La sortie d’un album studio de Magma est toujours un événement unique, par la rareté du fait et par le style inimitable de ce groupe qui existe tout de même depuis leur premier album Kobaïa en 1969. Le groupe fête ses quarante ans d’existence en ce moment par une série de concerts monumentaux dans toute la France et au Japon. J’ai d’ailleurs assisté à leur balance du concert de Lyon l’année dernière, du pur bonheur…

 

Magma Emehntehtt-re

 

Découpé en plusieurs parties du même nom, Emehntehtt-Re (2009) est un florilège de morceaux inédits et de chansons déjà composées et jouées depuis les années 70 mais sorties uniquement sur des albums live.

On retrouve donc des bribes de l’album des voix de Magma édité dans les années 90, de « Rindoë » de l’album Attahk de 77 dans la partie I, « Hhaï » et « Zombies : Ghost Dance » de « Udu Wudu » de 78 dans la partie II, toujours avec ces choeurs martiaux, mélodiques et tranchants et cette basse ronflante et terriblement entraînante, une des marques de fabrique du son Magma, à l’image du bassiste originel Jannick Top, mondialement connu pour avoir joué ensuite avec Michel Berger et Johnny Hallyday.

La partie III a une résonance à la « Mekanik Zain » avec ses montées en puissance de ses chœurs magnifiques, sorte de maelstrom de sons d’outre-tombe et de rapidité tenace, amenant petit à petit à une transe toujours contenue ; il n’y a qu’à voir l’état physique sur scène du batteur et compositeur du groupe, Christian Vander, pour se rendre compte de l’intensité que peut provoquer cette musique intemporelle dans un corps humain (non, je n’exagère pas !).

 

La partie IV amène une touche cristalline comme dans leur projet parallèle « Offering » avec ces coulées de voix féminines distillées par la toujours talentueuse et inimitable Stella Vander.

La partie V est scandée avec des accords dissonants de piano, qui, comme le nom l’indique, « Funehrarium Kanht », nous plongent dans une noirceur scandée comme une dernière profusion de musique d’incantations, martelant nos sens et nos sentiments quelque peu bousculés.

Le seul bémol de l’album est « Sehe », parlé par Christian Vander dans son langage kobaïen qui bâcle un peu trop vite à mon sens le monument de cette musique si intense.

La version limitée propose un DVD avec des phases studio de l’enregistrement de l’album, où l’on découvre enfin le travail très sérieux du groupe, dirigé d’une main intransigeante mais sereine de Vander, surplombé de leur ingénieur du son attitré, Francis Linon. On découvre également deux petits nouveaux, qui accompagnent le groupe sur scène, Bruno Ruder prodige du piano Rhodes et Benoît Alziary au vibraphone.

 

Un album magique donc, peut-être moins novateur que le précédent « KA » (à se procurer d’urgence si on est fan du groupe), surtout de l’ère 69-78, avant que le groupe ne se perde un peu dans les années 80 (comme tout groupe révolutionnaire des années 70 d’ailleurs…). De toute façon, la musique interpelle tout le monde, c’est un groupe que l’on adore ou que l’on déteste, pas de juste milieu… Merci encore à Christian Vander pour sa musique qui prouve que l’on peut rester hors des styles, des normes et des époques… Comme il le dit lui-même dans tous les livrets des albums : « A vie, à mort, et après… « 

Autres albums : Mekanik Destruktiw Kommandoh, Attahk, Udu Wudu, Offering III-IV, Retrovision « live », KA…

 

(Article écrit par Ivan)