RÉALIATEUR : MORGAN SPURLOCK ; AVEC : MORGAN SPURLOCK, …

 

Super Size Me

 

 

En 2004 sort Super Size Me le documentaire réalisé par l’américain Morgan Spurlock. Le réalisateur décide de se nourrir exclusivement chez McDonald’s, le géant du fast food, durant un mois afin de constater lui même les effets de la malbouffe. Il se fixe trois règles : 1) Il ne mange que ce qui est proposé chez MacDonald’s ( eau comprise ) 2) Il ne prend le menu Super Size (le plus grand ) que si on le lui propose 3) Il doit prendre au moins une fois de tout ce qui est vendu

Suivi par trois médecins (un généraliste, un gastroentérologue et un cardiologue) et une diététicienne, Morgan Spurlock subit une batterie de tests médicaux pour montrer qu’il est en bonne santé avant de commencer, puis se soumet régulièrement à des examens de bilan (taux de cholestérol, glycémie, pesé…). Le but ? Savoir si oui ou non manger au MacDo est mauvais pour la santé et quels sont les effets sur le corps d’un régime MacDonald’s.

Les résultats ne se font pas attendre et sont comme on s’en doute assez catastrophiques. Prise de poids impressionnante (12 kg de pris en un mois), déprime, maux de ventre, maux de tête, palpitations, foie atteint, fatigue… Les médecins n’en reviennent pas et lui conseillent même de tout arrêter. Mais Super Size Me ce n’est pas juste un documentaire sur un homme un peu fou qui décide de se ruiner la santé pour voir les effets du MacDo, c’est aussi le tableau d’une Amérique malade et surtout obèse.

Les chiffres donnés sont nombreux et effrayants. Délivrés en introduction du documentaire ils donnent le ton et ancre le propos dans la réalité. 37 % des enfants et adolescents américains sont obèses, 2/3 (plus de 60 %) des adultes sont en surpoids ou obèses, ce qui représente 100 millions d’Américains… L’obésité est la deuxième cause de mortalité aux Etats-Unis, juste derrière la cigarette. Tous les jours, un Américain sur quatre mange au MacDo (sans parler des autres fast food), et 60% de la population ne fait jamais de sport. Ces quelques chiffres cités ici ne sont qu’un petit échantillon de ceux donnés dans le film. En réalisant ce documentaire Morgan Spurlock s’attaque au sujet bancale de la junk food, et avec elle à tout un mode de vie et de consommation qui fait partie de la société américaine.

C’est après avoir vu un reportage à la télévision sur deux jeunes adolescentes qui faisaient un procès à MacDo, accusant la firme d’être à l’origine de leur obésité que Morgan Spurlock a décidé de réaliser ce film. Est ce que MacDonald’s est réellement responsable de l’épidémie d’obésité aux Etats-Unis ? Ou s’arrête la responsabilité personnelle et ou commence le martelage médiatique ? Car le fil conducteur de ce film c’est aussi cette question du pouvoir attractif qu’exerce MacDonald’s sur les gens en les bombardant de publicités, et ceci dès le plus jeune âge. En effet, ici il est question d’enfants et surtout d’éducation. Quand on sait que l’enfant américain moyen voit 10 000 publicités pour de la nourriture par an dont 90% pour des céréales, des soda , des fast food… et que MacDo dépense 1,4 milliard de Dollars chaque année pour sa publicité, on est en droit de se demander si l’heure n’est pas à la manipulation des plus jeunes. Il est intéressant de voir tous les moyens mis en oeuvre pour attirer les enfants et « ancrer la marque dans leur petite tête ». Le plus souvent les aires de jeu de chez MacDonald’s sont les seules du quartier, il est donc difficile d’emmener ses enfants jouer ailleurs que là bas, il y a aussi le Happy Meal, le repas spécial enfant avec lequel il y a un jouet offert. On peut fêter son anniversaire chez MacDo. Et surtout il y le clown, Ronald MacDonald, décliné en dessin animé et en multiples jouets. Comme le dit un célèbre avocat qui s’est déjà battu contre l’industrie du tabac et qui se lance maintenant contre les fast food, les techniques employées par MacDonald’s sont les même que celles des cigarettiers qui vendent des cigarettes en chocolat aux enfants avec le logo de leur marque sur le paquet. Inconsciemment les enfants ont ce logo en tête et vont se diriger vers cette marque s’ils commencent à fumer car elle évoque des souvenirs heureux liés à l’enfance. C’est la même chose chez MacDo, on crée un environnement joyeux, coloré avec des jouets et des airs de jeux pour que plus tard, une fois adultes, ils se sentent « chez eux ».

