L’écriture d’une tuerie comme « Blood Sugar Sex Magik » (1991) ne s’est pas faite dans les conditions « standard » de composition d’un album. En effet, le producteur Rick Rubin fait son irruption en tant que « cinquième membre du groupe », et le barbu impose aux Chilis d’écrire dans une célèbre villa isolée d’Hollywood durant mai et juin 1991. Isolés, dans une autarcie apparemment bénéfique, Flea, John, Anthony et Chad se mettent au travail dans la parfaite « alchimie » pepperienne.

 

Red Hot Chili Peppers Blood Sugar Sex Magik

 

Le résultat est une vraie bombe de spontanéité funk/rock. Dur dur de ne pas le reconnaitre, les Red Hot ont fait du beau boulot, et ont franchi une grande étape dans leur carrière musicale. En effet, ils se sont renouvelés et extirpés de certains travers (chansons punk/funk slappées parfois bâclées). C’est notamment grâce au talent de Frusciante en pleine révélation, et de son style brut que les Red Hot commencent à écrire de véritables grandes chansons de rock, car le guitariste a réussi à se démarquer du style d’Hillel et apporte le sien au groupe. Ce même groupe qui, quelques années auparavant se foutait d’écrire une seule ballade a bien évolué.

 

L’apparition de joyaux tel que « Breaking The Girl », « I Could Have Lied », ou la chanson phare « Under The Bridge » (qui fait référence à la dérive d’Anthony dans la drogue avec Hillel) montre que le groupe s’est découvert une nouvelle sensibilité. Ce qui ne l’empêche pas de rendre hommage à leurs influences P-Funk avec par exemple « If You Have To Ask », ou « Funky Monks », morceaux aux choeurs haut perchés où Frusciante s’amuse à parodier les guitar-heroes de l’époque. S’il fallait les classer par genre, je dirais que d’autres morceaux ont une structure plus rock, (comme « Suck My Kiss », « The Righteous And The Wicked », « The Greeting Song » ) tandis que d’autres comportent, plus comme dans les albums précédents, des couplets rappés par Anthony (« Give It Away », « The Power of Equality », « Sir Psycho Sexy » ), aussi bon au flow qu’au chant. En tout cas les Peppers exhibent dans cet album tous leurs atouts : Flea fait sonner sa basse divinement, s’accordant parfaitement avec la batterie de Chad, John joue des parties de guitare incisives, inventives et émotionnelles, et Anthony commence enfin à s’imposer en tant que chanteur.

 

L’album s’impose alors comme la référence absolue des Red Hot, et comporte pas moins de seize morceaux originaux, dont beaucoup seront repris en concert, ainsi qu’une reprise débridée de Robert Johnson bien choisie : « They’re Red Hot ». Un documentaire, « Funky Monks », montrant en images la conception de l’album, sortira plus tard. Ne comportant aucun morceau live, et aucun sous titre, l’acquisition de cet objet de collection sera plutôt réservée aux fanatiques de l’album.

 

–  En septembre 1991, le succès critique s’aligne avec le succès commercial, les Chili Peppers deviennent énormes, et se produisent dans des salles aussi énormes, plus à la mesure de leur popularité. Malheureusement, à l’instar d’un certain Kurt Cobain (« Nevermind » sort le même mois, peu après « Blood Sugar Sex Magik » ), il semblerait que le jeune John Frusciante n’ait pas les épaules assez solides pour supporter le succès qu’il connait brusquement. Lui aussi s’enfonce dans la spirale de la drogue et, prétextant qu’il ne veut pas voir son groupe « se vendre et jouer dans des stades comme n’importe quel Guns N’ Roses », il le quitte en pleine tournée japonaise en mai 1992, à la sortie d’un concert.

 

–  article précédent sur les Red Hot Chili Peppers – L’intégrale ( 2 / 6 )
–  suite de l’article Red Hot Chili Peppers – L’intégrale ( 4 / 6 )

 

(Article écrit par Systry)