Chanteuse pop dans les années 1960, folkeuse puis rockeuse, Valérie Lagrange quitte la scène musicale à cause de problèmes personnels. Dix-huit ans après « Rebelle » , son dernier album (1985), elle revient en 2003, accompagnée de Benjamin Biolay, avec l’album « Fleuve Congo » , un disque délicat et profond de chansons françaises, entre succès du passé et nouvelles chansons aux textes poétiques.

 

Valerie Lagrange Fleuve Congo

 

C’est avec « Fleuve Congo » , une chanson écrite par Benjamin Biolay, que s’ouvre l’album portant le même nom que cette chanson. Une certaine mélancolie (sans doute dûe à la présence d’instruments à cordes) teintée de légèreté semble ressortir de ce morceau. « Julien », de Valérie Lagrange, poursuit sur ces notes de légèreté malgré le thème de la chanson ( la rupture amoureuse). Sur un ton un peu plus grave, mais aussi plus poétique, Valérie décrit d’une voix claire l’amour comme envoûtant dans la chanson « Le bateau ivre » . Vient ensuite la chanson « La guerilla » , un air latino avec de bons jeux de mots composé en 1965 par Serge Gainsbourg pour Valérie Lagrange. Le morceau suivant s’appelle « Mon amour pour toi » (morceau dédié à son compagnon Ian Jelfs). Vu toutes les niaiseries qui ont été écrites sur ce thème, on peut prendre peur à la vue du titre de la chanson. Il n’en est rien. Quelques notes de piano, puis la chanteuse commence à chanter l’amour avec des métaphores poétiques, des images fortes et justes. La sobriété musicale met en avant la force du texte de cette très belle chanson. Des arpèges doux et la voix de Benjamin Biolay se font entendre sur « la chanson de Tessa », accompagnés de la voix de Valérie Lagrange. Cette chanson rappelle le style de Leonard Cohen et de Graeme Allwright. « La maison sous les glycines » , chantant l’espoir et l’apaisement, est un morceau plus chaleureux et pour cause ! Ces sont les musiciens de Césaria Evora qui accompagnent Valérie Lagrange (grande admiratrice de Césaria Evora).

 

On retrouve à nouveau un morceau de Benjamin Biolay avec la chanson « Idée reçues » : l’accompagnement discret et légèrement mélancolique au piano, les instruments à cordes lancinants, le texte plein de métaphores (très bien écrit) et la voix claire de la chanteuse s’accordent parfaitement. Elle reprend avec brio la chanson « La Prière » (de Brassens et Francis Jammes) avec un accompagnement fait de sonorités orientales. Elle chante un texte de Rimbaud sur le morceau « Sensations » accompagnée de guitare et de sitar (ce qui donne un côté rétro « hippie 60’s et 70’s » au morceau). L’album se termine avec le morceau « Kerouac » où la chanteuse récite un texte de Kerouac accompagnée de Benjamin Biolay dans un style « piano-bar ».

 

–  Musicalement sobre et sans prétention, « Fleuve Congo » est un disque fait de textes poétiques aux images fortes. La voix claire de Valérie Lagrange oscille entre légèreté et gravité tout en mettant les paroles en valeur. Quant aux arrangements musicaux, ils sont délicats et discrets, s’harmonisant tout fait avec la voix de la chanteuse. Pour résumer, je dirais que c’est un album d’une grande richesse à conseiller aux amateurs de chanson française qui apprécient le style de Jacques Brel et Brassens.