Vous connaissez sans aucun doute Roman Abramovitch, le propriétaire de Chelsea ou du moins vous en avez entendu parler ? Dans cet article, nous allons aborder l’histoire et l’ascension de cet homme trouble tantôt qualifié de mafieux, de trafiquant voire d’assassin. La réalité est nettement plus complexe…

 

Situation actuelle

Au jour d’aujourd’hui, Roman Abramovitch est un milliardaire russe vivant au Royaume-Uni. Il est surtout connu pour être propriétaire du club de Chelsea dans un quartier huppé de Londres, qu’il a racheté en 2003 pour la somme de 200 millions d’euros, soit « seulement » 3% de sa fortune personnelle (environ 6 milliards de dollars). L’objectif d’Abramovitch est clair : remporter le titre de Premier League et la Ligue des Champions car jusqu’à présent, Chelsea ne brille pas par ses exploits et n’est pas au niveau de ses rivaux Arsenal et Manchester United. La saison 2003-04 est celle de la transition avec une deuxième place en championnat et une place de demi-finaliste en Ligue des Champions. En revanche, à l’intersaison, le milliardaire russe enflamme le marché des transferts en achetant notamment Didier Drogba pour 36 millions d’euros et s’attache les services de José Mourinho, entraîneur champion d’Europe avec le FC Porto. Notons au passage qu’Abramovitch possède également les clubs du CSKA Moscou et de Corinthians (Brésil).

Abramovich

 

L’histoire de ce milliardaire controversé

Roman Abramovitch est né à Saratov en 1966. Sa petite enfance n’est pas vraiment heureuse puisqu’il perd sa mère à un an et demi et son père à quatre ans. Il est alors adopté par son oncle qui travaille dans le pétrole. Ses études plutôt brillantes lui permettent d’intégrer le prestigieux Institut de Pétrole et du Gaz de Moscou. Finalement, il ne finit pas ses études et monte une entreprise avec ses amis durant la perestroïka, époque où des coopératives (entreprises privées déguisées) peuvent être montées aisément. Lorsque l’URSS éclate, le libéralisme sauvage arrive et Abramovitch s’intéresse aux affaires boursières en devenant trader. En 1992, il organise une entreprise qui promet de vendre du pétrole bon marché à une compagnie lettono-américaine. Mais Roman n’a pas un litre de pétrole alors un train transportant des millions de litres sur le trajet Oukhta (la ville où il a passé son enfance) – Moscou, commandé par une entreprise dont Roman est le directeur, disparaîtra opportunément pour réapparaître en Lettonie. Roman est encore jeune (26 ans) et manque d’expérience. Le couperet de la justice russe, chancelante mais toujours capable d’attraper quelques menus poissons, passera tout près, Abramovitch fera même de la garde à vue avant d’être assez miraculeusement blanchi.

Après cette affaire, Abramovitch devient courtier en pétrole car la Russie est le deuxième producteur au monde. Son arrivée dans le milieu lui permet de nouer des contacts avec de riches banquiers et également de Boris Berezovski. Ce dernier également dans les affaires, s’est enrichi sur le dos d’une grande entreprise russe et est un des personnages les plus influents du Kremlin détenu par Eltsine. Les deux compères se trouvent de nombreux points communs et créent la société Runicom implantée à Gibraltar. Cette société ainsi que plusieurs autres créées par Abramovitch et domiciliées en Suisse ont pour but ultime de prendre le contrôle de Rosneft, une des dernières sociétés pétrolières d’Etat. Dans le même temps, il noue de nouveaux contacts notamment avec Diatchenko le mari de Tatiana Eltsine (la fille de Boris Eltsine).

En 1995, les deux hommes vont alors réaliser le « hold-up du siècle » en pillant l’Etat russe avec la complicité du gouvernement. Le principe est simple : forcer l’Etat russe à vendre la compagnie pétrolière à un prix très bas. Tout les fonctionnaires et le gouvernement étant corrompus par les deux hommes, le premier ministre russe donne son accord. En échange, les oligarques russes soutiennent la campagne électorale d’Eltsine notamment par le biais de la chaîne de télévision de Berezovski avec des reportages saluant les efforts du gouvernement. La société Sibnetf regroupant les actifs de Rosneft est créée. Seulement, la raffinerie d’Omsk (appartenant à Sibneft), riche et puissante, proteste contre cette opération. Le 19 août 1995, son directeur est retrouvé au fond d’une rivière ; noyade accidentelle conclut la police…

Durant les semaines qui suivirent, les banques prêtèrent 2 milliards de dollars à l’Etat pour payer une partie des salaires des fonctionnaires et payer les intermédiaires de l’opération. L’Etat mit donc en vente ses dernières compagnies à des prix nettement en dessous de leur valeur réelle et fit tout pour qu’aucun investisseur étranger ne prenne part à ces enchères. Résultat, Abramovitch et Berezovski achetèrent Sibneft pour 100 millions de dollars (sa valeur de départ) malgré l’offre d’un concurrent proposant 175 millions (sûrement sous la menace, celui-ci retira brusquement son offre). Un an et demi plus tard, la société valait 5 milliards de dollars… Evidemment, ils s’arrangèrent pour éviter de payer des impôts grâce à des sociétés écran.

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John Terry et Roman Abramovich

L’arrivée de Poutine

Juste avant les élections présidentielles de 2000, Goussinsk, un autre oligarque (propriétaire de la chaîne NTV) et ennemi juré de Berezovski, soutient le maire de Moscou dans sa campagne et diabolise le clan Eltsine et notamment Abramovitch. Ce dernier, discret jusqu’alors, se lance dans la politique dans la région de Tchoukotka (en face de l’Alaska), région très pauvre et délaissée par Moscou où il se fait élire député pour bénéficier de l’immunité parlementaire et éviter de futurs ennuis judiciaires. Il s’y investit pleinement, implantant bon nombre de ses filiales ce qui permet d’améliorer la situation économique de la région et de sa population. Il n’a donc aucun mal à se faire élire gouverneur. Aux présidentielles, Poutine est élu président et démet Berezovski (ce dernier croyant le contrôler) de son empire. Abramovitch est plus malin et ne conteste pas le maître du Kremlin. Il rapatrie toutes les entreprises de son empire, paye ses impôts et rompt avec Berezovski. En 2003, il rachète le club de Chelsea pour avoir un actif à l’étranger au cas où Poutine lancerait une OPA sur son empire (plusieurs autres oligarques sont soit en fuite à l’étranger, soit en prison). Aujourd’hui, l’orphelin de Russie coule des jours paisibles sur les bords de la Tamise… Ainsi est Roman Abramovitch.