REALISE PAR JIM JARMUSCH, AVEC JOHNNY DEPP, GARY FARMER, LANCE HENRISKEN

 

Dead man

 

 

Western atypique et trip hallucinatoire dans un noir et blanc habillé de théâtralité et de poésie minimaliste, voilà un peu à quoi on pourrait résumer Dead Man, du brillant Jim Jarmusch. Des bons, des brutes et des truands certes, mais point de dollars par poignées, juste la Mort, glissant le long de la trame du film sur les accords hypnotiques de la guitare de Neil Young, tel un serpent dans des ossements.

William Blake est un jeune homme timide et introverti venu tout droit de Cleveland, dont il n’est sûrement jamais sorti. Quittant tout pour répondre à une convocation pour un boulot, il arrive dans la ville de Machine, le terminus du train, dans le profond Far West. Perdu dans ce nouvel univers, il se retrouve à la rue à cause d’un malentendu avec Mr Dickinson, le patron de l’usine où il devait travailler. Accusé du meurtre de Thel, une vendeuse de fleurs en papier qu’il venait de rencontrer, et du fils de Mr Dickinson, son ancien fiancé, William, blessé par balle, est recueilli par Nobody, un indien lettré et solitaire, qui le prend pour l’esprit égaré de son célèbre homonyme anglais. Et alors que trois tueurs sont lancés à sa poursuite, Nobody emmène William dans un périple sans retour.

Dead Man est le voyage d’un homme entouré, habité par la mort. Prophétique, lorsque le conducteur du train met William en garde contre la ville de Machine, cité dolente dominée par l’usine de Mr Dickinson. Inéluctable, en cette balle bloquée juste contre son cœur, après avoir transpercé celui de Thel, et qui le tue à petit feu. Potentielle, alors que les tueurs se rapprochent de plus en plus de lui. Passée, pour Nobody qui cherche juste à renvoyer chez lui l’âme égarée de ce poète dont les mots l’ont frappé quand il fut emmené de force en Angleterre. La mort est omniprésente, poétesse de la trame de ce monde en noir et blanc, où chaque chose qu’elle recouvre de son voile semble acquérir une beauté figée, une beauté que seul William, joué par un Johnny Depp toujours aussi inspiré, pourra égaler.

 

Dead man

 

Les acteurs, justement, sont tous au poil. Michael Wincott est excellent dans le rôle de Conway Twill, tueur sympathique et plus que bavard, avec ses réflexions en monologue sur tout et rien (dont il en ressort surtout rien du tout). Gary Farmer donne une grande présence à Nobody, et se met parfois à parler en vers de façon naturelle. Et en guests, l’émacié et reptilien Iggy Pop dans le rôle d’un trappeur travesti spécialiste en fayots, et Alfred Molina en prêtre revendeur de draps infectés pour exterminer les indiens.

L’autre guest de ce film pourrait être la musique, en la présence de la guitare de Neil Young. Aérienne et lourde à la fois, comme le soleil dans les canyons, jusqu’à en devenir parfois écrasante ou évanescente.

Dead Man est un film irréel, voire surréaliste, dont il ressort à la fois lourdeur et fluidité, renforcées par l’harmonie entre le noir et blanc, les dialogues, les plans et la musique. Jim Jarmusch signe là un grand film, sobre, beau et intelligent.

 

(Article écrit par Emkalan)