ROMAN HISTORIQUE

« Si c’est un homme » de Primo Levi est un récit autobiographique publié pour la première fois en 1947 sous le titre « Se questo è un uomo ». Ce n’est que quelques dizaines d’années après son écriture que ce roman rencontrera son public.

si c'est un homme

 

– Primo Lévi (1919-1987)

Issu d’une famille cultivée de juifs piémontais, Primo Levi suit des études de chimie à l’université de Turin. Il est chercheur à Milan lorsque l’intervention allemande dans le Nord de l’Italie le pousse à rejoindre un groupe de résistants juifs, en 1943. Arrêté la même année, il est déporté à Auschwitz-Birkenau, où il travaille en tant que chimiste dans un laboratoire (ce qui contribue d’ailleurs à le sauver de la mort). Lorsque la guerre prend fin, il est l’un des rares survivants du camp.

Il rentre en Italie et, dès 1946, il se consacre à l’écriture afin de dénoncer la barbarie nazie. Il publie d’abord « Si c’est un homme » en 1947, puis « La Trêve » ( suite de « Si c’est un homme » ) en 1963 où il raconte son long voyage pour retourner en Italie, son pays natal. Puis, en 1986, il écrit « les Naufragés et les Rescapés ». Cet humaniste ne reste jamais centré sur son propre malheur, mais témoigne à travers son écriture dans l’espoir qu’un tel génocide ne se reproduise pas. Mais Primo Levi a également écrit des romans et des poèmes traitant de sujets autres que les camps. Il se suicidera dans sa maison natale en avril 1987.

 

 

– « Si c’est un homme » : témoignage d’une horreur vécue.

« Si c’est un homme » raconte l’horreur quotidienne vécue par les déportés d’Auschwitz. Selon ses propres mots, le but de Primo Levi est de « fournir des documents à une étude dépassionnée de certains aspects de l’âme humaine ». Ce qui fait la particularité de l’écriture de Primo Levi sur un tel sujet, c’est qu’il n’y a pas les bons innocents d’un côté et les méchants tortionnaires de l’autre, mais des individus pris dans un système fondé sur la doctrine « l’étranger, c’est l’ennemi » et où tout est méthodiquement mis en œuvre pour broyer l’être humain. Le récit de Primo Levi relate la déportation qu’il a subie à Auschwitz. La narration suit minutieusement les étapes du voyage et la découverte de l’enfer incompréhensible que constitue le camp. Primo Levi en expose l’organisation complexe, rappelle les mauvais traitements qu’il a subi : le froid, la faim, la maladie, le travail exténuant, la lutte quotidienne pour survivre, … mais il met surtout en évidence le processus de dépersonnalisation et d’anéantissement non seulement physique mais moral méthodiquement mis en œuvre par les nazis pour détruire l’ennemi.

Mais Primo Levi montre également dans son roman les possibilités de résistance morale de l’être humain. Son récit, divisé en dix-sept chapitres courts, propose ainsi une série de portraits dont émergent des figures comme celle de l’ami Alberto, celle de Jean : l’étudiant alsacien, ou encore celle de Lorenzo, civil italien travaillant à l’usine sans être prisonnier qui, pendant six mois, lui donne chaque jour un morceau de pain. Levi parle à la fois de « journées ordinaires » et de journées exceptionnelles et tragiques comme celle de la « sélection » d’octobre 1944 qui voit chaque déporté courir nu devant un SS maître de son sort. Pendant l’hiver 1944, Primo Levi, chimiste de profession, est transféré dans un laboratoire dépendant du camp, ce qui lui assure une existence moins pénible. C’est à cette période qu’il prend conscience de la nécessité de survivre pour pouvoir témoigner par la suite de ce qu’il a vécu.

C’est la tension perpétuelle entre récit du quotidien et jugement lucide qui caractérise « Si c’est un homme » et qui contribue à faire de ce récit une œuvre très importante pour la seconde moitié du vingtième siècle.