Biensûr on peut se dire que personne n’est obligé d’emmener ses enfants chez MacDonald’s, mais Morgan Spurlock met le doigts sur un autre problème. Si on est pas obligé d’emmener ses enfants au fast food, ils sont tout de même obligés d’aller à l’école. Et là le constat des repas servis n’est pas plus glorieux. Frites, sodas, pizzas, barres chocolatées… rien de moins équilibré, et pourtant c’est ce que des millions d’écoliers américains ingurgitent chaque jour. La plupart des écoles ferment les yeux, mais certaines décident de réagir (plus de distributeurs de sodas, des repas sains pour soigner les troubles du comportement dans les écoles spécialisées …) Et si la plupart ferment les yeux c’est qu’il y a beaucoup d’argent en jeux. En effet, lumière est faite sur un business très rentable établi entre l’éducation et les lobby de l’agroalimentaire. Les écoles touchent des primes pour vendre tel ou tel produit. Paradoxalement les budgets alloués par l’Etat sont réduits et les cours d’éducation sportive supprimés.

C’est tout cela que montre Morgan Spurlock, que le MacDonald’s ca fait grossir et ça rend malade, qu’il est difficile d’y échapper avec tout le martelage médiatique et les moyens mis en oeuvre pour rendre accro à la marque, et même si on y échappe, à l’école on retombe dedans à cause de pressions politiques et économiques. Il est impressionnant de voir à quel point les lobby de l’agoralimentaire ont réussi à « s’infiltrer » dans des institution dite d’état comme l’éducation mais on trouve même des MacDo dans les hôpitaux, c’est dire la puissance médiatique, politique et économique qu’ils représentent. Comme le dit le réalisateur, les sièges de ces grandes firmes se trouvent à Manhatan dans le but d’être près des institutions étatiques, et pouvoir intervenir le plus rapidement sur les décisions politiques prises qui pourraient leur nuire. Il apparaît alors clairement que les intérêt de l’état se trouve plus du côté du profit que de la prévention et la santé publique (bien que depuis 2002 le Secrétaire d’état à la santé (équivalent de notre ministre de la santé) ait déclaré officiellement l’obésité épidémie nationale.

 

Super Size Me

 

 

J’ai trouvé ce documentaire très intéressant, car très complet, il offre une vision très large du problème de l’obésité, il en donne les causes, les conséquences, les enjeux… Il est original de voir que le réalisateur s’implique totalement. On peut comparer Morgan Spurlock à Michael Moor, bien que celui-ci s’intéresse plus à dénoncer des dérives liées directement à l’Etat, alors que Spurlock s’attaque à une entreprise privée bien particulière. De plus il réalise l’expérience sur lui même, et c’est impressionnant de voir les effets de ses propres yeux, non seulement les effets visibles, mais également de connaître l’avis des médecins et les résultats médicaux. Le film n’est jamais dramatique et garde un ton plutôt humoristique, il s’agit d’informer de manière ludique, sans donner de leçon de moral. Les plans sont simples, clairs, informatifs et parlent d’eux mêmes. Le spectateur fait lui même le constat et il est clair que après avoir vu ce documentaire on ne va plus aussi facilement manger un menu Maxi Best of. En tant que français, ce mode de vie fast food peut nous paraître incompréhensible, c’est sans compter que l’Amérique n’a que très peu de culture gastronomique. Si on demande à quelqu’un quel est le plat le plus connu des Etats-Unis, il dira surement le Hamburger. MacDonald’s c’est le symbole américain par excellence, un symbole économique et culturel.

Il est tout de même intéressant de noter que depuis 2004, date de sortie du documentaire, la question de l’équilibre alimentaire et des problème de poids a également fait son chemin jusqu’à nous, en France et plus largement en Europe. La campagne pour les 5 fruits et légumes par jours à été mise en place ainsi que les banderoles informatives sur les publicités du type « pour votre santé mangez moins gras, moins salé, moins sucré ». On peut se demander si là encore les fast food sont en causes alors que notre pays à une culture culinaires importante. Comme les hamburger, l’obésité est-elle exportable ?