DE MAMORU OSHII, D’APRÈS L’OEUVRE DE MASAMUNE SHIROW

 

Ghost in the Shell

 

C’est avec Ghost in the shell, tiré d’un manga de Masamune Shirow, que Mamoru Oshi débute en 1995 une trilogie cybernétique, qui continuera avec Avalon en 2001 et Ghost in the shell 2 : Innocence en 2004. Outre le cyberpunk, on retrouve à chaque fois des éléments en commun, et ce désir de s’interroger sur le monde et les êtres humains, en se servant de la fonction première de la science-fiction, servir de métaphore, d’extrapolation du monde, pour mieux l’appréhender.

En 2029, le monde est devenu un immense réseau, où virtuel et réel sont intimement entremêlés, chacun reflétant l’autre, comme deux miroirs se faisant face, leurs images se déformant et se polarisant mutuellement, en une mise en abîme toujours plus révélatrice. Le major Motoko Kusanagi appartient à la Section 9, une unité anti-terroriste spécialisée dans les cyber-crimes et ceux mettant en cause des cyborgs. Elle aussi est un cyborg, comme son coéquipier Batou, un corps mécanique dont les cellules cérébrales permettent d’abriter leurs ghosts d’origine. La frontière entre le ghost, l’âme et l’esprit reste floue, car le ghost contient la personnalité et les souvenirs de l’individu, semblable à la psyché. Qu’est-ce que l’être sinon cela ? Est-il plus que cela ? Un corps vide dans lequel on implante un ghost n’est-il pas identique à une machine dans lequel est implanté un programme ?

Toutes ces questions, qui hantaient déjà de façon latente le major, vont surgir pleinement alors que la Section 9 est confrontée au Puppet master, un des plus grands pirates informatiques, spécialiste du piratage de ghosts de personnalités politiques internationales. C’est alors que vont s’ébranler les rouages d’un scénario complexe, mélangeant réflexions philosophiques et intrigues politiques de haut vol.

Mais tout n’est pas que discussions. Les scènes d’action sont magnifiques et parfaitement maîtrisées, courtes et intenses, entre tir et acrobaties. Les spleens sont superbes, mélancolie en poésie urbaine futuriste, dans les bleus-gris froids du métal et du béton, éclairés par les pâles lumières multicolores des néons, cachées par la pluie, ou reflétées déconstruites dans l’eau trouble où tombe la pluie

Porté par la musique envoûtante de Kenji Kawai, très grand compositeur et également responsable des sonorités angoissantes de Ring 1 et 2, ces moments gagnent une profondeur incroyable, cardiaque, contemplative, lyrique. Il utilise ici des voix féminines, beaucoup (et parfois exclusivement) des percussions, ainsi que des vagues de synthétiseur, donnant un aspect aérien et un rythme hypnotique au film.

Le dessin quant à lui est très fluide, les environnements très vivants, avec parfois des incursions d’images de synthèse sous forme d’images vert électronique, comme le premier plan, une vue virtuelle de deux hélicoptères dans la cybersphère, renforçant l’ambiance profondément cyberpunk du film, encore plus poussée que dans le premier Matrix, se rapprochant plus de Blade runner. Et de la monochromie de cet univers, de son symbolisme (au sens propre) et de son informatisation, ressort l’importance de l’information, sorte de fluide universel, et fluide des univers. Les frères Wachowski ont sûrement trouvé ici une bonne dose d’inspiration, et également en ce qui concerne le fameux code de la Matrice, à en voir le générique de début, qui montre magnifiquement également la « naissance » du major.

Un fantôme dans le coquillage. Et si nos corps n’avaient pas plus d’importance dans notre humanité que des coquillages sur la plage ? Et si vivre n’était plus l’exclusivité des organiques ? La vie est information, ontologique et phylogénique. L’être vivant n’est que ce coquillage, contenant ce ghost, ce fantôme, pâle mirage issue de la versatilité de l’existence, l’information se créant, nacre issue de la sécrétion du temps, qu’importe que la coquille soit organique ou électronique.

Et au fil des plans contemplatifs, où Motoko cherche sa place sous l’œil d’un basset dans ce monde où seule l’information compte, la pensée dérive d’elle-même, comme cette pluie présente la moitié du film. Entre cyborgs contenant des cellules organiques, humains boostés artificiellement, et machines intelligentes, qui est le plus vivant ? Et qu’est-ce que la vie ?

Ghost in the Shell

 

Autres infos :
Réalisateur : Mamoru Oshii (Patbalor)
Date de sortie du film : 1995
Durée : 86 minutes
Zone : 2
Genre du film : Anime de SF
Musique : Kenji Kawai
Langues : Français (4.0), Anglais (5.1), Japonais (4.0)
Sous-titres : Français
Format du film : 1.85
Date de sortie DVD : 2001
Bonus : Making of VOST, Interviews VOST, BA, Filmographie de Mamoru Oshii, Fiches d’identité des personnages du Major Motoko Kusanagi, de Batou, de Togusa, d’Ishikawa, d’Aramaki, de Nakamura et du Puppet master, Note d’intention de Bertrand Rougier (critique à Mad movies) nomée « Objet inanimée, avez-vous une âme ? », et note sur la SF et l’animation.

 

(Article écrit par Emkalan)