ECRIT ET RÉALISÉ PAR MAMORU OSHII

 

Avalon

 

En 2001, Mamoru Oshii présente, hors compétition, son film Avalon au festival de Cannes, du nom de l’île légendaire où reposent les âmes des guerriers tombés au combat. Le film est tourné en Pologne avec une équipe de tournage polonaise.

Avalon est le nom d’un jeu illégal de simulation virtuelle dans lequel les joueurs sont plongés intégralement, où ils doivent remplir des missions pour gagner des points d’expérience afin d’évoluer dans le jeu, ainsi que de l’argent. Ash est une joueuse professionnelle, et surtout une joueuse solo. En effet, la majorité des joueurs sont en équipes. Son niveau est tel qu’elle gagne sa vie en jouant, partageant son appartement avec son basset à qui elle fait des potées plus que massives.

Mais le jeu est tellement immersif que certains joueurs restent prisonniers d’Avalon, leur corps restant à l’état végétatif. C’est le cas de Murphy, une ancienne connaissance de Ash. Il aurait suivit le Ghost, une entité dont on ignore la nature (bug, création délibérée des concepteurs ou intrusion pirate) qui serait cachée dans le jeu, et permettrait d’accéder au niveau supérieur et ultime du jeu. Ash va alors se lancer à la recherche du Ghost, pour retrouver Murphy.

Le film a beau avoir été tourné en live, plus de 75% des images ont été retouchées à l’ordinateur, donnant un très fort ton sépia à la majorité du film, supprimant ainsi presque toute les couleurs. Un choix esthétique expliqué par les vingt dernières minutes, où soudain les couleurs nous paraissent irréelles après tant de sobriété. On retrouve également des plans similaires à ceux d’un anime, comme les séquences dans le tramway, ou les plans tournant autour des personnages immobiles, lents et contemplatifs à souhaits. Les acteurs sont parfaits, tout spécialement Malgorzata Foremniak, l’interprête de Ash.

Comme dans ses précédents films, Kenji Kawai se charge de la musique. Et quelle musique… vagues de synthétiseurs, ambiance à la fois lourde et onirique pour les scènes dans Avalon, morceaux au violon et violoncelle pour la scène de la préparation de la potée, seul moment de repos dans la vie de guerrière de Ash. Pour le reste… un incroyable opéra, en deux versions, calme, épique, collant parfaitement avec le film, entièrement en cordes, vocales et instrumentales. Le thème également, avec des chœurs, plus graves que ceux de Ghost in the shell, rapprochant ainsi le film de ses origines slaves.

L’histoire a beau parler d’univers virtuels, chassez Matrix de vos esprits. Ici, très peu de scènes de combats, car le propos du film n’est pas dans le but du jeu, mais dans la nature du jeu. Très peu de réflexions explicites également, à l’inverse des deux Ghost in the shell. C’est au spectateur de s’interroger continuellement sur ce qu’il voit, comment l’interprêter. Là où Matrix jouait la carte du dualisme décevant (réel/virtuel) et où eXistenZ faisait dans la mise en abîme afin de perdre le spectateur avec ce seul but, Avalon fait fis des mondes réels et virtuels. Le monde réel, Avalon, et les autres, existent, même si aucun ne ressemble à notre réalité. L’être est un univers évoluant dans le multivers qu’est la réalité.

Il y a du Kubrick chez Oshii, et surtout du 2001 dans Avalon. Aussi, attendez-vous à une fin de la même nature, laissant ainsi le spectateur libre de choisir son interprétation personnelle, métaphysique, spirituelle, politique ou scientifico-fictionesque.

Avalon

 

Autres infos :
Réalisateur : Mamoru Oshii
Date de sortie du film : 2001
Durée : 102 minutes
Zone : 2
Genre du film : SF
Musique : Kenji Kawai
Langues : Français (5.1), Polonais (5.1)
Sous-titres : Français, Néerlandais
Format : 1.85
Date de sortie DVD : 2001
Bonus : BA

 

(Article écrit par Emkalan)