranger est dangereux. Dans le film, cela se traduit par la construction d’un mur à la frontière mexicaine, un mur censé empêcher les créatures d’entrer aux Etats-Unis, une situation qui rappelle non sans ironie la position américaine face aux vagues d’immigration mexicaine.

Heureusement, plus le film avance, plus les personnages principaux se découvrent de l’humanité. Andrew, complètement détaché au départ, et dont le seul but est de faire une photo qui pourrait lui rapporter de l’argent, évolue au contact de cet univers qu’il ne semblait pas connaitre au départ, loin de son confort américain. Sam, quant à elle, se rend compte de ses sentiments à l’égard de celui qui devait être son futur mari, et préfère renoncer, pour s’engager avec cette homme qu’elle vient de rencontrer, mais avec qui elle a partagé un voyage, une odyssée dans une réalité à mille lieux de ses préoccupations quotidiennes. Les deux acteurs, Scoot MacNairy et Whitney Able sont très crédibles dans leurs personnages, une crédibilité accrue par le fait qu’ils forment un vrai couple dans la vie.

Gareth Edwards réalise donc une première œuvre empreinte de poésie, une petite lueur au sein de la vague de films d’extraterrestres bourrins qui va déferler sur nos écrans dans les prochaines semaines (Skyline, World invasion : battle Los Angeles, Cowboys & Aliens…)