RÉALISÉ PAR : TOM DICILLO ; AVEC : STEVE BUSCEMI , CATHERINE KEENER…

Ca tourne à Manhattan

 

Synopsis :
Quelques bribes du tournage d’un film indépendant, montrant les mésaventures d’un réalisateur tentant tant bien que mal de faire son film, obligé de faire avec une équipe pas toujours géniale, des acteurs soient trop sûrs d’eux, soit paranoïaques, ainsi que tous les petits imprévus propre à ce genre de métier.

Dans Living in Oblivion, Tom DiCillo nous plonge au coeur du tournage d’un film à petit budget, il place le spectateur dans un huis-clos comique où chaque tentative de tournage se transforme rapidement au sketch. Le réalisateur divise son film en trois parties, les deux premières sont des rêves faits par Nick le réalisateur et Nicole l’actrice. Puis, en troisième partie, on a le tournage de la scène d’un rêve suivie elle même par une scène de silence où les personnages s’imaginent et se projettent après la sortie du film, rêvant éveillés.

Le réalisateur joue sur certains clichés comme celui de l’actrice connue pour une scène de douche avec Richard Gere et qui ne croit pas en ce qu’elle fait, le jeune acteur trop sûr de lui et qui n’est là que dans l’espoir de rencontrer Tarantino (soi-disant ami du réalisateur), le réalisateur au bord de la crise de nerf qui essaye d’être conciliant avec tout le monde et le reste de l’équipe qui essaye tant bien que mal de s’en sortir. Tom DiCillo nous met face à une sorte d’aventure humaine, car dans ce huis-clos, alors que les personnages passent leur journées (et parfois leurs nuits) ensemble, il est impossible que les sentiments ne prennent pas le dessus. On a donc la dispute entre le jeune acteur et l’actrice qui, amants d’un soir, ne peuvent plus se supporter le lendemain, la séparation entre Wanda et Wolf le chef opérateur, la relation ambiguë entre l’actrice principale et le réalisateur, des disputes, les personnages s’énervent, désespèrent puis se remettent au travail, parce qu’il faut bien le finir ce film.

Living in Oblivion est une mise en abyme, un film dans un film. Le réalisateur met en question la perception qu’a le spectateur, et que nous avons en général, de la réalité. D’une part, on a le rapport entre film et réalité, et d’autre part, le rapport entre rêve et réalité. Tom DiCillo joue sur la frontière entre rêve et réel dès le début en commençant par une séquence de rêve sans que le spectateur s’en doute. On a un jeu entre noir et blanc et couleur qui permet de séparer l’espace du jeu et celui du rêve. Puis, dans la séquence du rêve de Nicole fiction et réalité se répondent. La scène qu’elle joue avec Chad, elle la vivra « en vrai » avec Nick, là encore fiction et réalité se croisent et se répondent, même si c’est au centre d’un rêve.

Le film se termine dans l’espace « réel », nous ne sommes plus dans une rêve mais dans la réalité, et dans cette réalité on tourne une scène de rêve. Une fois cette scène terminée, l’ingénieur du son impose trente secondes de silence durant lesquelles on verra à quoi pensent et rêvent les personnages. On a donc toujours un jeu entre fiction/rêve et réalité qui pose également la question du rapport entre rêve et fiction. Quand est-ce que les personnages jouent ? Est ce qu’ils rêvent ou est-ce qu’ils jouent ?

Living in Oblivion est donc une comédie qui joue des imprévus d’un tournage et de toutes les péripéties qu’ils peuvent entraîner (une machine à fumer qui explose, un projecteur qui brûle, un problème de perche, du lait qui a tourné et qui rend l’équipe malade …). Mais, au delà de la caricature des personnages et les clichés sur le monde du cinéma, ce film pose la question du rapport à la réalité, au rêve, à la fiction et donc au cinéma et à l’image.