FILM REALISE PAR MAMORU OSHII

 

Innocence : Ghost in the Shell 2

 

C’est en 2004 que sort la suite, très attendue depuis son annonce, de Ghost in the shell, titrée Innocence. Aussi spectaculaire et techniquement poussé que le fut le premier épisode neuf ans plus tôt, Mamoru Oshii met une nouvelle claque à l’histoire de l’animation, et renouvelle l’univers cyberpunk.

Cela fait quelques années que le major Kusanagi a fusionné avec le Puppet master, puis a disparu sur le net. Batou fait maintenant équipe avec Togusa, le seul équipier qui lui paraît arriver au niveau du major. Mais il n’a jamais oublié cette femme, présence invisible dans ce monde où les robots dépérissent sans attention, où les humains n’ont plus conscience de leur humanité, où les chiens sont aussi sages que les dieux, et où les perfections que sont les poupées tuent à tout va… La trame principale se rapproche ici de celle d’une enquête disons plus classique, contrairement au complot techno-politique de Ghost in the Shell premier du nom. On passe de lieux en lieux, d’indices en indices, jusqu’à la révélation finale.

Et il est heureux que la structure soit simple, car le contenu est incroyablement dense et complexe. Les premières secondes donnent le ton, avec une citation de l’ »Eve future » de Villiers de l’Isle-Adam, un livre d’anticipation scientifique paru dans les années 1880, ayant pour thème la création d’une femme artificielle, et base de réflexions philosophiques et scientifiques sur la nature de l’être humain. On ne pouvait mieux choisir comme introduction. Comme dans Ghost in the Shell et Avalon, vient ensuite un plan aérien d’un hélicoptère. Et là, c‘est la claque.

C’est beau. Très beau. Incroyablement beau. Et très différent du premier. Là où celui-ci jouait avec les tons de bleus et de gris dans un univers cyberpunk assez classique (ou du moins qui l’est devenu par la suite), ici c’est avec les ocres qu’il faut compter avec un léger accent rétro, au niveau des voitures par exemple. Le dessin traditionnel se mêle au dessin assisté par ordinateur et aux images de synthèse à la perfection, donnant naissance à un univers plus beau et détaillé que jamais. L’animation est au même niveau, et chaque scène, par son action ou sa contemplativité, est une œuvre d’art, comme le manoir psychédélique de Kim, le siège de Locus Solus, ou même la scène d’introduction dans la ruelle.

Innocence : Ghost in the Shell 2

 

Le tout est porté par les musiques magistrales de Kenji Kawai, tour à tour contemplatif et hypnotique, jazzy sur « River of crystals » et « Follow me » (une reprise du concerto d’ Arranjuez par Miles Davis) interprétées par la très belle voix de Kimiko Itoh. Le thème principal utilise les même voix féminines que celles du thème du premier film, avec encore plus de puissance. On remarque d’ailleurs une reprise d’une certaine partie de ce dernier lors de la scène finale.

Oshii réinvente les codes de Ghost in the shell, en les approfondissant et les perfectionnant. On peut définir la différence, l’évolution entre ces deux films en comparant leur générique, qui retracent la création d’un cyborg. Dans le premier, il s’agissait du Major, dont la fabrication était assurée par tout un réseau de machines dans une usine. Ici, on se rapproche de l’autocréation dans un univers matriciel, source de la forme, de l’ego et de l’alter égo, en référence encore au premier opus.

Qu’est-ce qu’un humain ? Qu’est-ce que la conscience ? Comment se définir soi-même ? Pour répondre à ses questions, Oshii invoque avec virtuosité John Milton, Bouddha, l’Ancien Testament, Descartes, la Cabale par Jakob Grimm, diverses théories scientifiques (et sûrement encore d’autres que je n’ai pas découverts), dans une sorte de monologue/dialogue à plusieurs voix avec lui-même. Plus que jamais, Oshii habite son œuvre, dans le fond par ses réflexions, et dans la forme par son imagination, et par son symbole, le basset de Batou (en référence en à son visage apathique), présence innocente sans autre rôle effectif que compagnon du héros. Un film culte.

 

(Article écrit par Emkalan)