REALISE PAR TERRY GILLIAM AVEC BRUCE WILLIS, BRAD PITT ET MADELEINE STOWE

 

armée des 12 singes

 

10 ans après Brazil, Terry Gilliam se replonge dans la SF avec L’armée des 12 singes, ou la vision pessimiste du thème du voyage dans le temps par l’ex-Monty Python, au sommet de son art, et avec un casting plus qu’intéressant avec des acteurs à contre-emploi, Bruce Willis en cobaye cramé et Brad Pitt en cinglé total.

En 2035, la surface de la planète est désertée par l’espèce humaine dont les 90% ont été décimé par un virus. Le monde est retourné sous la domination de la nature, qui recouvre sans difficulté les traces de la civilisation. Les humains sont entassés dans des souterrains, dont une grande partie sont des centres pénitentiaires. James Cole (Bruce Willis) est un prisonnier, désigné volontaire pour participer à une expérience de voyage dans le temps pour découvrir la source du virus, et empêcher sa propagation. Sauf que ces voyages ont des conséquences psychologiques conséquentes sur James, déjà fragile depuis son enfance où il a vu un homme se faire tuer devant ses yeux. Il se retrouve dans un asile où il fera la connaissance de Jeffrey Goines (Brad Ptt) et du docteur Kathryn Railly (Madeleine Stowe). A partir de ce moment, James aura de plus en plus de mal à différencier réalité et hallucinations.

L’armée des 12 singes est inspiré du court métrage La jetée de Chris Marker, réalisé en 1962. Le film traite du même sujet, mais de façon beaucoup plus intimiste, en noir et blanc, avec une succession de photographies, et juste quelques images en mouvement. Même si l’approche de Terry Gilliam est différente, avec angles torturés et décors poisseux, le fond est respecté, il en ressort la même sensation de désespoir, de fatalité. Pour Marker, elle prend la couleur de la mélancolie, pour Gilliam, celle de la folie.

La folie est présente dans tout le film, dans tous ses aspects, à commencer par le côté greaphique. Les villes du futur, enneigées habitées par les animaux, où quelques explorateurs évoluent en combinaisons de plastique, cosmonautes de bric et de broc. Les souterrains, plus proches de l’enfer que d’autre chose. La machine à voyager dans le temps, un simple tube en plastique d’où sortent des dizaines d’autres tubes. C’est comme si la ville de Brazil était tombée en décadence. Les années 90, les murs qui croulent sous le poids des affiches, un magma informationnel en déliquescence, là aussi l’aspect brut, anarchique et imposant de Brazil, comme dans la scène où De Niro disparaît dans une tempête de papier. Quant à l’asile, c’est ce qu’on peut attendre d’un asile de Terry Gilliam en période grunge : de la crasse, des couleurs entre l’ocre et la pisse et des angles claustrophobiques. Une folie également, plus douce, dans la musique, avec cette obsession pour Wonderful World de Louis Armstrong, toujours très bien placé.

 

armée des 12 singes

 

 

Terry Gilliam arrive à nous perdre au même niveau que James, car l’on voit et entend le monde par lui (la voix invisible par exemple est sûrement l’élément le plus perturbateur du film.). Le plan final finit de nous achever dans cette spirale paranoïaque et d’une terrible inéluctabilité. Même si le scénario est parfois prévisible dans les grandes lignes, on est vraiment happé par l’histoire, grâce, ou à cause, de la folie de son réalisateur. Un grand classique de la SF.

 

(Article écrit par Emkalan)