DE MENAHEM GOLAN, AVEC CHUCK NORRIS ET LEE MARVIN
delta force

 

Un avion de ligne est détourné par des terroristes (arabes, cela va sans dire). Heureusement, Chuck Norris est là pour sauver les otages, tuer les méchants et (surtout) venger l’honneur des Etats-Unis d’Amérique.

Chuck Norris, un acteur, un vrai. Lancé grâce à Bruce Lee, ce grand homme nous livre avec Delta Force la quintessence du cinéma d’action, où le héros, archétype de l’altruiste fortement capable, n’hésite pas à aller au-delà de son devoir, militaire et moral. Chuck Norris, c’est Major Scott Mc Coy, mais impossible de se rappeler son nom, car Chuck Norris, c’est Chuck Norris, l’Atlas de ce film. Il campe ici un ex-membre de la Delta Force, qui rompt son vœu de célibat avec la violence qui l’obligeait à vivre dans un ranch au Texas, quand des terroristes mal intentionnés détournent un avion de tourisme américain vers Beyrouth. On assiste ici à un jeu de regard impressionnant, témoignant d’un intense combat intérieur, digne des plus grandes prestations dramatiques de Stallone dans Rambo 2. J’insiste ici sur l’apparente redondance que constitue l’expression “terroristes mal intentionnés”, car les astuces scénaristiques et les dialogues, aussi fin et subtils qu’ineptes, tentent de faire croire au pauvre spectateur que les terroristes ont des sentiments, cela sûrement dans le but de ne pas choquer par la rigidité de l’archétype du méchant terroriste anti-américain qui pense envoyer l’avion sur la Maison Blanche. Rappelons que l’action se passe 6 ans avant la première guerre du Golfe. Delta Force est un grand film avant-gardiste.

Mais pour en revenir à la psychologie profonde de nos terroristes, le film tente tant bien que mal de nous faire croire qu’ils ont des motifs légitimes de faire ce qu’ils font, ce qui reste d’ailleurs indéterminé. En effet, ils appartiennent à la Nouvelle Révolution Mondiale, le seul groupe paramilitaire qui ne revendique jamais rien et qui fait des conférences de presse par les hublots. Tout cela est donc de suite annihilé par ces scènes aberrantes et les incroyables prestations de TOUS les acteurs, et malgré tous nos efforts, on est bien forcé de se rendre à l’évidence qu’ils ne sont qu’un prétexte à des scènes d’actions, prétexte qui met tout de même 45 minutes à se mettre en place, temps dédié donc à la “psychologie” des personnages qui n’ont pas d’autre but effectif que ceux de cibles en carton civiles ou ennemies comme dans un entraînement de tir. D’ailleurs, c’est plus leur nationalité qui importe que leur « profession », en témoigne une magnifique phrase du Colonel Nick Alexander (joué par le déchu Lee Marvin) : “Des arabes ont détourné l’avion”. Pas besoin de préciser qu’il s’agit de terroristes puisqu’ils sont arabes.

On commence à atteindre les fanges abyssales des clichés les plus immondes que peut produire l’Amérique : des méchants arabes (si vous avez suivi, c’est une redondance dans ce film) et des gentils américains (idem), partis dans des pays arabes sous-développés (idem) combattre pour la paix, la liberté et surtout, pour “venger l’honneur des Etats-Unis” (c’est écrit sur la jaquette).

Mais fourbes sont les terroristes. Et là, c’est sans scrupules que sera dévoilée l’unique touche d’intelligence du film : les otages sont séparés en deux groupes, un à Beyrouth et l’autre à Téhéran. Mais pas n’importe quels otages : des marines américains (diantre !) et des juifs (saperlipopette !). Car qui dit terroristes arabes dit conflit arabe/juif. Ici aussi, on prie de toutes ses forces pour que l’apparente monstruosité que constitue cet élément archétypal cache une subtilité. Cela est vain, aussi vain que l’action d’un otage prêtre qui tente de raisonner des terroristes, en une pathétique métaphore du christianisme américain tentant de réconcilier Israéliens et Palestiniens.

Et c’est là enfin qu’arrive l’action (c’est long ? Ca l’est encore plus quand on le regarde). Et quelle action ! Chuck Norris, tirant au hasard dans un grand geste ample avec son uzi, une rafale descendant quatre adversaires dont un en train de faire de la gym avec sa mitraillette (une image inoubliable), alors qu’il esquive les balles ennemies dans une immobilité digne des plus beaux bullet time de Matrix. Normal, c’est Chuck Norris, et ce sont des balles ennemies, donc inoffensives pour lui. On a aussi droit à un combat à mains nues avec le chef des terroristes, celui-ci ne portant absolument AUCUN coup, et se faisant recouvrir lentement mais sûrement de ketchup, sous la violence gratuite de Chuck Norris.

Mais le moment d’anthologie reste sûrement la chevauchée sauvage sur la moto de la Delta Force, équipée de mitrailleuses avant qui tirent sur les ennemis même quand ils sont pas devant, de deux missiles et, suprême de l’armement, d’un pot d’échappement qui fait mortier.

Bien évidemment, les gentils tuent tous les méchants, et rentrent chez eux en chantant un hymne à l’Amérique, et c’est sur un plan de l’avion de la Delta Force décollant que s’achève cette œuvre, avec l’unique musique du film, présente à chaque moment d’action.

Bref, vous l’aurez compris, ce film est à voir dans un état second, entre amis, afin de rire un bon coup de l’omniprésence involontaire du troisième degré de ce film, du patriotisme atterrant dont sont capables les américains, du ridicule qui en découle, des incroyables performances d’acteurs (particulièrement de Chuck Norris), des musiques… enfin, de tout ce qui constitue ce film.

A voir au moins une fois dans sa vie.

delta force

 

Autres infos :
Réalisation : Menahem Golan, également scénariste de Delta Force 1 et 2.
Date de sortie du film : 1986.
Acteurs : Chuck Norris, Lee Marvin, Martin Balsam, Joey Bishop…
Durée : 124 minutes
Zone : 2
Genre du film : action
Musique : Alan Silvestri
Langues : Anglais, Français, Espagnol.
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Néerlandais, Italien, Espagnol, Portugais, Suédois, Danois, Norvégien, Finlandais, Polonais.
Format du film : 1-:9
Date de sortie dvd : 2004
Bonus : Magnifique BA en VO, et… rien d’autre, tout le budget est passé dans la moto.

 

(Article écrit par Emkalan)