Come On Pilgrim paraît en 1987, c’est le premier essai des Pixies, à l’époque un tout petit groupe de Boston qu’on peut maintenant facilement présenter comme celui qui a été, et qui pourrait être aujourd’hui, le meilleur groupe de rock’n’roll au monde. C’est un Maxi EP, qui comprend 8 morceaux tirés de la Purple Tape, la première demo des Pixies, dont les autres morceaux auront soin d’être réédités plus tard dans de compilations de Faces B des Pixies.

 

Il est vrai qu’il m’est bien difficile d’essayer de parler efficacement de musique, et peut être encore plus d’espérer décrire ce que nous font les Pixies sur leur première vraie réalisation. Come On Pilgrim est plutôt coloré, surtout par rapport à son successeur Surfer Rosa, et cet EP, malgré sa courte durée (un peu plus de 20 minutes pour 8 titres), permet de poser les bases du son du groupe. Je décrirais cet album comme un assemblage de perles témoignant soit de l’agressivité, soit de la timidité, voire une sorte de désespoir, ou d’ironie.

 

Pixies Come On Pilgrim

 

Sa particularité ? Il peut s’écouter vite, et au début il y a des chances pour que l’auditeur ne soit pas tout de suite touché, mais que progressivement ses journées et ses nuits soient envahies par quelques bribes musicales, comme une ligne de basse, un riff de guitare, un hurlement, quelques paroles marquantes, ou une mélodie particulièrement accrocheuse…

 

Brut de décoffrage, c’est l’expression qui devrait être employée pour définir le son des Pixies à cette époque. Se préoccupant peu des fioritures, les Pixies jouent un punk/rock alternatif étonnant, innovant tout en restant dans des structures assez simples et loin d’être alambiquées, voire prétentieuses. Caribou par exemple, premier titre tout bonnement excellent, sonne comme une comptine tendue, au son lourd, parcourue de quelques éclairs vocaux ( « Reeeepennnt ! » ) d’un chanteur-leader déjà tout désigné, Charles Thompson, aka Black Francis. Cet homme, figure essentielle et omniprésente du groupe, révèle ici un talent déconcertant pour la composition, en signant 7 des 8 chansons. Il n’est donc pas surprenant que le disque soit excellent, avec notamment des chansons comme Vamos, au solo enragé, distordu d’une guitare plus que contrariée par un Joey Santiago espiègle, qui avait l’habitude de la torturer à l’occasion avec une canette de bière, ( ou plus récemment, au Parc des Princes, avec une baguette de David Lovering, mais ça c’est pour la frime ), Isla De Encanta et ses allures d’hymne, Ed Is Dead, parfait morceau punk/pop, où la basse de Kim Deal ( à l’époque surnommée Mrs John Murphy )se montre obsédante, I’ve Been Tired, morceau de punk/rock à la structure classique couplet stressé/refrain libérateur, ainsi que Nimrod’s Son et Levitate Me, toutes deux à leur manière marquantes. Nimrod’s Son parce que je n’aurais jamais pensé qu’une guitare accoustique pouvait sonner si vicieux, et Levitate Me parce que j’ai compris qu’une partie de ce que j’aimais dans le chant de Thom Yorke avait une origine.

 

–  Les Pixies, discrètement, forgent donc sur Come On Pilgrim leur identité en livrant un véritable chef d’oeuvre, une perle riches en émotions sans prétention, leur premier grand disque, mais sûrement pas leur dernier…

 

(Article écrit par Systry)